Affaire Cahuzac: «Le compte a servi à financer une activité politique pour soutenir Michel Rocard»

COMPTE-RENDU À l'occasion de la reprise de son procès, l'ancien ministre du Budget a donné une nouvelle explication très « politique » concernant l'ouverture d'un premier compte en Suisse au début des années 1990...

Hélène Sergent

— 

Jérôme Cahuzac, lors de son procès le 5 septembre 2016 à Paris.
Jérôme Cahuzac, lors de son procès le 5 septembre 2016 à Paris. — Benoit PEYRUCQ / AFP

Sept mois. C’est le temps dont a disposé Jérôme Cahuzac depuis sa première confrontation, rapidement avortée, avec la justice en février dernier. De cette première expérience, l’ancien ministre du Budget poursuivi pour fraude fiscale et blanchiment aux côtés de son ex-femme, en a tiré quelques enseignements.

Ce lundi, la confrontation entre les caméras et dizaines de photographes avec l’ex-élu n’a pas eu lieu. Arrivé en toute discrétion dans la salle d’audience par une entrée dérobée, l’ancien député du Lot-et-Garonne a lâché, face au tribunal correctionnel de Paris, une véritable bombe.

« C’était du financement d’activité politique pour Michel Rocard »

Jamais, depuis l’ouverture d’une enquête en 2013 suite aux révélations publiées par Mediapart sur l’existence de son compte à l’étranger, Jérôme Cahuzac n’avait avancé un tel motif pour justifier la fraude. Replié sur lui-même et impassible au début de l’audience, l’ancien maire de Villeneuve-sur-Lot a fini par recouvrer une certaine aisance. Appelé à la barre par le président Galheh-Marzban, l’ex-ministre est revenu sur la genèse du tout premier compte ouvert chez UBS en Suisse en 1992 par son ami Philippe Péninque, aujourd’hui proche de Marine Le Pen. « Les sept premiers mois, de novembre 1992 à mai 1993, le compte a servi à financer une activité politique pour soutenir Michel Rocard », a expliqué Cahuzac.

>> A lire aussi : On vous résume l'affaire Cahuzac en dix dates

Interrogé sur la moralité de l’ouverture d’un tel compte par le tribunal, il rétorque : « J’étais jeune, j’y voyais une marque de confiance […] aujourd’hui c’est absurde, à l’époque c’était banal. » Le compte aurait été alimenté par plusieurs laboratoires pharmaceutiques, dont Pfizer, auprès desquels le chirurgien de formation exerçait une mission de conseil. Une pratique « courante » à l’époque martèle Cahuzac : « Tout le monde le faisait, tous les partis politiques. »

La révélation, trop inattendue après deux années de procédure, monopolise une partie des débats. Que savait alors Philippe Péninque qui a ouvert le compte pour M. Cahuzac ? « Il ignorait l’origine de ce financement, je ne lui ai jamais dit […]. J’ai dû à l’époque lui citer cet adage : « il est toujours utile d’ignorer ce qu’il est inutile de savoir ». Michel Rocard lui-même aurait tout ignoré de ce compte à en croire Cahuzac. Une posture aisée mais difficile à tenir au regard du déroulé de l’affaire : « Il va falloir étayer vos propos », lance le président - « Vous voulez dire que je donne des noms ? » enchaîne le prévenu. Ces noms, susceptibles d’affirmer ou d’infirmer la version de la « caisse noire » ne viendront jamais. « Je ne veux pas créer le scandale », avance Cahuzac.

>> A lire aussi : Reporté une première fois, le procès de l’ex-ministre débute ce lundi

L’apparition du second compte UBS

Après l’échec de Michel Rocard aux législatives en 1993, le compte cesse d’être alimenté. « Le contexte était complètement différent […] à la suite de cette déroute, ces gens qui ont accepté de nous aider sont moins enthousiastes », explique l’ancien élu du Lot. Que faire des avoirs restés sur le compte ? « On me dit tu ne bouges pas, on te dira. On ne m’a jamais dit », lâche Jérôme Cahuzac qui finira par clôturer le compte, en ouvrir un second à son nom dans la même banque genevoise et par rapatrier les sommes restantes du compte destiné à alimenter le courant rocardien.

Au-delà de la portée de ces révélations, la question du moment choisi, un peu plus de deux mois après la mort de Rocard, interpelle. Interrogation que finit par poser le président : « C’est sa mort qui vous a fait parler ? ». Cahuzac fait mine de s’insurger puis nuance : « Non, il ne faut pas faire parler les morts et profiter de leur disparition […]. Je ne peux pas dire que sa disparition n’a joué aucun rôle. »