Burkini: Pourquoi les féministes volent au secours des femmes voilées sur la plage?

POLEMIQUE Après avoir gardé le silence au début du débat concernant ces tenues de bain musulmanes, plusieurs associations sont montées au créneau ce mercredi...

Delphine Bancaud

— 

Une femme en burkini, près de Marseille, août 2016.
Une femme en burkini, près de Marseille, août 2016. — AP/SIPA

Des soutiens qui peuvent paraitre surprenants au premier abord. En pleine polémique sur les arrêtés anti-burkini adoptés dans certaines communes et après la diffusion ce mercredi de photos montrant des policiers obligeant une femme sur la plage de Niceà ôter sa tunique (qui n’est pas un burkini), plusieurs associations féministes sont montées au créneau pour défendre les femmes visées par ces mesures. Une surprise car les associations féministes ont massivement pris position contre le voile.

Parmi elles, Osez le féminisme a estimé ce mercredi dans un communiqué « que dans ces mesures, les femmes de confession musulmane sont les grandes perdantes, victimes d’actes d’humiliation, sur fond de racisme et de sexisme ». Condamnant les  arrêtés anti-burkini, l’association s’interroge sur leur sens : « Quel est le lien entre une femme voilée à la plage et des meurtres de masse commis par des djihadistes ? Est-ce en combattant ces femmes qu’on combat l’intégrisme et l’obscurantisme ? Dans ce cas pourquoi ne pas sanctionner TOUS les signes ostentatoires religieux et non pas uniquement celui-ci porté exclusivement par des femmes ? ». Sans pour autant renier sa position sur le voile : « Nous ne pouvons pas passer sous silence le combat de ces femmes iraniennes, saoudiennes, et de bien d’autres pays, qui réclament simplement le droit de se balader les cheveux au vent, dans l’espace public. Nous ne pouvons pas passer sous silence le fait qu’en France, certaines femmes vivent une oppression religieuse, qui va à l’encontre de leurs libertés fondamentales ».

«Double peine»

Même son de cloche du côté des Effrontées, qui ont dénoncé dans un communiqué « une nouvelle oppression des femmes voilées » qui sont « jetées en pâtures, humiliées au grand jour et devant témoins ». « Que se passe-t-il au pays de la déclaration des droits de l’HOMME » ? Le racisme n’est-il plus puni ? Pire, il serait institutionnalisé ? », s’interroge l’association. « Par quel détour retors le voile et le burkini, dénoncés comme étant sexistes, deviennent-ils les instruments d’une double peine ? », s’offusquent-elles.

Sur Twitter, la militante féministe Caroline de Haas, a aussi réagi fermement.

En s’attaquant directement aux femmes voilées, on se trompe de cible, selon elle : « Il y a plein de trucs dans nos sociétés que font les femmes qui me gênent, me posent problème, me rendent tristes », explique-t-elle, « est-ce à elles qu’il faut s’en prendre ? Non. Vous n’êtes pas d’accord avec un comportement ? Battez-vous. Pas contre les gens », poursuit-elle. « Battez-vous contre des institutions, les organisations politiques, sociales ou religieuses. Bataillez avec les militant(e) s de ces orgas », « mais arrêtez de vous en prendre à la liberté des individus, ça ne peut rien créer de bon » conclut-elle.

Des voix qui porteront dans le débat

Ces réactions offusquées des féministes n’étonnent pas Michèle Riot-Sarcey, auteur de Histoire du féminisme* : « C’est logique qu’elles montent au créneau pour soutenir ces femmes musulmanes. Car l’on peut être à la fois hostile au port du voile, comme symbole de domination masculine et solidaire des femmes victimes de l’opprobre publique », indique l’historienne à 20 minutes. Le fait que les féministes n’aient pas pris position dès le début de la polémique, s’explique aussi selon Michèle Riot-Sarcey : « elles considéraient sans doute que cette polémique autour du burkini était un non-événement », indique-t-elle. Mais les images de Nice les ont bel et bien décidé de sortir de leur silence, ce qui donnera une autre résonance au débat.

 

*Histoire du féminisme, de Michèle Riot-Sarcey, La découverte 2015, 10 euros.