Quand l’Etat français dédommage une figure de l’islam radical

TERRORISME Farouk Ben Abbes, un Belgo-Tunisien de 31 ans actuellement assigné à résidence à Toulouse, a reçu plus de 20 000 euros de l’Etat français…

C.B.

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Illustration: La balance de la justice.
Illustration: La balance de la justice. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Une figure de l’islam radical, mise en cause dans un projet d’attentat, dédommagée par l’Etat français… L’histoire peut paraître ubuesque. Elle est pourtant, selon des informations du Parisien, on ne peut plus réelle. Et prend même un tournant grotesque puisque l’Etat se serait emmêlé les pinceaux et aurait fini par donner plus d’argent que prévu à l’islamiste en question.

Cet islamiste, c’est Farouk Ben Abbes, un Belgo-Tunisien de 31 ans actuellement assigné à résidence à Toulouse (Haute-Garonne). Entre 2010 et 2011, il a réalisé trois mois de détention préventive.

Du Caire au Bataclan

« A cette époque, Farouk Ben Abbes est mis en examen dans le cadre d’un premier projet d’attentat contre le Bataclan », rappelle Le Parisien. « Faute de preuves, le dossier débouche finalement trois ans plus tard sur un non-lieu, ouvrant la voie à un dédommagement financier ». La décision définitive est rendue le 13 janvier 2015 et condamne donc l’Etat français à verser à Ben Abbes 6.000 euros pour réparer son « préjudice moral » lié à une détention préventive injustifiée.

Or, pour une raison encore inexpliquée, l’organisme de paiement du ministère de la Justice verse finalement sur le compte de l’ex détenu, 21.950 euros, toujours selon Le Parisien. Soit un trop perçu de 15.000 euros que l’Etat cherche désormais à recouvrir. Mais Ben Abbes, ce proche de Fabien Clain, l’homme qui a revendiqué les attentats du 13 novembre 2015 et qui est soupçonné d’avoir téléguidé depuis la Syrie, où il vit, le projet d’attentat de Sid Ahmed Ghlam dans une église de Villejuif, conservera bien les 6.000 euros initiaux.

Ben Abbes apparaît réellement dans les radars des services secrets fin avril 2009, lorsqu’il tente de passer la frontière de Gaza vers l’Egypte. Il est arrêté par les Egyptiens dans le cadre de l’enquête sur l’attentat du Caire, qui a eu lieu deux mois plus tôt et a tué une jeune Française de 17 ans, Cécile Vannier.

>> A lire aussi : Qui est Farouk Ben Abbes, un des chaînons de la nébuleuse djihadiste, emprisonné à Toulouse?

Il n’est pas le seul interpellé : parmi les sept personnes arrêtées figure notamment Dude Hoxha, une Française d’origine albanaise. Et très vite, la jeune femme assure que Ben Abbes a pour projet de commettre un attentat dans la salle du Bataclan, à Paris.

Cette information est transmise par les services égyptiens au parquet antiterroriste de Paris, qui ouvrira dès 2009 une enquête pour « association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes ». Cela vaudra à Farouk Ben Abbes d’être arrêté un an plus tard, car faute d’avoir pu réunir des éléments l’impliquant dans l’attentat du Caire, les autorités égyptiennes l’ont renvoyé en Belgique en mars 2010.

Un exemple pour d’autres islamistes ?

Ben Abbes est finalement libéré et bénéficie d’un non-lieu en 2012 dans l’affaire du projet d’attentat contre le Bataclan. Il reste mis en examen pour propagande djihadiste sur le site Ansar Al Haqq, dont l’administrateur a été condamné à quatre ans de prison pour un projet d’attentat. Depuis, ce dernier est parti en Syrie avec Fabien Clain.

Pour rappel, parmi les sept personnes arrêtées dans le cadre de l’attentat du Caire, figurent également Mohamed Dahmani, dont le frère Ahmed est un grand ami de Salah Abdelslam, et Chakir El Khattabi, qui a téléphoné à de nombreuses reprises à un certain Najim Laachraoui. Laachraoui est l’un des kamikazes de l’aéroport de Bruxelles et l’artificier des attentats du 13 novembre.

En tout cas, comme le souligne Le Parisien, l’offensive judiciaire lancée par Ben Abbes contre l’Etat français « pourrait montrer la voie à d’autres islamistes dans un contexte où les procédures antiterroristes se multiplient. Près de 300 personnes sont actuellement mises en examen dans le cadre des procédures dites « irako-syriennes ». Les poursuites relèvent souvent de faits criminels susceptibles d’engendrer de longues années de détention provisoire avant la tenue d’un éventuel procès ».