Rentrée scolaire: Pourquoi la réforme du collège va être le casse-tête de la rentrée

EDUCATION La mise en œuvre de la réforme du collège va démarrer ce jeudi, jour de reprise des cours pour les élèves…

Delphine Bancaud

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 Najat Vallaud-Belkacem, avec des collégiens lors d'une visite, le 6 octobre, au collège  Daniel Fery, à Limeil-Brevannes.
Najat Vallaud-Belkacem, avec des collégiens lors d'une visite, le 6 octobre, au collège Daniel Fery, à Limeil-Brevannes. — Revelli-Beaumont/SIPA

« La réforme du collège n’est pas l’apocalypse annoncée, la Terre ne sera pas fendue en deux jeudi et on continuera à enseigner le latin et le grec », a martelé lundi Najat Vallaud-Belkacem lors de sa conférence de presse de rentrée. Une nouvelle tentative d’étouffer la grogne contre la dernière grande réforme du quinquennat en matière d’éducation, qui entrera en vigueur dès ce jeudi dans 7.100 collèges.

Celle-ci prévoit moult changements, dont plusieurs ont été contestés par la communauté éducative pour différentes raisons : des nouveaux programmes, l’apprentissage d’une seconde langue en 5e, la disparition de certaines classes bilangues, l’instauration d’un accompagnement personnalisé (AP) pour les élèves, la mise en place d’ enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) et la suppression des options latin et grec en faveur d’une initiation de tous les collégiens aux langues et cultures de l’Antiquité.

Une grève prévue le 8 septembre

Si l’on aurait pu croire que le soufflé allait retomber après les vacances, le Snes a tenu à montrer qu’il n’avait pas jeté l’éponge, en lançant un appel à lagrève dès le 8 septembre contre la réforme, en compagnie de plusieurs autres syndicats (FO, CGT, Sud, Snep-FSU et Sundep). Le syndicat a demandé au passage à la ministre, un moratoire sur la réforme.

«Elle a été impréparée. Rien n’est calé, que ce soit sur l’accompagnement personnalisé ou les EPI. Et l’on sait déjà qu’elle aboutira à des résultats très disparates dans les collèges », explique Frédérique Rolet, la secrétaire générale du syndicat. Compte tenu de l’ampleur du mécontentement, la grève du 8 septembre « peut être majoritaire », affirme-t-elle.

Une hypothèse à laquelle ne croit pas Christian Chevalier, le secrétaire général du SE-Unsa : « C’est une grève d’affichage. Le taux de grévistes sera faible car les enseignants ont compris que l’affaire était entendue », estime-t-il. Ce qui est sûr, c’est qu’aucune grève d’enseignants n’a vraiment fonctionné en septembre, car les profs veulent généralement préserver cette période afin de la vivre le plus sereinement possible. « Ils ne sont pas dans un registre revendicatif et ne veulent pas perdre une journée de salaire », renchérit-il.

Certains profs ne joueront pas le jeu

Toutefois un échec de la grève du 8 septembre ne signifierait pas pour autant une véritable adoption de la réforme dans les établissements. « Il y aura des convaincus, des réfractaires et surtout beaucoup de dubitatifs », reconnaît Christian Chevalier. Un euphémisme selon le Snes, qui estime que seul un tiers des enseignants sont favorables à cette réforme, alors même quela ministre soutient qu’il n’y a qu’entre 5 et 10 % de réticents !

« La réforme du #collège sert l’intérêt des élèves avant tout », pour @NajatVB (@itele) pic.twitter.com/5buvJEObSM

Le Snes a d’ailleurs appelé les enseignants à faire de la « résistance pédagogique », en mettant en œuvre l’interdisciplinarité et un meilleur suivi des élèves, mais « sans se laisser imposer EPI et AP » : « Beaucoup de chefs d’établissements diront que la réforme a été appliquée, alors que les EPI seront fait à minima, certains profs se lançant dedans, pendant que les autres ne feront rien », prévoit Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du Snes. Une désunion entre collègues qui pourrait créer une mauvaise ambiance dans les établissements et finalement rejaillir sur les élèves.

La réforme risque d’être abrogée en 2017

Pour autant, Christian Chevalier espère que le temps fera son œuvre et que les enseignants finiront bel et bien par s’approprier cette réforme. « Elle bouscule les pratiques desenseignants. Il faudra plus ou moins de temps pour que cela fonctionne, car les évolutions pédagogiques s’inscrivent dans un temps long », insiste-t-il.

Reste à savoir combien de temps il faudra et si cette réforme en aura. Car en regardant plus loin, c’est bien la question de la pérennité des nouveaux dispositifs qui est en jeu, les candidats de la droite pour 2017 ayant déjà annoncé qu’ils abrogeraient cette réforme s’ils remportaient la présidentielle.