Affaire Cahuzac: «Je n'avais pas la technicité requise pour réaliser un tel montage financier»

COMPTE-RENDU Lors de cette troisième journée d’audience, Jérôme Cahuzac a nié être à l’origine du montage financier impliquant la création d’une société panaméenne et un transfert de compte à Singapour…

Hélène Sergent

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Jérôme Cahuzac, lors de son procès le 5 septembre 2016 à Paris.
Jérôme Cahuzac, lors de son procès le 5 septembre 2016 à Paris. — Benoit PEYRUCQ / AFP

Jérôme Cahuzac avait-il lui-même pensé, imaginé et exigé  la mise en place d’un montage financier sophistiqué lui permettant de transférer son argent à Singapour ? C’est la question posée, ce jeudi, au médiatique prévenu jugé depuis lundi au tribunal correctionnel de Paris pour fraude fiscale et blanchiment. Une question complexe qui a donné lieu à plusieurs confrontations entre l’ancien ministre du Budget et le banquier suisse François Reyl, directeur général de la banque du même nom qui comptait Cahuzac parmi ses clients.

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Un changement de structure « conseillé » à Cahuzac

En 2009, Jérôme Cahuzac est député. Après l’ouverture d’un premier compte en Suisse en 1993 au profit du financement du courant rocardien selon ses premières déclarations lundi, le chirurgien esthétique a expliqué avoir été alerté d’une évolution de la fiscalité internationale susceptible de menacer la confidentialité du second compte, « code Birdie » ouvert auprès de la banque suisse Reyl. Intervient alors Hervé Dreyfus, ami du père Cahuzac et apporteur d’affaires chez Reyl : « Hervé Dreyfus me dit alors que si ma volonté de confidentialité reste la même, ces avoirs ne peuvent plus rester » en Suisse a affirmé le prévenu.

À l’occasion d’un week-end prolongé à Evian en mars 2009 en compagnie « d’amis chers », Jérôme Cahuzac abandonne ses proches le temps d’un après-midi pour se rendre à Genève, direction la banque Reyl. C’est ce premier rendez-vous, point de départ de la fuite des avoirs de Cahuzac pour Singapour, qui oppose l’ancien élu et le directeur général de la banque.

« Je n’avais pas la technicité requise »

Pour l’ex-ministre, c’est la banque Reyl qui a proposé le basculement de son compte sur une société panaméenne puis le transfert de ses avoirs à Singapour. « J’ai demandé à Reyl qu’on m’assure la plus grande discrétion et confidentialité, pour le reste c’est la banque Reyl qui m’a proposé des solutions (…) je n’ai discuté cette initiative à aucun moment », assure Cahuzac.

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Une version nuancée par la banque et par son directeur général, François Reyl. Lorsque ce 20 mars 2009, Jérôme Cahuzac arrive, à l’improviste, dans les locaux de l’établissement, il demande à être reçu. « Il est venu dans nos locaux et nous a instruits de transférer ses avoirs sur un compte société puis dans un second temps de transférer le compte à Singapour », a expliqué François Reyl dans un premier temps. Une version immédiatement contestée par l’ancien maire de Villeneuve-sur-Lot : « Prétendre que je suis à l’origine de ces montages, ce n’est pas loyal ».

« En 2009, je suis certes membre de la commission des Finances mais mes fonctions sont celle de rapporteur du budget de l’Outre-mer (…) Dans ma vie d’élu je n’ai été que de façon partielle, et en y consacrant le moins de temps possible, confronté aux questions de fraude fiscale (…) J’étais dans l’incapacité technique d’imaginer de tels montages ». L’échange du 20 mars est une nouvelle fois disséqué par le tribunal. François Reyl nuance alors : « Jérôme Cahuzac demande une confidentialité accrue et un éloignement de la Suisse. En réponse à cela, je lui propose un basculement de son compte sur une société. L’ayant droit économique demeure mais le titulaire du compte change (…) et je lui indique que nous avons ouvert une filiale à Singapour ».

Outre la « paternité » de ce montage, le président du tribunal Peimane Ghaleh-Marzban tient à sonder l’état d’esprit de Cahuzac lorsque la fraude est suggérée : « À ce moment-là, cela ne vous effraie pas ? ». Réponse de l’ex-élu : « Au point où j’en suis et avec ce que j’ai fait jusqu’alors, c’est la fuite en avant ».

Le procès doit se tenir jusqu’au 15 septembre.