Egalité des sexes: Le gouvernement lance une campagne «culturelle» contre le «sexisme ordinaire»

ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES La ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol lance ce jeudi « un plan d’actions et de mobilisation contre le sexisme »…

Laure Cometti

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Une manifestation
Une manifestation — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Remarques paternalistes, sous-représentation dans les lieux de pouvoirs, inégalités au travail et dans la sphère domestique… La campagne lancée ce jeudi par la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol cible le « sexisme ordinaire » qui s’exprime au bureau, à la maison, dans les médias et la publicité et freine l’égalité des sexes.

La campagne durera six mois et s’achèvera le 8 mars 2017, pour la Journée internationale des droits des femmes. Pas de lois mais un site dédié sur lequel « les citoyens pourront prendre la parole, pour témoigner et aussi faire remonter des modèles positifs. Un appel à projets sera également lancé », indique le cabinet de Laurence Rossignol.

Un « sexisme ordinaire » qui crée « beaucoup de dégâts »

Invitée sur France Inter mercredi, Laurence Rossignol, a dit vouloir « changer les comportements » parfois « nichés dans notre inconscient collectif ». «  Le sexisme ordinaire désigne le fait de systématiquement ramener les femmes à leur sexe, quelles que soient les circonstances. C'est aussi qualifier de façon négative les comportements féminins et de façon positive les mêmes comportements au masculin :  une femme qui pleure est émotive ou énervée, un homme qui pleure est qualifié de sensible », souligne Camille Froidevaux-Metterie*, professeure de science politique à l’Université de Reims Champagne-Ardenne et spécialiste des mutations de la condition féminine.

Dans le milieu professionnel, le « sexisme ordinaire » provoque « beaucoup de dégâts » chez les femmes en entamant la confiance qu’elles ont en elles, déclare à l’AFP Brigitte Grésy, secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (CSEP).

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« Même les femmes ont tendance à sous-estimer le sexisme »

En interrogeant des passants sur la proportion de femmes victimes de violences sexuelles ou physiques (1 sur 3), la répartition des tâches domestiques (les hommes en effectuent en moyenne 28 %), la part de femmes parmi les maires français (16 %), la couverture médiatique du sport féminin (15 % de temps d’antenne) ou le nombre de rues portant le nom d’une femme (2 %), les spots publiés sur le site du ministère révèlent aussi l’écart entre la perception du sexisme et sa réalité en 2016.

La « tolérance au sexisme est sans commune mesure avec d’autres discriminations », souligne Brigitte Grésy. « Il y a une sous-estimation du sexisme et des violences faites aux femmes. Même les femmes ont tendance à sous-estimer ces comportements », note Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d’Osez le Féminisme !. Il est selon elle important de « casser ce mécanisme en expliquant à quel point ces discriminations touchent massivement notre société ».

Chez les 15-20 ans, une femme sur deux déclare avoir été victime de sexisme

Massif, le sexisme l’est effectivement à en croire un sondage commandé par le ministère des Droits des femmes au CSA : 40 % des femmes interrogées déclarent avoir un jour été victimes soit d’une humiliation, soit d’une injustice liée à leur sexe. Un chiffre qui grimpe à 50 % chez les jeunes filles âgées de 15 à 20 ans.

« Les jeunes femmes sont plus sensibilisées à ces questions. En outre, si les indicateurs sociologiques montrent une amélioration de la condition féminine, les stéréotypes perdurent, voire se renforcent », note Camille Froidevaux-Metterie. Ce « paradoxe » signale que nous vivons une vraie mutation des conditions masculine et féminine. L’évolution de la place de la femme dans la société heurte des siècles de privilèges masculins et suscite une vive résistance de la part de certains hommes, parfois aussi de certaines femmes mal à l'aise face à la disparition des anciens rôles de genre », souligne la spécialiste.

Les chiffres publiés par le ministère « vont à l’encontre de l’idée reçue selon laquelle ça va mieux », insiste Héloïse Duché, fondatrice du mouvement Stop Harcèlement de rue. « C’est très dur de déconstruire le sexisme intériorisé, ténu, qui est profondément ancré. Il faut un long travail culturel pour changer les mentalités », poursuit-elle, préconisant de publier régulièrement des chiffres et des indicateurs sur le sexisme en France, « comme on le fait pour le chômage ou la sécurité routière ».

* Auteure de La révolution du féminin (Gallimard, 2015).