Cahuzac laisse entendre qu'Hollande était informé de l’existence de son compte caché

JUSTICE « Je ne lui ai pas menti les yeux dans les yeux », a notamment affirmé ce mardi l’ancien ministre lors de son procès à Paris pour « fraude fiscale »…

Vincent Vantighem

— 

L'ancien ministre français du Budget Jérôme Cahuzac
L'ancien ministre français du Budget Jérôme Cahuzac — MARTIN BUREAU / AFP

Jérôme Cahuzac monte en grade. Après s’en être pris, la semaine dernière, à un Premier ministre décédé en la personne de Michel Rocard, l’ancien ministre du Budget a chargé, ce mardi, le président de la République en exercice lors de son procès pour « fraude fiscale ».

>> Procès : Cahuzac affirme que le compte a servi à financer l'activité politique pour soutenir Rocard

Invité par le tribunal correctionnel de Paris à détailler comment il avait vécu les révélations de Médiapart sur l’existence de son compte caché à l’étranger, Jérôme Cahuzac a expliqué qu’il avait évoqué ce sujet à deux reprises avec François Hollande, début décembre 2012. Et notamment lors d’un tête-à-tête inconnu jusqu’alors. « Ce tête-à-tête n’appartient qu’au président de la République. Je n’en dirai pas plus », attaque-t-il d’emblée.

« Je mesure que ce que je dis ne va pas passer inaperçu »

Mais dans l’ambiance moite du palais de justice, l’ancien député-maire de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) sait bien, à ce moment-là, qu’il vient d’ouvrir la boîte de Pandore. Alors, il tourne autour, comme s’il voulait contrôler ce qui en sort. « Même à un Président, il faut savoir dire ‘’non’’, je n’ai pas su dire ‘’non’’ et je le regrette… »

Le président du tribunal le relance. Doit-on comprendre que François Hollande était informé de l’existence de son compte caché avant même qu’il ne passe aux aveux publics ? « On ne m’a jamais demandé directement ‘’As-tu, oui ou non, un compte à l’étranger ?, répond-il. Mais la faute que je reconnais, c’est d’être resté en fonction [de ministre des Finances]. Je n’aurais pas dû rester en fonction… », lâche-t-il épuisé et visiblement très ému.

Si l’audience était sous-titrée, on pourrait lire que François Hollande lui a demandé de rester ministre et donc de nier les faits, le pays ayant besoin de lui dans son objectif de rétablissement des comptes publics. « Je mesure que ce que je dis ne va pas passer inaperçu. Mais je suis dans une démarche de vérité. Vous me demandez comment j’ai pu tenir quatre mois [avant d’avouer]. Voilà… »

La vie broyée, les larmes et les pensées suicidaires

Le pire, c’est qu’il n’en veut même pas à son ancien mentor. Enfin, cela dépend de quel point de vue on se place. « Le responsable politique [qu’est François Hollande] n’a pas commis de faute. Humainement, c’est autre chose. Mais je lui reconnais le droit d’avoir agi de manière à ce que ma vie soit broyée, complètement broyée… »

>> A lire aussi : >> Rappel des faits: Dix dates pour tout comprendre du scandale

Pour preuve, l’ancien chirurgien spécialisé dans les implants capillaires a dû se résoudre à accepter une suspension d’audience après avoir fondu en larmes à la barre au moment d’évoquer ses pensées suicidaires.

Il aura une dernière fois la parole, jeudi, après l’ultime plaidoirie de ses avocats. Il risque une peine de sept ans de prison et un million d’euros d’amende. « Si vous ne dites rien de plus, vous savez que vous serez le seul à devoir assumer ? », lui lance encore une fois le président du tribunal. « Je sais, conclut le prévenu. Mais je ne dirai rien de plus sur cet entretien en tête-à-tête avec le président… »

Affaire Cahuzac : dates clés
Affaire Cahuzac : dates clés - Sabrina BLANCHARD, Paul DEFOSSEUX AFP