Pourquoi les villes cherchent-elles de plus en plus à armer leurs policiers municipaux?

SECURITE Depuis la vague d’attentats qui a touché Toulouse, Paris ou Nice, de plus en plus de maires arment leurs agents de police municipale…

Caroline Politi

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Des agents de police municipale.
Des agents de police municipale. — A. Rancoule / 20 Minutes

L’attentat de Nice a eu raison de ses réticences. Après l’attaque perpétrée par Mohamed Lahouaiej Bouhlel sur la promenade des Anglais, François Bayrou a annoncé qu’il allait armer la police municipale. « Je vois se multiplier les drames, il faut que nous ayons mis toutes les possibilités pour y faire face », a justifié l’édile. Belfort et Thonon-les-Bains lui ont emboîté le pas. S’il n’existe aucune statistique centralisée récente sur le sujet, on estime aujourd’hui qu’environ la moitié des 21.000 agents municipaux sont armés.

« Avec notre uniforme reconnaissable, nous sommes une cible pour les terroristes », assure Jean-Marc Jofre, président du syndicat national des policiers municipaux. L’organisation terroriste Daesh appelle, en effet, régulièrement à cibler les forces de l’ordre. Depuis 2012, huit policiers et militaires ont perdu la vie dans des attentats terroristes. « On est de plus en plus exposé, nous n’avons pas de droit de retrait, sans arme, on fait quoi ? » poursuit Christophe Leveillé, secrétaire général de FO-Police municipale. Et d’ajouter : « Les gardes-chasses sont armés et personne n’y voit rien à redire, pourquoi pas nous ? »

Le coup de pouce de l’exécutif

Contrairement à la police nationale, la démarche d’armement n’est pas automatique pour leurs homologues municipaux. C’est au maire d’en faire la demande auprès de la préfecture. Si elle est acceptée, seuls les policiers ayant passé une qualification – 12 heures pour le volet théorique, 30 heures pour le module technique - auront le droit de porter une arme.

Longtemps réservés sur la question, les pouvoirs publics ont radicalement changé d’attitude après les attentats de janvier 2015, notamment à la suitedu meurtre de Clarissa Jean-Philippe à Montrouge, tombée sous les balles d’Amédy Coulibaly, le terroriste de l’Hyper Cacher. Pour aider les mairies qui le souhaitent à s’armer – le financement des armes leur revient - le ministère de l’Intérieur a mis en janvier 2015 à disposition un stock de 4.000 revolvers Manurhin en service dans la police nationale jusqu’en 2004. La quasi-totalité a été écoulée en quelques mois.

« On veut un armement généralisé. On se dit en Etat de guerre, donnons-nous les moyens de nous défendre », tonne Christophe Leveillé. Autre point de crispation : la différence d’armes. Les policiers municipaux sont équipés de plus petits calibres que leurs homologues nationaux, un 7.65 mm contre un 9 mm. « Cette arme a été abandonnée par la police nationale, c’est qu’il y a une raison », s’emporte Jean-Marc Jofre. Preuve en est, selon lui : ce calibre aurait été totalement inefficace pour stopper un camion de 19 tonnes. « Les balles sont plus grosses mais moins puissantes, elles n’auraient jamais pu traverser la vitre du pare-brise ». Quoi qu’il en soit, les policiers municipaux postés au point de déviation de la promenade des Anglais n’ont pas eu le temps de faire usage de leur arme.

Evolution des missions

Si l’exécutif laisse aux maires le choix de la démarche, il pousse de plus en plus les préfets à accepter l’armement. Dans une circulaire du 23 juillet adressée aux préfets et auquel Le Monde a eu accès, Bernard Cazeneuve rappelait que « c’est la mission même de la police municipale, indépendamment du lieu ou des circonstances dans lesquelles elle est exercée, qui expose les agents à des risques d’agression ». Une manière de prendre acte de l’évolution de leurs fonctions. Pendant longtemps cantonnés à la circulation ou la surveillance (écoles, lieux de culte…), les agents municipaux sont de plus en plus sollicités pour la sécurisation. Le 14 juillet à Nice, par exemple, ils étaient chargés de surveiller le point de déviation des véhicules, sur la promenade des Anglais. C’est justement ce point qui a fait pencher François Bayrou. « Pour arrêter un véhicule fou ou meurtrier, nos armements contre les incivilités, c’est-à-dire flash-ball et taser, évidemment, contre un véhicule lancé, ne servent à rien. »

« Nos missions se sont élargies avec la situation actuelle, assure Jean-Marc Jofre. Nous sommes de plus en plus souvent engagés dans des missions de sécurité, nous occupons plus de place sur le terrain donc nous sommes des primo-intervenants. » Un rapport de 2011 de la Cour des comptes pointait déjà « le rôle grandissant des polices municipales », dont le taux de présence était « nettement plus élevé » que celui des policiers nationaux.

Mais c’est justement pour ne pas acter un transfert de compétence que certaines municipalités s’opposent à l’armement. « Ils seront partout, mais pas sur tout », a rappelé dans Ouest France l’adjoint à la sécurité de Nantes, Gilles Nicolas, rappellant leurs missions prioritaires : circulation, stationnement, prévention des incivilités… Les maires réticents rappellent que la sécurité intérieure est une mission régalienne qui revient donc à l’Etat et non aux édiles. « On est complémentaires, martèle Christophe Leveillé. Nos tâches sont différentes mais notre besoin de sécurité est le même. »