Comment l'Education nationale lutte contre l'homophobie à l'école

HARCELEMENT SCOLAIRE Depuis quelques années, se sont multipliées des actions pour sensibiliser les élèves aux agressions homophobes et pour mieux prendre en charge les victimes de ce type d’agissements…

Delphine Bancaud

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Un élève sur dix est victime de harcèlement scolaire.
Un élève sur dix est victime de harcèlement scolaire. — Florance Durand / Sipa

C’est une forme deharcèlement scolaire particulièrement dévastatrice : l’homophobie à l’école est désormais un fléau que regarde en face l’Education nationale. « De gros progrès ont été faits dans la lutte contre ce type d’agressions depuis quelques années », reconnaît ainsi Gilles Dehais, président de SOS homophobie.

Une réaction d’autant plus importante lorsque l’on connaît l’ampleur du phénomène. Car selon le rapport 2016 de l’association SOS homophobie : 69 % des victimes d’intolérances liées à leur orientation sexuelle sont âgées de moins de 18 ans. Et ces agressions sont majoritairement commises par des élèves du même établissement que la victime (66 %), et dans certains cas par des personnels de l’établissement. Elles consistent en des insultes (59 %), parfois accompagnées d’agressions physiques (21 %). Dans 33 % des cas, ces actes se manifestent de manière répétée, sous forme de harcèlement. « Les victimes, captives des limites de l’établissement, se sentent piégées. Le harcèlement peut également continuer à l’extérieur du bâtiment, plusieurs victimes nous ont ainsi signalé être obligées de varier les parcours de retour à la maison pour éviter que les agresseur-e-s les repèrent et les poursuivent », souligne le rapport annuel de l’association. Et ces humiliations ont souvent des conséquences désastreuses pour les victimes, qui perdent confiance en elles, ont tendance à s’isoler, à sécher l’école, à voir leurs résultats scolaires chuter. Dans les cas les pires, ces jeunes déstabilisés finissent par décrocher scolairement ou font des tentatives de suicide.

Un numéro d’écoute pour les victimes

Ces dernières années, les ministres de l’Education successifs ont mis en place différentes initiatives pour venir en aide aux victimes d’homophobie. Un numéro d’écoute a ainsi été créé pour les victimes de harcèlement à l’école, disponible 7j/7 (0.810.20.30.40). Ce même numéro est accessible aux personnels des établissements qui seraient témoins d’agressions ou de propos homophobes et qui auraient besoin de conseils pour agir. En octobre, un guide intitulé « Homophobie : comprendre pour agir » à destination des équipes pédagogiques du collège et du lycée a aussi été diffusé. De bonnes initiatives selon Gilles Dehais, mais qui ne suffisent pas : « il faudrait aussi que dans chaque établissement, des interlocuteurs spécialistes de ces questions d’homophobie, soient identifiables et que les élèves puissent les rencontrer en cas de problème ». Concernant la formation des personnels à la lutte contre l’homophobie à l’école, il estime aussi qu’un cours spécifique devrait être dispensé aux profs stagiaires dans les Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation. Un avis partagé par Lucie Martin, responsable éducation au MAG Jeunes LGBT : « donner aux profs l’accès à un guide, c’est un premier pas, mais la lecture ne pourra jamais remplacer une vraie formation avec des acteurs de terrain », insiste-t-elle/

Depuis quelques années, la rue de Grenelle a aussi mis le paquet sur la prévention. Quelques associations (SOS homophobie, Estim’, SIS Association, Contact, Le Refuge…) ont reçu un agrément pour intervenir dans les classes. « En 2015-2016, SOS homophobie a ainsi réalisé 1.000 interventions et sensibilisé 21.000 aux violences et discriminations à caractère homophobe. Et encore, nous n’avons pas pu répondre à toutes les demandes des établissements », raconte Gilles Dehais. Des interventions pendant lesquelles les intervenants de l’association s’emploient à expliquer ce qu’est une injure homophobe, à déconstruire les préjugés vis-à-vis des homosexuels, de raconter les séquelles que peut entraîner le harcèlement scolaire sur les victimes…

Une campagne de communication

« Les programmes d’enseignement moral et civique abordent aussi depuis 2015 la question de l’identité de genre et de l’orientation sexuelle », souligne Gilles Dehais. Pour enfoncer le clou, le ministère a orchestré en 2015 une campagne de sensibilisation à ce fléau, intitulée « L’homophobie n’a pas sa place à l’école ! », qui s’est matérialisée par des affiches placardées dans les collèges et lycées. Cette campagne « illustre la prise de conscience du niveau d’hostilité et de violence de l’environnement auquel les victimes sont confrontées dans leur quotidien », estime SOS homophobie dans son rapport annuel. Mais pour Lucie Martin, cette campagne n’a pas eu la résonance qu’elle aurait dû avoir : « les affiches n’ont pas été diffusées massivement. Elles étaient juste à la disposition des personnels qui pouvaient se les procurer. Cela aurait été plus efficace de leur donner clé en mains », estime-t-elle. Par ailleurs, elle regrette que « cette campagne ait laissé à l’écart les bi et trans ». Une journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie a aussi été organisée en mai dernier, donnant lieu à différentes manifestations dans les établissements.

Mais pour lutter contre les stéréotypes et les discriminations homophobes, plusieurs associations estiment aussi que les manuels scolaires devraient jouer un rôle : « il faudrait que d’autres schémas familiaux qu’un papa et une maman soit représentés par exemple », indique Lucie Martin. Encore une piste de réflexion pour le prochain gouvernement…