L’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic prédit «une année épouvantable pour la France»

TERRORISME L’ex-magistrat estime que la menace d’attentat « peut encore durer dix ans »…

H. B.

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L'ancien juge antiterroriste Marc Trévidic à Paris en juillet 2015.
L'ancien juge antiterroriste Marc Trévidic à Paris en juillet 2015. — MARTIN BUREAU / AFP

Après dix ans passés à l’antiterrorisme, le juge Marc Trévidic est aujourd’hui très pessimiste. Dans une interview accordée à la télévision belge RTBF, il a déclaré que « l’année va être épouvantable avant les élections présidentielles. La tentation pour l’organisation terroriste Etat islamique va être très grande de s’en prendre à la France ».

Une menace qui, selon l’ancien juge antiterroriste, risque de planer encore un moment sur le pays. « On est dans une guerre en temps de paix. C’est le principe de l’attentat terroriste. Mon espérance à moyen terme, c’est l’essoufflement suite au degré d’horreur. Mais cela peut durer dix ans. Ce n’est pas exclu. »

Kermiche : « La petite lueur qui fait qu’on détecte qu’il ne reviendra pas en arrière »

L’ancien juge antiterroriste est également revenu sur le cas Adel Kermiche, l’un des deux terroristes de l’attaque de Saint-Etienne-du-Rouvray, qu’il avait mis en examen en 2015. «  La première fois que je l’ai vu, il avait voulu partir en Syrie. Il venait tout juste d’être majeur pendant la garde à vue […] Il était dans l’immaturité la plus totale », explique Marc Trévidic à la RTBF.

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Quelques mois plus tard, c’est un individu radicalisé que le juge retrouve. « J’avais face à moi quelqu’un qui voulait à tout prix partir faire le djihad au sein de l’Etat islamique. Il avait dans ses yeux la petite lueur qui fait qu’on détecte qu’il ne reviendra pas en arrière. C’est très difficile à apprécier. C’est très subjectif parce qu’en face de vous, vous avez l’impression d’avoir un mur. Et là, il y avait ce mur-là. »

« Il y en a cinq ou six qui m’inquiètent »

C’est après l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray qu’il a appris qu’Adel Kermiche avait été libéré en mars 2016 sous bracelet électronique. «  Chaque juge est libre de ses décisions. Je dis quand même qu’il faut de nombreuses années pour commencer à voir et à repérer ceux qui sont dans la dissimulation des autres », a confié Marc Trévidic, contraint par la loi d’avoir dû quitter son poste après dix ans passés à traiter des dossiers antiterroristes.

« Il y a des gens qui m’ont fait froid dans le dos. Une minorité clairement de ceux que j’ai pu voir, mais il y en a cinq ou six qui m’inquiètent », a-t-il ajouté. « J’espère qu’ils ne sont pas encore sortis ».