Mort d'Adama Traoré: Le Cran se constitue partie civile et porte plainte contre le procureur de Pontoise

ENQUÊTE Le Conseil représentatif des associations noires (Cran) a indiqué qu’il se porte partie civile dans l’affaire Adama Traoré, mort lors de son interpellation dans le Val-d’Oise…

L.C.

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Un portrait d'Adama Traoré déployé le 30 juillet à Paris en hommage au jeune homme mort lors de son interpellation le 19 juillet 2016, dans le Val-d'Oise.
Un portrait d'Adama Traoré déployé le 30 juillet à Paris en hommage au jeune homme mort lors de son interpellation le 19 juillet 2016, dans le Val-d'Oise. — DOMINIQUE FAGET / AFP

Le Cran (Conseil représentatif des associations noires) se porte partie civile dans l’affaire Adama Traoré, mort lors de son interpellation dans le Val-d’Oise le 19 juillet dernier. Le Conseil a également annoncé ce vendredi qu’il porte plainte contre le procureur de la République de Pontoise, Yves Jannier, « pour entrave à la manifestation de la vérité ».

Controverse au sujet des analyses toxicologiques

Le Cran compte également, « avec le soutien de la famille Traoré », saisir le Conseil Supérieur de la Magistrature « pour obtenir la suspension dudit procureur », a indiqué un communiqué.

Cette affaire est marquée par une controverse au sujet des analyses toxicologiques. Le procureur Yves Jannier a annoncé jeudi qu’Adama Traoré  était sous l’emprise du cannabis au moment de son décès, contrairement à ce qu’avait affirmé mercredi l’avocat de la famille. « Quoique M. Jannier prétende s’appuyer sur une autre expertise, le Cran estime qu’il devrait au moins exprimer une certaine réserve, puisque les rapports se contredisent (une fois de plus) », écrit le Conseil représentatif des associations noires.

Le procureur a expliqué que deux analyses toxicologiques ont été effectuées. L’une, réalisée à partir d’un scellé contenant « des vomissures », conclut à l’absence de médicaments, de stupéfiants et d’alcool. Mais la seconde, réalisée à partir de prélèvements sur le corps d’Adama Traoré, conclut à une consommation de cannabis.

Une « manœuvre à la fois grossière et honteuse »

La question de l’expertise toxicologique est « un écran de fumée » selon le président du Cran. « Le problème n’est pas de savoir si Adama Traoré avait fumé un joint ou pas les jours qui précédaient sa mort. La question est de savoir si dans ce pays, les gendarmes peuvent causer la mort d’un jeune homme, et s’en sortir en toute impunité », a déclaré Louis-Georges Tin.

Le Cran accuse le procureur de vouloir « susciter un faux débat, et de faire de la victime un coupable », une « manœuvre à la fois grossière et honteuse ». L’organisation souligne trois erreurs commises par le procureur : une communication incomplète, une « procédure abusive » et une « probable dissimulation de preuves ». Sur ces deux derniers points, le Cran s’appuie sur les révélations de Mediapart. Le site a révélé que le parquet de Pontoise a demandé l’ouverture d’une enquête pour rébellion le 20 juillet contre Adama Traoré, au lendemain de son décès. En outre, « des documents cruciaux […] n’ont toujours pas été versés à la procédure alors même qu’ils sont déterminants », selon Mediapart.

Les causes de la mort du jeune homme de 24 ans sont encore inconnues. Une enquête est en cours. La mort d’Adama Traoré, qualifiée de « bavure » par son entourage, avait entraîné plusieurs nuits de violences dans la petite ville de Beaumont-sur-Oise, d’où il était originaire, et dans les communes voisines.