VIDEO. Polémique sur le «burkini»: Un épiphénomène? De quoi parle-t-on exactement?

RELIGION Le « burkini », maillot de bain quasiment intégral, suscite de vifs débats dans l’Hexagone...

L.C. avec V. V.

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Une femme se baigne en "burkini", le 4 août 2016 à Marseille (Bouches-du-Rhône).
Une femme se baigne en "burkini", le 4 août 2016 à Marseille (Bouches-du-Rhône). — AP/SIPA

Il aurait été à l’origine d’une rixe sur une plage corse samedi et a fait l’objet de plusieurs arrêtés municipaux. Depuis quelques jours, le « burkini » suscite de vifs débats dans l’Hexagone. Mais d’où vient ce maillot de bain presque intégral et combien de femmes le portent-elles en France ? 20 Minutes fait le point.

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Le « burkini », c’est quoi ?

Ce mot-valise télescope deux noms de vêtements à la surface textile diamétralement opposée : d’un côté le maillot deux-pièces, bikini, et de l’autre la burqa, un vêtement qui recouvre tout le corps de la femme, y compris le visage.

Techniquement, le « burkini » ne s’inspire pas de la burqa car il ne masque pas le visage. Ce maillot de bain ne laisse apparaître que le visage, les mains et les pieds. Il est composé de deux ou trois pièces : un pantalon, une tunique et un voile.

D’où vient le « burkini » ?

Le « burkini » a été inventé il y a une dizaine d’années en Australie par une femme de confession musulmane, Aheda Zanetti. L’ancienne coiffeuse reconvertie dans le stylisme a depuis déposé la marque « burkini ».

« Depuis 2004, nous avons vendu environ 500.000 modèles Ahiida Burqini Swimsuits », a indiqué ce mardi l’enseigne à 20 Minutes.

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Depuis quand est-il commercialisé en France ?

Si ce vêtement est vendu en ligne à travers le monde entier depuis son invention, il est également disponible dans des boutiques dans l’Hexagone. En mars dernier, le lancement en France d’une ligne de « burkinis » par la chaîne britannique Marks & Spencer a fait des remous, en pleine polémique sur la mode islamique.

Où est-il interdit dans l’Hexagone ?

Il faut remonter à l’année 2009 pour trouver les premières interdictions du « burkini », notamment à la piscine municipale d’Emerainville, en Seine-et-Marne. Cet été, plusieurs maires ont pris des arrêtés pour le bannir de leurs plages, à l’instar de David Lisnard (Les Républicains) à Cannes, le 28 juillet, et de Lionnel Luca (LR) à Villeneuve-Loubet, le 5 août.

A Sisco (Haute-Corse), où une rixe a fait cinq blessés le 13 août, le maire socialiste Ange-Pierre Vivoni a interdit le « port de tout signe religieux distinctif dans les lieux publics ». Selon des témoins, l’affrontement a éclaté alors que plusieurs femmes se baignant en « burkini » étaient photographiées par d’autres baigneurs.

Daniel Fasquelle, maire LR du Touquet (Pas-de-Calais) a annoncé ce mardi au Parisien qu’il comptait également prendre un arrêté « anti-burkini », à « titre préventif », aucun cas n’ayant selon lui été observé dans le Pas-de-Calais.

Enfin, près de Marseille, une journée piscine en « burkini » prévue le 10 septembre a été annulée la semaine dernière.

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S’agit-il d’un épiphénomène ?

Face à la polémique, une question reste sans réponse : combien de femmes portent-elles le « burkini » en France ? L’estimation s’avère très difficile, voire impossible. Selon la mairie de Cannes, contactée ce mardi par 20 Minutes, trois femmes ont été verbalisées pour non-respect de l’arrêté « anti-burkini », à hauteur de 38 euros d’amende, au cours du week-end du 15 août. Six autres femmes se baignant « trop couvertes » ont été contrôlées.

Quant à Villeneuve-Loubet, il n’y a eu aucune verbalisation depuis l’arrêté du 5 août, indique la mairie. « En trois jours, nous avons eu quatre cas de baignades dans ces dispositions », estime auprès de 20 Minutes Albert Calamuso, maire adjoint. A chaque fois, la police municipale a « informé », « il y a eu consensus et discussion, une femme s’est mise en maillot et d’autres ont quitté la plage, mais sans verbalisation », précise-t-il.

Marwan Muhammad, directeur et porte-parole du collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), estime que « cette polémique est surréaliste. Et caractéristique du temps politique. Pendant ce temps-là, on ne parle pas des problèmes d’éducation ou d’emploi… Pour nous, c’est une polémique créée de toutes pièces qui vise à stigmatiser politiquement les musulmans », a-t-il déclaré à 20 Minutes. « Sur le fond, on remarque que de plus en plus de femmes musulmanes ont envie d’accéder aux loisirs, aux choses de la vie comme tout le monde. Ce n’était pas le cas il y a quelques années car il y avait, chez elle, une forme d’autocensure sur ce genre du sujet. Aujourd’hui, elles se disent «Pourquoi nous n’aurions pas accès à ces espaces comme tout un chacun ?» »

Une adhérente et ancienne porte-parole du CCIF, contactée par 20 Minutes, juge que l'« on a fait une montagne d’un caillou. La majorité des femmes musulmanes ne fréquentent, à mon avis, pas les plages. Et quand elles le font, elles restent pour la plupart habillées sur le sable. Et elles ne se baignent pas. Je n’en ai pas vu beaucoup en France. Mais il est exact que de plus en plus de femmes souhaitent accéder à ces espaces, comme elles souhaitent avoir les mêmes droits que les autres en matière d’emploi ou d’éducation. Contrairement au passé, nous ne sommes plus aujourd’hui dans un islam d’immigration. Les jeunes musulmanes françaises sont nées en France. Et elles ne s’autocensurent pas quand elles ont envie d’aller à la plage », poursuit Elsa Ray.