Fondation pour l’islam de France: Chevènement loin de faire l’unanimité à gauche et à droite

RELIGION Le nom de Jean-Pierre Chevènement évoqué par François Hollande est critiqué par plusieurs parlementaires...

20 Minutes avec AFP

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François Hollande et Jean-Pierre Chevènement, le 14 mars 2012.
François Hollande et Jean-Pierre Chevènement, le 14 mars 2012. — FRED DUFOUR / AFP

C’est une idée qu’aurait eu François Hollande mardi soir, confirmée le lendemain par Stéphane Le Foll : celle d’installer l’ancien ministre de l’Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, à la présidence de la Fondation pour l’islam de France. Le porte-parole du gouvernement a aussi assuré qu’il s’agissait du seul nom évoqué par le Premier ministre et le président de la République, du fait de « l’autorité » de celui qui fut aussi ministre de la Défense en matière d’« enjeux » républicains et de « laïcité ».

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« J’ai été pressenti par Bernard Cazeneuve au mois de mars », a expliqué Jean-Pierre Chevènement, affirmant qu’il communiquerait sa position officielle à la rentrée. « Je considère que c’est une tâche difficile, mais d’une importance très grande du point de vue de l’intérêt national. On ne peut pas refuser d’apporter sa contribution à cette tâche », a-t-il déclaré. « Il y a quatre millions de musulmans en France, pour la plupart Français, il faut qu’ils soient citoyens avec les droits que cela comporte, notamment la liberté de culte, et aussi bien entendu les devoirs », a-t-il ajouté.

Comme choisir un « bouddhiste » pour présider les « évêques de France »

L’exécutif pense à lui, et Jean-Pierre Chevènement semble partant. Sauf que le reste de la classe politique est très divisé sur son profil, quelle que soit l’obédience. A droite, le député européen Brice Hortefeux a déclaré sur RTL ce jeudi que « c’est un homme respecté et d’expérience, mais le choix quand même est surprenant puisqu’il est totalement étranger à la religion musulmane. C’est comme si pour la présidence de la conférence des évêques de France on faisait appel à un bouddhiste ».

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Le fait que l’ancien locataire de la place Beauvau ne soit pas de confession musulmane est également souligné par François Bayrou, président du Modem, sur iTélé ce jeudi : « Proposer pour prendre la tête de cette organisation quelqu’un qui n’est pas de culture musulmane, qui n’est pas de sensibilité musulmane et qui n’est pas de culture religieuse, pour moi c’est une interrogation. Comment voulez-vous que les musulmans de France aient ce sentiment de responsabilité si on leur dit en fait, "C’est de l’extérieur et par des responsables tout à fait estimables - Jean-Pierre Chevènement est dans ce cas-là -, mais qui ne partagent ni votre foi, ni votre culture, ni votre manière de voir, qu’on va régler le problème du financement de vos lieux de culte" ».

«Le meilleur profil, ce serait une femme»

La sénatrice UDI Nathalie Goulet a utilisé le même argument sur Twitter dès mercredi matin.

A gauche, le choix aussi fait polémique. La réaction la plus notable est venue de la ministre de la Famille et des Droits des femmes Laurence Rossignol, qui a plaidé mercredi pour la nomination d’une femme à la présidence de la Fondation, brossant un portrait du candidat idéal selon elle loin de ressembler au CV de Jean-Pierre Chevènement : « Le bon profil, c’est d’abord quelqu’un de culture musulmane, qui ait une connaissance de la subtilité humaine de l’islam, quelqu’un de laïc, et peut-être le meilleur profil, ce serait une femme également », a-t-elle déclaré sur France Info. La sénatrice écologiste Esther Benbassa a également souligné sur Twitter la contradiction de nommer une personne sans confession à la tête d’un organisme musulman.