Osny: Canif, téléphones… Les unités spécialisées en déradicalisation sont-elles des passoires?

PRISON Après l'agression de deux surveillants, la fouille des cellules de l'unité dédiée aux détenus radicalisés a réservé des surprises dans la maison d'arrêt d'Osny (Val-d'Oise)...

Florence Floux

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Prison de Fleury-Mérogis  (Illustration)
Prison de Fleury-Mérogis (Illustration) — ERIC FEFERBERG / AFP

Une arme artisanale, un canif… La fouille au corps de Bilal T., agresseur présumé de deux surveillants de la maison d’arrêt d’ Osny (Val-d’Oise) dimanche, s’est montrée fructueuse. D’après une source pénitentiaire, on a effectivement retrouvé une autre arme en plus de celle qu’il s’était fabriquée pour passer à l’acte de façon préméditée.

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La présence d’un canif en plus de l’arme avec laquelle il a attaqué les surveillants dans une unité spécialisée dédiée (UD) aux détenus radicalisés a de quoi interpeller. D’autant que les fouilles réalisées dans les cellules des 18 détenus de l’UD d’Osny ont également porté leurs fruits : trois téléphones portables, deux cartes SIM, et quelques objets tranchants y ont été retrouvés.

Séparés mais pas isolés

Les prisonniers placés en UD y sont assignés afin de suivre un programme de déradicalisation tout en les isolant du reste des détenus et d’éviter ainsi d’autres endoctrinements. Pour la plupart, il s’agit d’individus condamnés pour s’être rendu en Syrie ou en Irak ou bien d’avoir essayé et qui peuvent éventuellement se révéler dangereux pour le personnel pénitentiaire.

La présence d’armes blanches peut donc leur permettre de passer à l’acte en prison, pour ceux qui ont pour objectif de tuer un « bleu », c’est-à-dire un représentant de l’Etat au même titre que les policiers ou les gendarmes.

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Quant à la présence de téléphones portables, elle peut logiquement garder un détenu radicalisé en contact avec ses connaissances elles aussi embrigadées, et potentiellement empêcher le processus de déradicalisation. Le garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, avait visité la maison d’arrêt d’Osny en avril dernier et constaté en personne le nombre important de téléphones portables saisis en prison.

La technique du « big Mac »

« L’unité spécialisée est en réalité une détention ordinaire mais avec des fichés S, explique le secrétaire régional adjoint du syndicat pénitentiaire Ufap-Unsa. Les détenus sont séparés des autres, mais ils ne sont pas à l’isolement. »

Même pour les détenus les plus radicalisés, qui sont placés à l’isolement, il est toujours possible de faire passer des objets depuis l’extérieur en les jetant dans la cour de promenade par-dessus les murs. La technique du « big-mac », qui consiste à coincer un téléphone entre deux éponges rattachées par un élastique est très souvent utilisée. Il suffit d’inscrire le nom du détenu auquel il est destiné pour que le « colis » arrive parvienne au destinataire.

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Les UD sont des services spécialisés séparés regroupant peu de détenus : 23 places à Osny, 26 à Fresnes (Val-de-Marne), 28 à Lille-Annœullin (Nord) et deux unités de 20 places chacune à Fleury (Essonne)… Mais qui se trouvent dans les mêmes bâtiments que le reste des détenus. L’Ufap-Unsa dénonce d’ailleurs l’isolement de façade de ces détenus radicalisés. « Vous n’empêcherez jamais un détenu de communiquer avec un autre », estime également Ahmed El Hoummass, de la CGT.

Osny, l’UD des détenus les plus « ouverts à la déradicalisation »

L’unité de Fresnes sert d’espace d’évaluation des détenus repérés pour radicalisation. Les plus « accessibles et ouverts à la déradicalisation sont normalement envoyés à Osny », détaille Jérôme Nobecourt de FO Pénitentiaire. Pourtant, c’est bien à Osny que s’est produite l’attaque contre un surveillant. Le suspect, Bilal T., ne fait d’ailleurs pas mystère de ses motivations, selon une source proche du dossier. « Il explique que faute de pouvoir se rendre en Syrie, il est passé à l’acte ici, en prison. »

Tous les syndicats espèrent que l’agression qui a failli coûter la vie à un de leur collègue va permettre une réforme des unités dédiées, voire leur disparition. « Jusqu’ici, on n’était pas du tout dans un esprit sécuritaire dans les UD mais davantage dans un souhait de déradicalisation, avec des activités spécifiques : groupes de parole, sophrologie ainsi que les activités auxquelles ont droit tous les détenus comme les cours, la bibliothèque, le sport », explique Jérôme Nobecourt. Pourtant d’autres voix se font entendre.

Interrogé par FranceInfo, Guillaume Denoix de Saint-Marc, président de l’Association française des victimes du terrorisme, est lui-même intervenu à plusieurs reprises en UD. « Il est trop tôt pour juger de l’efficacité de ces unités dédiées », estime-t-il avant d’ajouter : « Les unités dédiées sont la seule solution pour apporter un suivi adapté à ces personnes, avec des professionnels formés pour travailler à la déradicalisation. »