VIDEO. Paris: Les citoyens d'origine asiatique crient leur «colère» après la mort de Zhang Chaolin

MANIFESTATION Des milliers de personnes ont défilé ce dimanche de la place de la République à celle de la Bastille, à l’appel du collectif « Sécurité pour tous » qui dénonce l’insécurité et le « racisme anti-asiatique »…

Laure Cometti

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Des manifestants ont défilé le 4 septembre 2016 à Paris
Des manifestants ont défilé le 4 septembre 2016 à Paris — FRANCOIS GUILLOT / AFP

« Liberté, égalité, fraternité, sécurité ! » Le slogan résonne sur la place de la République à Paris où des milliers de personnes se sont réunies ce dimanche à l’appel de plusieurs associations pour réclamer « la sécurité pour tous » et dénoncer le « racisme anti-asiatique ». Agitant des drapeaux tricolores et arborant un t-shirt blanc floqué du slogan « sécurité pour tous », les manifestants, majoritairement d’origine chinoise, sont venus dire leur « colère » et leur « exaspération ».

« Faire entendre nos voix »

Parmi le cortège qui a défilé de la place de la République à la Bastille, encadré par « environ 300 agents de sécurité bénévoles » (selon un organisateur), de nombreuses personnes manifestent pour la première fois. « La mort de Zhang Chaolin a été un événement déclencheur », affirme une quadragénaire qui a fait le déplacement depuis Marseille. Ce couturier de 49 ans est mort en août  après avoir été agressé à Aubervilliers par trois jeunes, écroués mercredi, qui voulaient voler le sac de son ami. « Nous sommes là pour exprimer notre colère et faire entendre nos voix », explique cette femme d’origine chinoise qui préfère conserver l’anonymat.

Lui aussi choqué par « le meurtre de Zhang Chaolin » mais aussi par l’attaque d’un bus de touristes chinois  près de Roissy, Yoan, 39 ans, espère qu’il y aura « un avant et un après » la manifestation de ce dimanche. La « forte mobilisation » de la « communauté asiatique », d’ordinaire « discrète » indique selon lui qu' « un seuil a été dépassé ».

Le 21 août, près de 2.000 personnes avaient défilé à Aubervilliers en hommage à Zhang Chaolin. Ce dimanche, les manifestants sont entre 35.000 et 50.000 selon les organisateurs. Ils réclament « plus de répression » pour les agresseurs et voleurs. « C’est compliqué de porter plainte, à cause de la barrière de la langue, ça prend des heures et ça n’a aucun résultat. Les voleurs ne sont pas assez punis », déplore Madame B.*

« Ils pensent qu’on a de l’argent et qu’on ne va pas porter plainte »

Insécurité, manque d’effectifs policiers, laxisme de la justice… Ces critiques ne sont pas uniquement émises par les immigrés asiatiques ou les citoyens français d’origine asiatique. Mais ils se disent en outre victimes de « préjugés » et se sentent « ciblés » par les malfaiteurs.

« Ils pensent qu’on travaille, qu’on a de l’argent, qu’on ne va pas porter plainte », lâche Christian, qui vit dans le quartier de Belleville à Paris. Né en France, il fait partie de la « deuxième génération d’immigrés chinois ». Contrairement à la génération de ses parents, celle-ci parle plus ouvertement du racisme. « C’est de plus en plus fréquent qu’on partage des vidéos et des informations sur Facebook ou WeChat » [une application mobile de messagerie instantanée].

« Nous revendiquons notre droit à la sécurité, comme tous les citoyens français », sourit Yewei, 25 ans, arrivé en France il y a quinze ans. Il se rappelle avoir subi des attaques verbales « dès l’école », et espère « avoir une vie future meilleure ».

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« Ce n’est pas une manifestation communautaire »

Une « manif de chinois » ? Ce raccourci, entendu dans la bouche d’un gendarme qui répondait à un passant curieux, agace Henri, 36 ans. « Ce n’est pas une manifestation communautaire », insiste-t-il, même s’il « faut combattre les préjugés, qui sont banalisés » dont sont victimes les Français d’origine asiatique, « un racisme pas reconnu par les autorités » selon lui.

Au début de la manifestation, des élus politiques ont pris la parole à la tribune. La présidente du conseil régional d’Ile-de-France Valérie Pécresse (Les Républicains) a dénoncé « les préjugés racistes » et promis des « preuves d’amour » aux « Franciliens d’origine asiatique ». Comme Stéphane Troussel, président PS du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, elle a évoqué plus de vidéosurveillance et des effectifs de sécurité supplémentaires. Des élus de différents bords politiques ont ensuite pris part au défilé.

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Ces « promesses politiques » sont accueillies avec prudence par Christelle**, 23 ans, qui dit vouloir « des preuves concrètes ». « Cela fait des dizaines d’années qu’il y a des agressions, pas seulement à Aubervilliers, dans Paris, à Pantin, Ivry, Mitry, La Courneuve… rien n’a changé. Nos parents nous ont élevés en nous disant de faire très attention », se souvient la jeune femme. « Notre génération a moins peur, car on sait comment porter plainte, on parle mieux français que nos parents. On les épaule, et on va essayer de changer les choses », conclut-elle avec espoir.

 

* Cette manifestante a souhaité n’être identifiée que par l’initiale de son nom de famille.

** Ce prénom a été modifié.