Cazeneuve met en garde la droite contre une loi anti-burkini

POLITIQUE Bernard Cazneuve s’en est pris au parti Les Républicains, en pleine compétition interne en vue de la présidentielle...

20 Minutes avec AFP

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Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve
Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve — LIONEL BONAVENTURE / AFP

Une loi interdisant le port du burkini serait « inconstitutionnelle, inefficace » et risquerait de créer « d’irréparables tensions », a affirmé Bernard Cazeneuve en adressant une mise en garde à la droite, dans une interview au quotidien La Croix. Le ministre de l'Intérieur organise ce lundi une « journée de consultations sur l'islam de France », ambitionnant de mieux « ancrer dans les valeurs de la République » une religion au coeur de débats fiévreux dans un pays ciblé par les jihadistes.

« Susciter des antagonismes »

Plusieurs personnalités à droite se sont prononcées pour une loi interdisant cette tenue de bain islamique très couvrante, au coeur d’une intense polémique cet été.

« Le gouvernement, comme l’a dit le Premier ministre, refuse de légiférer sur ce sujet car une loi serait inconstitutionnelle, inefficace, et de nature à susciter des antagonismes et d’irréparables tensions », a déclaré le ministre de l’Intérieur dans cette interview publiée dimanche soir sur le site internet du journal.

« En revanche, les musulmans doivent continuer à s’engager avec nous pour l’égalité hommes-femmes, l’intangibilité des principes républicains, la tolérance qui fait le vivre-ensemble », a poursuivi Ber,nard Cazeneuve, soulignant que la décision du Conseil d’Etat, qui a suspendu vendredi l’arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet, sur la Côte d’Azur, a « dit le droit ».

Pour la plus haute juridiction administrative, une restriction de l’accès aux plages ne peut être justifiée qu’en cas de « risques avérés » pour l’ordre public, et non pas sur la base de « l’émotion ou (des) inquiétudes », même dans des communes proches de Nice, où un attentat jihadiste a fait 86 morts le 14 juillet.

Une trentaine de communes en France ont pris des arrêtés similaires, et plusieurs maires ont fait savoir qu’ils restaient en vigueur malgré la décision du Conseil d’Etat. « Chaque parole compte, chaque prise de position peut contribuer à conforter l’unité de la République ou au contraire la fractionner », a souligné le ministre.

« Débat obsessionnel »

Il s’en est pris au parti Les Républicains, en pleine compétition interne en vue de la présidentielle : « La France a besoin d’apaisement et de rassemblement, pas de ces emportements dictés par les surenchères liées aux primaires, qui portent en elles la division des Français en les dressant les uns contre les autres. »

« Certains dirigeants de l’opposition font beaucoup de bruit. Ils pensent que, dans le contexte actuel de menace terroriste, on peut abandonner les principes fondamentaux du droit que portent la Constitution ou la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen », a-t-il lancé, dénonçant « une grave erreur ».

Le président par intérim du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez, a réagi dimanche sur BFMTV en expliquant qu’il en avait « assez qu’on s’abrite derrière la Constitution et que Bernard Cazeneuve s’abrite derrière la Constitution pour surtout ne rien faire ».

« Ce que j’attends d’un politique, c’est pas qu’il se soumette à la loi mais qu’il fasse la loi », a-t-il ajouté : « une Constitution, ça peut se changer ». Candidat à la primaire de la droite, Bruno Le Maire s’est déclaré à son tour dimanche pour une loi anti-burkini, tenue qu’il voit comme une « provocation ».

Au sein de la gauche anti-Hollande, Jean-Luc Mélenchon, candidat à la présidentielle, a salué de son côté la décision du Conseil d’Etat et estimé que cette polémique est « une honte pour notre pays », lors de sa rentrée politique à Toulouse.

Et le débat continue de mettre au jour des divergences au sein du gouvernement, dont le chef Manuel Valls voit dans le burkini « l’affirmation dans l’espace public d’un islamisme politique » et « mortifère ».

La ministre du Logement, l’écologiste Emmanuelle Cosse, s’est désolée, dans une interview au Journal du dimanche, que cette « question dérisoire » se soit « transformée en débat national obsessionnel ».