Ces initiatives pour favoriser la mixité sociale à l’école

EDUCATION Après la passe d’arme entre l’économie Thomas Piketty et la ministre de l’Education, petit tour des expérimentations en France et ailleurs pour favoriser la mixité…

Oihana Gabriel

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Najat Vallaud Belkacem, ministre de l'Education lors d'une visite d'un lycée à Toulouse le 6 septembre. Elle s'est opposée à la proposition de Thomas Piketty d'imposer au privé des quotas d'élèves défavorisés.
Najat Vallaud Belkacem, ministre de l'Education lors d'une visite d'un lycée à Toulouse le 6 septembre. Elle s'est opposée à la proposition de Thomas Piketty d'imposer au privé des quotas d'élèves défavorisés. — SIPA

Obliger les collèges privés à accepter un quota d’élèves défavorisés. Voilà une solution radicale, prônée par l’économiste de gauche Thomas Piketty. Dans une tribune publiée mardi dans Le Monde, il développe son idée d’un système d’affectation commun aux collèges publics et privés conventionnés.  Irrecevable pour la ministre Najat Vallaud-Belkacem qui y voit un « effet d’affichage ».

En novembre dernier, la ministre avait présenté plusieurs solutions pour favoriser la mixité dans 25 territoires pilotes qui ont depuis lancé des initiatives. 20 Minutes se penche sur cinq pistes pour limiter la ségrégation scolaire.

S’attaquer au privé ?

La proposition de Thomas Piketty a l’intérêt d’interroger le statut du privé, en partie financé par l’Etat. Mais pour Nathalie Mons, professeur de sociologie à l’université de Cergy-Pontoise et membre du Conseil national de l’évaluation du système scolaire, mieux vaut associer le privé que lui imposer des quotas. « Ainsi, on réfléchit à des incitations financières pour des établissements privés qui s’engageraient à soutenir une plus grande mixité. » Sur les 25 territoires pilote, certains collèges privés sont associés à la réflexion et s’engagent à ne pas ouvrir de nouvelle classe pour éviter que de nouveaux élèves passent du public au privé.

Mettre fin à la carte scolaire ?

La carte scolaire et les dérogations soulèvent bien des tensions, surtout à Paris. « Libéraliser ou durcir la carte scolaire ne sert à rien, assure-t-on au ministère. Sur le principe, tout le monde est pour la mixité, mais quand il s’agit de vos enfants, c’est plus compliqué. » Souvent décriée, la carte scolaire est pourtant une réponse efficace selon Ben Ayed Choukri, sociologue et enseignant à l’université de Limoges : « Ce n’est pas parce qu’elle est contournée dans des endroits problématiques qu’elle ne fonctionne pas. Notre système éducatif sans sectorisation serait soumis aux plus violentes règles du marché ». Pour preuve, certains pays très libéraux cherchent à aller vers une sectorisation.

« Mais depuis les années 1980, les choix politiques en France sur l’école ont consisté à favoriser les dérogations, critique le sociologue. C’est comme si on envoyait un formulaire d’un nouvel impôt avec la méthode pour s’y soustraire… Si certains motifs de dérogation, comme le handicap, le regroupement de fratrie restent importants, d’autres comme le choix de certaines options » permettent de contourner la carte scolaire Pour le sociologue, la sectorisation fonctionne quand l’offre est homogène. Mais dans certains collèges pilote, au contraire, on mise sur des options rares (chinois) pour attirer les meilleurs élèves.

Le multi-secteur

Dans ses préconisations en juin 2016, le Cnesco prônait notamment le multi-secteur, à savoir que les parents font des vœux entre plusieurs collèges. On essaie de satisfaire leurs souhaits en prenant en compte l’impératif de mixité scolaire. Une expérimentation qui a fait ses preuves à Boston. Et depuis cette rentrée, dix secteurs multi-collèges ont été mis en place, annonce le ministère de l’Education.

Le « busing »

C’est aux Etats-Unis qu’est née cette pratique du « busing » qui consiste à transférer (en bus) un élève vers un établissement plus mixte. Une façon de contourner l’obstacle de la ségrégation résidentielle, souvent présentée comme insurmontable. Si la pratique est difficile à transposer à la France, redéfinir un secteur d’attribution d’un collège le long d’une ligne de métro qui traverse des quartiers hétérogènes peut être une solution.

Consulter les parents

« En Hollande, l’administration éducative a intelligemment misé sur les parents, souligne la sociologue du Cnesco. Les collectivités fournissent des moyens financiers pour que les parents communiquent sur les établissements. Avec des tracts, des visites des établissements, un petit noyau de parents aisés encouragent d’autres parents [du même milieu social] à s’inscrire ensemble dans l’établissement sensible. Et ça fonctionne. » Ce dialogue semble être privilégié par le ministère. « Nous avons mis en place des outils statistiques, des cartes pour que dans les 25 territoires pilotes, enseignants, parents, mais aussi une dizaine de scientifiques travaillent ensemble pour lutter contre la ségrégation », assure-t-on au cabinet.