Attaque de surveillants à Osny: Bilal T., du djihad manqué au passage à l'acte en prison

PRISON Le détenu qui a tenté de tuer un surveillant dimanche à Osny ne fait pas mystère de ses intentions...

Florence Floux

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La grille d'une prison. Illustration.
La grille d'une prison. Illustration. — Witt-Sipa

Il s’en est fallu de peu pour que Bilal T. réussisse son coup, dimanche après-midi. Ce détenu de 24 ans a sauvagement attaqué un surveillant de l’unité dédiée (UD) aux détenus radicalisés de la maison d’arrêt d' Osny (Val-d’Oise) à l’aide d’un couteau artisanal. Blessé à la gorge et au thorax, le gardien a miraculeusement eu la vie sauve grâce à l’intervention d’un collègue, lui aussi touché au bras. Les deux surveillants sont aujourd’hui hors de danger, mais la lame est passée à quelques millimètres de la carotide et d’un poumon du plus grièvement blessé. Après l’agression, Bilal T. a dessiné un cœur avec le sang d’un des deux surveillants avant de se mettre à prier.

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D’après le personnel pénitentiaire d’Osny, rien ne laissait présager cette agression. Pour le délégué régional FO Jérôme Nobécourt, le détenu « arrivé depuis environ trois mois dans l’unité ne posait pas de problème particulier. Il ne montrait aucune agressivité. » Pourtant, c’est bien pour « tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste » que Bilal T. a été mis en examen. Qui dit assassinat dit préméditation. Le détenu se montra d’ailleurs très clair sur son motif : « Il explique que faute de pouvoir se rendre en Syrie, il est passé à l’acte ici, en prison », indique une source judiciaire proche du dossier.

Un départ vers la Syrie après « Charlie Hebdo »

Trois autres détenus de l’unité dédiée d’Osny ont également été placés en garde à vue mardi afin d’établir si le suspect a bénéficié de complicités. Aucun élément ne permet pour le moment de confirmer cette hypothèse. D’après le syndicat de l’Ufap-Unsa, l’arrivée en UD de deux détenus très radicalisés il y a six semaines y a profondément modifié l’ambiance. « Les surveillants ont remarqué que les mentalités dans l’UD ont changé. Certains sont davantage endoctrinés qu’avant », note le secrétaire régional adjoint du syndicat. Une source pénitentiaire indique par ailleurs que l’un de ces deux détenus fait partie des gardés à vue. Autre détail pouvant laisser penser à des complicités : selon la même source, la fouille des affaires de Bilal T. a permis de trouver un couteau de type canif, en plus de l’arme artisanale utilisée pour l’attaque.

Tous les quatre n’ont pas été condamnés pour les mêmes faits. Bilal T. a été jugé en mars 2016 pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Après l’attentat de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, en janvier 2015, ce jeune homme originaire de Trappes (Yvelines) décidait de partir pour la Syrie. Le 20 janvier, il était arrêté en Turquie en compagnie de trois autres personnes : deux jeunes rencontrés quelques jours avant dans un cybercafé de Trappes et sa copine. Ils avaient tous les quatre quitté les Yvelines en voiture deux jours auparavant.

Une connaissance d’Abballa ?

Pendant le procès, Bilal T. était présenté comme le « chef » de bande. Il expliquait qu’il voulait retrouver ses deux frères, partis en Syrie en 2012 et 2014. C’est sous l’influence de l’un des deux que le jeune homme se serait radicalisé en 2014. Déja condamné en 2011 pour tentative de vol aggravé, il a longtemps travaillé comme cuisinier. Marié religieusement à la mère de son fils de 2 ans - elle aussi condamnée mais sans mandat de dépôt -, il arrive à Osny en mars, après sa condamnation à cinq ans ferme.

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C’est également dans cette maison d’arrêt que Larossi Abballa, le tueur des deux policiers de Magnanville (Yvelines) avait été incarcéré, d’où certaines rumeurs affirmant que les deux hommes se connaissaient. Pourtant, de source judiciaire, les deux hommes ne s’y trouvaient pas à la même date. Aucun élément ne permet pour le moment d’affirmer que Larossi Abballa et Bilal T. se connaissaient. Néanmoins, le tueur de Magnanville aurait tout de même pu inspirer l’assaillant d’Osny puisqu'Abballa appelait entre autres à tuer des surveillants de prison dans sa vidéo de revendication.

La Sous-direction antiterroriste (SDAT) poursuit son enquête ce mercredi.