La médaille pour les victimes du terrorisme ne fait pas l'unanimité

ATTENTATS Créée pour « manifester l’hommage de la Nation », la nouvelle distinction fait notamment bondir les anciens combattants...

20 Minutes avec AFP

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Hommage aux victimes de l'attaque du 14 juillet qui a fait 86 morts ˆ Nice sur la promenade des Anglais ˆ
Hommage aux victimes de l'attaque du 14 juillet qui a fait 86 morts ˆ Nice sur la promenade des Anglais ˆ — LIONEL URMAN/SIPA

Satisfaction pour certaines associations, perplexité pour d’autres et colère des anciens combattants. La médaille de reconnaissance aux victimes du terrorisme, créée la veille de l’attentat de Nice, divise, certains déplorant une démarche qui risque de les enfermer dans leur souffrance.

Le débat a commencé en janvier 2016. La Légion d’honneur est alors décernée à quinze des 17 victimes des attaques djihadistes de janvier 2015, et pas seulement aux trois policiers parmi elles. Les deux autres, le dessinateur Georges Wolinski et le chroniqueur Bernard Maris, avaient eux été décorés de leur vivant.

Des victimes ayant vécu, plus qu’agi

« L’ensemble des victimes du mois de janvier 2015 avaient été faites chevaliers de la Légion d’honneur. Des proches de victimes d’attentats précédents, qui avaient la même exigence, ne comprenaient pas pourquoi celle-ci ne pouvaient pas avoir la même reconnaissance », rappelle Guillaume Denoix de Saint Marc, président de l’Association française des victimes du terrorisme (AFVT).

Mais comment attribuer la plus haute distinction française, une décoration qui récompense quelqu’un « ayant fait preuve de mérites éminents au service de la nation, à titre militaire ou à titre civil » quand il s’agit de victimes ayant vécu, plus qu’agi ?

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Le 13 juillet, à la veille du sanglant attentat de Nice (86 morts), un décret annonce donc la création de la médaille pour « manifester l’hommage de la Nation ». Elle concernera des « faits survenus depuis le 1er janvier 2006 » pour des Français ou étrangers « tués, blessés ou séquestrés lors d’actes terroristes commis sur le territoire national ou à l’étranger contre les intérêts de la République française ». Attribuée par décret présidentiel, elle pourra être décernée à titre posthume.

« Ni nécessaire ni légitime »

A l’Union nationale des combattants (UNC), on est furieux non pas sur le principe, mais sur le rang donné à cette médaille qui « arrive juste après l’Ordre national du mérite et devant les Croix de guerre ».

« Soit c’est une maladresse et il faut la corriger, soit c’est un mépris délibéré pour les combattants : il y a une différence fondamentale entre un malheureux citoyen qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment et un soldat appelé et qui risque sa vie pour sa Nation », tempête le général Philippe Schmidt, directeur administratif de l’UNC.

Si l’AFVT se réjouit, d’autres associations comme la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents (Fenvac) ne voient pas d’un bon œil cette décoration. « Elle n’est ni nécessaire, ni légitime », commente Stéphane Gicquel, son secrétaire général.

Certes, « le but est louable, reconnaît-il, sauf que les attentes se situent à un autre niveau, par exemple, que tous les moyens soient mis sur la procédure d’enquête ».

Une indemnisation plutôt qu’une médaille

Interrogée sur la question lors de sa venue à Nice vendredi, la secrétaire d’Etat à l’Aide aux victimes Juliette Méadel s’est contentée de répondre que certains avaient « besoin d’Etat, d’autres veulent une médaille, d’autres n’en veulent pas (…) Il y a autant de réponses que de victimes ».

Aux médailles, l’association 13 novembre Fraternité et solidarité qui regroupe plus de 600 adhérents préfère quant à elle « les plaques ou les monuments aux morts » ou les « revendications plus tangibles comme l’indemnisation ou la prise en charge des soins », explique son président Georges Salines.

Voulant éviter la polémique, il estime toutefois que cette médaille pourrait compter pour « les personnes oubliées car victimes d’événements qui ont moins marqué l’Histoire ou la mémoire nationale comme le 13 novembre ou Nice ».