VIDEO. Obsèques du père Hamel: «Apprenons à vivre ensemble, soyons des artisans de la paix»

REPORTAGE Catholiques, musulmans, juifs et athés se sont massés mardi après-midi devant la cathédrale de Rouen pour rendre un dernier hommage au père Jacques Hamel…

Caroline Politi
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L'arrivée du cercueil du père Hamel à l'église de Rouen le 2 août 2016.
L'arrivée du cercueil du père Hamel à l'église de Rouen le 2 août 2016. — JOEL SAGET / AFP

De notre envoyée spéciale à Rouen (Seine-Maritime),

Certains ont interprété les trombes d’eau qui se sont abattues sur la cathédrale de Rouen comme un signe divin. « C’est le ciel qui est triste », assène Jeanne, dont les larmes se mélangent aux gouttes d’eau. D’autres y ont simplement vu un problème logistique : trouver impérativement un parapluie ou un imperméable, avant le début de l’hommage au père Jacques Hamel, assassiné alors qu’il célébrait une messe matinale, dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray, il y a une semaine. Les stocks des magasins autour de la place sont quasiment vides. Ce mercredi, la solidarité commence par le partage de quelques centimètres carrés au sec.

« Impensable de ne pas venir aujourd’hui »

La cathédrale, qui contient 2000 places, est complète depuis 13 heures environ. Des personnalités politiques, parmi lesquelles le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, ont pris place au côté de la famille. Certains fidèles, à l’instar de Brigitte, sont venus à midi – soit deux heures avant le début de la cérémonie - pour pouvoir entrer. « C’était mon prêtre avant qu’il officie à Saint-Etienne-du-Rouvray, il a communié mes deux filles. Il aurait été impensable de ne pas venir aujourd’hui lui rendre un dernier hommage. » Elle, est à la retraite « depuis longtemps », mais dans la queue, certains confient avoir posé une journée ou, à l’instar d’Elsa, avoir décalé leur pause-déjeuner pour assister à cette messe. Elle ne connaissait pas personnellement le père Hamel mais avoue que, depuis une semaine, « elle pleure constamment ». « Je suis croyante et pratiquante mais ce meurtre barbare, c’est au-delà de toutes les religions, c’est la France et l’humanité qu’on veut atteindre ». Etre présente aujourd’hui, c’est pour elle une manière de résister « à la barbarie des terroristes ».

« L’islam, ce n’est pas ça »

Ceux qui n’ont pas eu la chance d’entrer dans la cathédrale se massent sur l’esplanade. A 14 heures, ils sont plusieurs centaines à braver les gouttes. Des jeunes, des vieux, des croyants, des athées, des catholiques, des juifs, des musulmans… Certains ont revêtu leurs habits de cérémonie, d’autres ont seulement sorti les bottes de pluie. Certains connaissent les chants par cœur, d’autres se recueillent en silence. « La douleur des chrétiens, c’est notre douleur à nous aussi », confie Rachid. L’homme, âgé d’une quarantaine d’années est un fidèle de la mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray. Il connaissait bien le père Hamel. « L’islam ce n’est pas ça, on est absolument pour rien là-dedans », se désole-t-il. « On est là pour le vivre-ensemble, pour montrer à quel point nous sommes attachés à ces valeurs », poursuit Hassan, lui-aussi fidèle de la mosquée. Ce professeur de mathématiques a raccourci ses vacances pour être présent aujourd’hui.

« Apprenons à vivre ensemble, soyons des artisans de la paix, le monde a besoin d’espérance ». Dans la foule, le message de la sœur du défunt, conclusion de son discours, résonne fortement.


« Nous sommes ensemble »

Anissa, mère de famille d’une quarantaine d’années arborant un voile fleuri est venue avec sa sœur et son aînée, d’une dizaine d’années. A peine a-t-elle pris place sur les marches, en face de l’édifice, qu’une femme d’une soixantaine d’années s’approche. « Merci d’être venue, ça nous touche tellement », lui dit-elle en l’étreignant. « C’est normal, on est tous meurtri. Ce qu’ils ont fait, ce n’est pas l’islam que j’apprends à mes enfants. » La scène se reproduira à plusieurs reprises. Des mains serrées, des sourires échangés sans un mot, des messages de réconfort.

« Malgré ce que Daesh a fait, il faut montrer que nous sommes ensemble », lance Antoinette. Cette militante d’une organisation ouvrière catholique connaissait « depuis au moins 30 ans » le père Hamel. « C’était un homme ouvert qui œuvrait pour la fraternité, assure-t-elle. Il faut perpétuer ce message et répéter que les musulmans n’ont rien à voir avec tout ça ». L’archevêque de Rouen, Dominique Lebrun, qui a célébré l’hommage, l’assure, le père Hamel n’aurait pas aimé cette réunion « devant une foule solennelle, avec des personnalités politiques et des caméras ». En revanche, ceux qui l’ont connu sont formels, cette communion multiculturelle et multiconfessionnelle, « c’était lui ». La messe finie, la foule se disperse vers 17h00. La pluie s’est arrêtée. Le prêtre devait être inhumé « dans la plus stricte intimité familiale », dans un lieu tenu secret.