Arrêtés «anti-burkini»: Les maires entre réaction, principe de précaution et récupération

LITTORAL Une septième commune a décidé mercredi d'interdire le port du «burkini» sur ses plages et deux autres maires envisagent d'en faire de même...

Laure Cometti

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La plage de Leucate (Aude), où le maire a pris le 16 août 2016 un arrêté
La plage de Leucate (Aude), où le maire a pris le 16 août 2016 un arrêté — Raymond ROIG / AFP

Après les Alpes-Maritimes, la Haute-Corse et l’Aude, une commune du Pas-de-Calais a pris mercredi un arrêté pour interdire l’accès aux plages et la baignade aux personnes dont la tenue ne respecterait pas les « bonnes mœurs et la laïcité ». Surnommés arrêtés « anti-burkini », ces textes se sont multipliés ces dernières semaines, en particulier après la rixe survenue samedi sur une plage de Sisco, en Corse. Par principe de précaution ou effet de récupération politique ?

Un phénomène difficile à estimer

Avant le 28 juillet dernier, il n’y avait, selon nos recherches, qu’une seule commune disposant d’une telle réglementation sur la tenue des baigneurs. Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes), dirigée depuis 1995 par Henri Leroy (Les Républicains), a pris en 2013 un arrêté interdisant la baignade dans une tenue ne respectant pas la laïcité. Ce jeudi, on en compte désormais sept (Cannes, Villeneuve-Loubet, Sisco, Cap-d’Aïl, Leucate, Oye-Plage), et bientôt huit (Le Touquet-Paris-Plage).

Pourtant, le phénomène du « burkini », certes difficile à estimer quantitativement, semble plutôt marginal, de l’aveu même des élus locaux. « On m’a signalé une femme qui se baignait habillée fin juillet. Après le troisième signalement, j’ai décidé de prendre un arrêté », précise auprès de 20 Minutes le député-maire de Villeneuve-Loubet, Lionnel Luca (LR). Mais la « crainte de troubles à l’ordre public », dans « un contexte douloureux », l’a conforté dans sa décision, même si le phénomène reste selon ses propres mots « totalement marginal ».

Les chiffres semblent aller dans ce sens : depuis l’été 2014, la police municipale mandolocienne a contrôlé une vingtaine de personnes et en a verbalisé une dizaine, précise le cabinet du maire. A Cannes, trois femmes ont été verbalisées depuis le 28 juillet. Dans les autres communes ayant pris des arrêtés « anti-burkini », aucune verbalisation n’a été rapportée.

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Un effet de contagion après les attentats ?

Peut-on parler d’un effet de contagion ? Le maire de Sisco (Haute-Corse), Pierre-Ange Vivoni, a été le premier édile socialiste à prendre mardi un arrêté interdisant les « tenues vestimentaires ostensiblement religieuses », après la rixe survenue le 13 août sur une plage de la commune. Selon des témoins, la violente altercation (mentionnée dans l’arrêté) aurait débuté après que des touristes ont pris en photo des femmes se baignant habillées.

Après cet événement, l’Association des maires de France (AMF) a été sollicitée « par une petite dizaine de maires ». « Ils sont dans une zone grise : le droit n’interdit que le voile intégral, mais ils cherchent des outils pour prévenir les troubles à l’ordre public, des modèles d’arrêtés », indique-t-on à l’AMF, sans prendre position sur le sujet. Et de nuancer ces réactions : « Nous recevons plus d’appels de maires préoccupés par la rentrée que par le burkini. » 

Autre facteur : la série d’attentats commis en France depuis 2015. Cet élément figure dans plusieurs arrêtés « anti-burkini », qui citent en particulier ceux du 14 juillet à Nice et du 26 juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray. En 2013, « ce n’était pas le même contexte national, [l’arrêté] était passé inaperçu », reconnaît-on au sein du cabinet du maire de Mandelieu-la-Napoule. « Il y a un phénomène d’hystérie et d’emballement politique au sujet d’un phénomène statistiquement inexistant », estime le politologue Thomas Guénolé. Dans « ce climat de paranoïa envers l’islam, qui s’est accentué depuis deux ans », il n’est pas impossible, selon lui, que d’autres maires prennent à leur tour des arrêtés « anti-burkini ».

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« J’espère que ce n’est pas un effet de récupération politique »

Pour le politologue, l’attitude de la classe politique relève également du « suivisme et de la démagogie ». A Cagnes-sur-mer, le sénateur-maire (LR), Louis Nègre, a déclenché un « état de veille » après les arrêtés des communes voisines. « Les caméras de vidéosurveillance et les maître-nageurs doivent permettre de vérifier si notre commune est touchée. A ce jour, il semble que non », affirme l’édile, qui se dit prêt à « prendre immédiatement un arrêté » si des « cas sont observés ». «La France, c'est le pays des Francs, pas des talibans», conclut-il.

D’autres n’ont pas attendu. Dans le Pas-de-Calais, un texte est en cours d’élaboration au Touquet-Paris-Plage, dont le maire, Daniel Fasquelle (LR), admet toutefois qu'« il n’y a pas de burkini pour le moment » dans sa commune. « J’espère que ce n’est pas un effet de mode, de récupération politique, dans un contexte politique et bientôt présidentiel », réagit Olivier Majewicz, maire (PS) d’Oye-Plage, qui a pris un arrêté bannissant de la plage les tenues « contraires à la laïcité » mercredi, après avoir vu « une femme en burqa, dont le visage était dissimulé » à l’entrée de la plage surveillée de sa commune de 5.500 habitants. « Un non-événement », reconnaît l’édile, qui a néanmoins rapidement décidé de prendre des mesures rapides pour bannir le « burkini, qui est à l’espace balnéaire ce que la burqa est à l’espace urbain ». Son objectif : « préserver le bien-vivre ensemble » et éviter les « troubles publics », « à une époque où l’on sait qu’il peut y avoir des amalgames ».