Rentrée des enseignants: Les astuces des profs pour bien gérer leur classe dès le début

TEMOIGNAGES Ce mercredi, 861.000 enseignants reprennent le chemin des établissements. Certains d'entre eux nous ont confié leur méthode pour bien démarrer l'année avec leurs élèves...

Delphine Bancaud

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NANTES, le 02/09/2010 Illustration collège
NANTES, le 02/09/2010 Illustration collège — © Fabrice ELSNER

C’est le grand jour pour les 861.000 enseignants des écoles, collèges et lycées français. Ce mercredi, ils reprennent le chemin des établissements, un jour avant leurs élèves. Avant de se présenter à eux, ils ont raconté à 20 minutes leur méthode pour bien démarrer l’année avec eux.

« Une stricte alternance fille-garçon »

Yves, professeur de mathématiques dans un collège du Gard, anticipe un peu la première rencontre. « Le jour de la prérentrée je me suis renseigné sur les 3-4 élèves à surveiller de près », explique-t-il. Du coup, il installe les fortes têtes au premier rang le premier jour. Pour bien se repérer dans ses classes, il a aussi un truc : « je les installe par ordre alphabétique », explique-t-il. Thomas, enseignant d’histoire-géographie dans un collège de REP (réseau d’éducation prioritaire) à Villepinte (Seine-Saint-Denis) utilise une autre méthode pour placer les élèves dans la classe : « je respecte une stricte alternance fille-garçon, ce qui permet d’éviter beaucoup de papotages au cours de l’année et en même temps de promouvoir la mixité, car bien souvent au collège, les élèves des différents sexes ne se mélangent pas trop », constate-t-il.

Le premier jour avec une classe, c’est surtout un moment essentiel de récolte et de diffusion d’informations, comme l’indique Yves : « Je rappelle le matériel nécessaire dans ma discipline avec une pointe d’humour (cahiers, matériel de géométrie et cerveau en état de marche) et je menace de mettre les calculatrices à la poubelle si j’en vois une. En revanche, je ne fais pas remplir de fiches aux élèves, la vie scolaire a toutes les informations dont je peux avoir besoin », témoigne-t-il. Thomas ne lésine pas non plus sur les informations : « Lorsque je suis professeur principal d’une 6e, je passe beaucoup de temps à expliquer aux élèves leur emploi du temps, le changement de salles à chaque cours, le fonctionnement du carnet scolaire ».

La discipline dès les premiers jours

Les premiers jours, tous les enseignants sont unanimes sur la nécessité d’asseoir son autorité. « En REP, les élèves ont tendance à se dissiper vite. Il faut donc dès le début de l’année leur expliquer les règles de vie de la classe. Et plus ils en comprennent le sens, plus ils auront tendance à les respecter », affirme Thomas. Il n’hésite pas à les sanctionner dès le début, en cas de sortie de route : « Les premiers jours, ils me testent et essayent de percevoir mes limites. Donc lorsqu’ils bravent les règles, je leur donne des exercices en plus à faire ou j’appelle leurs parents. Ils comprennent vite à qui ils ont à faire », explique le jeune prof. Une sévérité qui ne l’empêche pas de rester juste : « c’est important de leur montrer que l’on ne les punit pas arbitrairement, afin qu’aucun d’eux ne se sentent la tête de turc de la classe », insiste-t-il.

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A la rentrée, Nicolas Anoto, professeur d’histoire-géo dans un collège de REP à Montpellier passe aussi beaucoup de temps à décortiquer les règles en classe : « J’insiste sur la nécessite de lever la main avant de s’exprimer, de ne pas couper la parole aux autres, d’être à l’heure en cours, de se montrer assidu… ». Des évidences qui ne le sont pas pour tous les collégiens. « Je leur répète que tout se sait dans le collège, car les enseignants et le CPE communiquent en permanence. Et que leurs parents sont alertés dès leur moindre écart de conduite. C’est essentiel de leur montrer qu’ils seront suivis individuellement », ajoute-t-il. Yves fait preuve aussi de fermeté dès le début : « Les sixièmes ont droit à quelques jours de mansuétude, je me contente à ce moment-là de noter une observation pour les familles en cas de velléité de bavardage. Les autres connaissent la maison, ils passent directement aux retenues », témoigne-t-il.

Un méthodique travail dès le début

De son côté, Laurent, professeur de français dans un lycée de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), n’adopte pas la même discipline selon les classes : « chaque année, je suis professeur principal d’une 1ere ES. Et le fait d’avoir ce statut de chef d’équipe m’assure un certain calme de la part des élèves ». Dans les autres classes en revanche, il se montre plus ferme : « je démarre mon premier cours par un contrôle. Je leur demande d’écrire un petit texte concernant le dernier livre qu’ils ont lu. Cela me permet non seulement d’avoir une première idée du niveau de la classe, mais aussi de passer tout de suite pour un prof sévère. Du coup, j’ai beaucoup moins besoin de faire la police ensuite et je peux desserrer la vis en cours d’année », raconte-t-il. Il se montre aussi intransigeant avec les portables utilisés en classe : « Mon grand jeu de la rentrée avec mes collègues, c’est d’être le premier à confisquer un téléphone à un élève. C’est radical comme leçon, car je ne vois généralement plus de oortable sorti d’un sac après ça », s’amuse-t-il. La première impression qu’il donne à ses élèves, Nicolas Anoto, y est aussi très attentif : « J’essaye de trouver un compromis entre une certaine retenue et une certaine bienveillance. Je veille à ne pas être méchant car beaucoup d’élèves sont stressés à la rentrée, il ne faut pas en rajouter », estime-t-il.

Larentrée, c’est aussi un moment crucial pour poser les bonnes bases d’un travail sérieux en classe et même en dehors de l’école. « J’interroge mes élèves à l’oral au début de chaque cours sur le cours précédent pour savoir ce qu’ils en ont retenu et leur apprendre à réviser », indique Thomas. Idem pour Laurent : « je tente de leur inculquer la rigueur. Je leur apprends à relire et corriger tous leurs écrits. Et dès la première semaine de cours, je leur donne des lectures pour le soir ». Yves les mets au boulot aussi tout de suite : « Les élèves attendent qu’on les fasse bosser alors j’essaie de ne pas les décevoir ».

Susciter l’intérêt des élèves

Les premiers jours, il faut aussi capter la curiosité des élèves et leur donner envie de s’investir dans la matière. « Je leur présente le programme d’histoire-géo et j’essaye toujours de faire un lien entre le cours et le monde actuel. J’organise aussi des simulations de jeux autour des risques naturels, par exemple. Ou des scènes théâtrales pour mettre en relief les relations entre seigneurs et paysans », explique Nicolas Anoto. C’est aussi lors des premières semaines que l’enseignant repère ceux qui auront le plus besoin d’attention, notamment les dyslexiques et les dyspraxiques. Idem pour Laurent : « Lorsque je repère des élèves en difficultés dès les premiers jours, je me renseigne auprès de mes collègues qui les connaissent parfois, afin de savoir quelle est la meilleure pédagogie pour eux », explique-t-il.

Et même si la plupart des enseignants avouent ressentir un certain stress lors de la rentrée, Thomas estime qu’il ne faut pas se mettre trop la pression : « Un premier cours raté c’est rattrapable », déclare-t-il avec sagesse.