Séisme en Italie: La France n’est pas épargnée par ce risque

GEOLOGIE Un séisme d’une magnitude supérieure à 6 se produit une fois par siècle en France métropolitaine...

Céline Boff
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Photo du séisme dit de Lambesc (Provence), survenu le 11 juin 1909.
Photo du séisme dit de Lambesc (Provence), survenu le 11 juin 1909. — MARY EVANS/SIPA

Au moins 159 morts, des centaines de blessés et des villages engloutis sous les décombres… Le centre de l’Italie a été frappé dans la nuit de mardi à mercredi par un violent séisme, d’une magnitude de 6,2 sur l’échelle de Richter. Une telle catastrophe naturelle pourrait-elle se produire en France ? 20 Minutes fait le point.

La France métropolitaine est-elle préservée des séismes ?

Absolument pas. Les massifs montagneux des Pyrénées, des Alpes, des Vosges et du Jura sont des zones de failles actives. Le massif Central et le massif armoricain (Vendée et Bretagne) le sont également, mais plus modestement. Au final, « les régions les moins à risque sont les bassins parisien et aquitain », résume Eléonore Stutzmann, sismologue à l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP). Il faut savoir que la France métropolitaine est frappée chaque semaine par des séismes de magnitude 3 à 3,5 sur l’échelle de Richter et environ tous les 10 ans par des séismes de magnitude 5,5 à 6. Le dernier séisme meurtrier en France – celui d’Arette (Pyrénées Atlantiques) – s’est produit en 1967. D’une magnitude de 5,3, il avait été ressenti dans toute l’Aquitaine et le nord de l’Espagne, sur 150 000 km2, et avait provoqué la mort d’une vieille dame.

La France métropolitaine pourrait-elle subir un séisme d’une magnitude aussi forte que celui survenu en Italie ? 

Oui, surtout dans le sud du pays. « La métropole est confrontée environ une fois tous les 100 ans à un séisme qui dépasse la magnitude 6 », assure Eléonore Stutzmann. Le dernier séisme de grande ampleur est celui de Lambesc (Provence), survenu le 11 juin 1909. D’une magnitude de 6,2 sur l’échelle de Richter, il avait fait 46 morts et plus de 250 blessés. Plusieurs milliers de logements avaient été détruits ou gravement endommagés, dont 1 500 à Aix-en-Provence. Le village de Lambesc avait été entièrement détruit.

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Quand se déroulera le prochain séisme d’ampleur en France ? 

« Nous pouvons définir les zones qui subiront un jour un séisme, mais nous ne pouvons pas prévoir de dates précises », prévient Eléonore Stutzmann. La France étant confrontée en moyenne une fois par siècle à un séisme de forte ampleur et le dernier s’étant produit en 1909, faut-il s’attendre à un fort tremblement de terre dans les mois qui viennent ? « Non, pas forcément. Le prochain séisme peut très bien se produire dans 50 ans », répond Eléonore Stutzmann. Si les sismologues ne peuvent pas prévoir la date d’un séisme, ils connaissent en revanche déjà sa magnitude, puisqu’elle correspond à la longueur de la faille. « Un séisme de magnitude 4 correspond à une faille d’un kilomètre qui bouge de 10 cm, un séisme de magnitude 6 à une faille de 10 à 20 km qui bouge d’un mètre et un séisme de magnitude 9, comme ceux qui frappent parfois le Japon, à une faille de 500 à 1 000 km de long qui bouge sur 20 mètres », détaille la sismologue.

La France est-elle bien préparée à ce risque ?

Non. Il y a plus de 30 ans, le ministère de l’Environnement avait commandé une étude visant à simuler l’impact qu’aurait un séisme d’ampleur équivalente à celui de 1909, mais avec le plan d’occupation des sols de 1982. L’étude concluait qu’un tel tremblement de terre ferait alors de 400 à 970 morts et de 1 850 à 5 650 blessés… En France, beaucoup de bâtiments ont été édifiés il y a plus d’un siècle. « Il faudrait, dans les zones d’aléa fort, soit les détruire, soit les renforcer pour qu’ils répondent aux normes parasismiques », précise Antoine Schlupp, sismologue au Bureau central sismologique français. Au-delà de l’architecture, « la France a des progrès à faire concernant la diffusion des bons et des mauvais gestes en cas de séisme. Il faudrait apprendre aux gens à se protéger là où ils sont lorsque le tremblement de terre survient, en s’abritant sous une table solide ou sous un lit. Les Japonais font très régulièrement des exercices de ce type, les Italiens, parfois, les Français beaucoup moins », poursuit le sismologue.

Pourquoi la France est-elle moins souvent frappée que l’Italie ?

Parce que ces deux pays ne sont pas établis sur le même contexte géologique. En Italie, c’est surtout l’étirement des Appenins, une chaîne de montagnes qui parcoure le pays sur mille kilomètres du nord au sud à travers quinze régions, qui provoque des séismes. Cet étirement est à l’origine du séisme de cette nuit, mais également du séisme de 2009 qui avait fait plus de 300 morts dans la région de l’Aquila (centre).