Djihadisme: Des mineurs passeront-ils bientôt à l’acte?

TERRORISME L'arrestation de trois adolescents de 15 ans fait craindre de possibles passages à l'acte de mineurs...

Florence Floux

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Illustration de l'endoctrinement djihadiste de Daesh sur Internet.
Illustration de l'endoctrinement djihadiste de Daesh sur Internet. — SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA

Et maintenant, les mineurs ? Depuis une semaine, trois mineurs de 15 ans soupçonnés de vouloir commettre un attentat ont été interpellés. Pour le moment, la France n’a pas encore été confrontée au passage à l’acte de mineurs, même si de jeunes adultes se sont récemment illustrés dans des affaires de terrorisme :  Adel Kermiche et Abdel-Malik Petitjean, les assassins du père Jacques Hamel, avaient tous deux 19 ans. La semaine dernière, une jeune femme également âgée de 19 ans a été arrêtée et placée en garde à vue dans le cadre de l’enquête sur les bonbonnes de gaz découvertes à Paris.

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Interrogé par Le Monde récemment, le procureur de la République de Paris, François Molins, dénombre aujourd’hui 35 mineurs mis en examen dans des affaires de terrorisme, dont 9 sont détenus. Si ces mises en examen ne concernent pas forcément des enquêtes pour actes terroristes - il peut s’agir d’apologie ou de tentatives de départ vers la zone-irako-syrienne par exemple- cette nouvelle arrestation pose la question de la dangerosité éventuelle des mineurs.

Des cibles privilégiées

Garçons et filles n’ont pas forcément les mêmes raisons de s’intéresser aux thèses de l’Etat islamique (EI). Selon François Molins, parmi les 35 mineurs mis en examen, 23 sont des garçons et 12 sont des filles. « A l’origine, celles-ci sont davantage animées par des motifs humanitaires d’une façon générale, ou bien elles sont tombées amoureuses d’un prince du djihad. Les jeunes garçons désirent souvent devenir des héros ou bien trouver un discours de vérité », estime le psychiatre Serge Hefez.

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Dans les deux cas, les adolescents, et plus largement les 13-25 ans, constituent une cible privilégiée de la propagande djihadiste. « Ils sont plus faciles à endoctriner car ils sont logiquement moins construits que les adultes. Ils cherchent un sens à la vie, à rompre avec les valeurs de leur famille, explique Serge Hefez, et sont d’autant plus sensibles à la promesse d’une vie éternelle ou de régénérescence du monde. » Des mineurs souvent plus sensibles ou fragiles que la moyenne vont chercher à rompre avec les valeurs prônées par nos sociétés, le propre même de l’adolescence.

Une propagande sur mesure

Pour les harponner, l’EI s’est dotée d’une propagande clairement tournée vers la conquête des plus jeunes. Dans une interview à 20 Minutes il y a quelques mois, l’anthropologue Dounia Bouzar indiquait que Daesh cherche à instrumentaliser les « fragilités » de ces jeunes en utilisant leur univers : « Les vidéos de Daesh mêlent des images historiques, des discours de l’abbé Pierre, à de la propagande pure et dure, et des références au Seigneur des Anneaux ou à Assassin’s Creed. » L’imagerie familière de Matrix ou d’autres films cultes et jeux vidéo est insérée dans des vidéos de propagandes djihadiste ou complotiste.

Ces films très travaillés se combinent au travail de recruteurs chevronnés. « Les recruteurs de Daesh, très actifs sur les réseaux sociaux, passent du temps à discuter avec ces mineurs pour identifier leurs faiblesses. Petit à petit, ils les amènent à adhérer à des valeurs opposées aux leurs et à celles de la société. Les jeunes perdent alors tout sens commun », raconte Serge Hefez. Une tribu numérique se met alors en place. « Les jeunes s’envoient jusqu’à 200 messages par jour », estime Dounia Bouzar. En rupture avec son entourage, l’embrigadé se réfugie dans le nouveau groupe qu’il s’est créé sur la Toile.

Une mission dédiée aux mineurs

Si les mineurs constituent bel et bien une cible pour les recruteurs de l’EI, « il n’y pas forcément de raz-de-marée », rassure tout de même Serge Hefez. Pourtant, la menace est réelle. La Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) a créé en 2015 une Mission nationale de veille et d’information (MNVI) afin d'accompagner des mineurs poursuivis pour association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste, ou bien signalés comme radicalisés.

Dans son rapport d’activité, publié en 2016, la MNVI reste prudente, en rappelant « l’absence de corrélation systématique entre implication dans des faits emportant une qualification d’infraction à caractère terroriste, notamment apologie du terrorisme et radicalisation effective. » Mais également que tout l’enjeu du problème de la radicalisation des adolescents est « la difficulté de (…) distinguer entre discours et attitudes relevant de la seule provocation et les signes réels de radicalisation ».