#Toutsexplique: «Le fist-fucking exige une forme de délicatesse»

TOUT SEXPLIQUE L'écrivain Marco Vidal aborde de front le plaisir tabou du fist-fucking...

J.M.
«Le fist-fucking exige une forme de délicatesse»
«Le fist-fucking exige une forme de délicatesse» — 20 minutes - Blog

Cette pratique sexuelle reste encore mystérieuse pour le grand public. Dans Fist (La Découverte, 13€), Marco Vidal, un écrivain et prof de philosophie aborde de front ce plaisir tabou du fist-fucking. Soit un ouvrage érudit, passionnant et bien écrit sur une pratique qui consiste à introduire une main dans un rectum. Interview d’un auteur sous pseudonyme.

A vous lire, le fist-fucking serait une pratique très récente, les rapports Kinsey ne l’évoquent pas. Quelles sont ses origines ?

De la sexualité, on a des traces littéraires, des documents, mais aussi des iconographies, des estampes orientales, des vases grecs… Pour moi, le document clé qui montre que le fist-fucking a émergé en Californie dans la deuxième moitié du XXe siècle, c’est une étude de l’anthropologue américaine Gayle Rubin. Elle s’est intéressée à un club privé, créé par Steve McEachern, arrivé à San Francisco pour vivre sa sexualité. En 1975, il a décidé de créer un lieu pour les plaisirs de l’époque, Les Catacombes, au sein duquel une pièce, le Donjon, servait au fist. Cette pièce s’est rapidement agrandie pour devenir jusqu’en 1981, le point de ralliement des adeptes du fist-fucking.

La pratique ne semble pas liée à l’orientation sexuelle ni au genre, pourquoi ?

Tout le monde a une main et un trou du cul. Cela crée pour chaque individu, indépendamment de son sexe, deux possibilités, d’être fisteur ou fisté. Dans les débuts du fist-fucking aux Etats-Unis, Steve n’hésitait pas à faire venir des femmes dans ce milieu gay. A l’inverse, Cynthia Slater, une femme qui organisait de grandes party féminines et lesbiennes, n’hésitait pas à inviter Steve. J’ai découvert cette pratique dans une interview d’un gars hétéro, qui fréquentait les homos, parce qu’il trouvait plus facilement chez les garçons que chez filles des personnes pour le fister. C’est illustratif d’une pratique qui gomme les frontières de sexe et de genre et n’enferme pas les gens dans une identité ni dans une communauté.

D’ailleurs, selon vous, le fist-fucking ne serait pas une pratique SM…

Historiquement, le fist s’est développé dans les lieux plutôt marginaux, comme ceux consacrés au bondage SM. Il en a d’ailleurs repris le langage top ou bottom, maître ou esclave. Mais dès cette époque, on voit apparaitre une divergence. Les pratiquants du SM ne comprennent pas le fist car ils ne retrouvent pas les rôles dominé-dominant aussi affirmés et ne comprennent pas la forme de délicatesse que le fist exige. Car s’il y a pénétration, il faut aussi des précautions. Le SM est une érotique de l’exagération. Dans le fist, il n’y a pas de décorum, ni de théâtralité, pas de cuir ni de chaînes. Le fist est presque abstrait, c’est juste une main qui pénètre un rectum. Certes, il y a des formes de fist qu’on voit dans le porno et qui se rapprochent du SM sur le plan de la performance, où il s’agit d’aller le plus loin possible. Dans ce sensationnalisme, on retrouve le côté ostentatoire du SM.

Le fist ne s’embarrasse pas de cuir ni de chaînes, a-t-il néanmoins des accessoires ?

Deux éléments sont à associer au fist. D’abord le gel. Le Crisco et le J-Lube ont ainsi été détournés de leur usage d’origine. Le Crisco est au départ une margarine qui a deux avantages. Elle est dans une boîte métallique assez large pour y mettre la main, puis elle fond à la température du corps. Le J-Lube, lui, à base de glucose, servait à l’insémination des bêtes d’élevage. Facile d’utilisation, il n’est pas gras et ne tache pas. L’autre élément, ce sont les poppers, des vaso-dilatateurs, qui augmentent la circulation sanguine et produisent un effet de dilatation des sphincters.

Pourquoi selon vous le fist-fucking demeure une pratique taboue ?

Parce qu’il y a dans la pénétration du corps par la main, clairement une puissance criminelle. Le fist ne s’est pas émancipé de ces images criminelles, comme l’empalement. Car on peut tuer quelqu’un avec un fist. Il faut savoir que la muqueuse des intestins est mince comme une feuille de cigarette, donc il y a risques de perforation et d’infection. Quelque chose de très noir pèse encore sur le fist-fucking. J’ai essayé de montrer dans mon livre que cette pratique ne peut avoir lieu qu’avec une profonde délicatesse.

Propos recueillis par Joël Métreau