Financement du culte musulman: La question continue à agiter la classe politique

RELIGION Dans le journal « Libération », Manuel Valls n’exclut pas « une forme de financement public », ce qui fait réagir à droite et à gauche…

20 Minutes avec AFP

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Le Premier ministre Manuel Valls.
Le Premier ministre Manuel Valls. — NICOLAS MESSYASZ / SIPA

Jugé insuffisamment transparent, la question du financement du culte musulman provoque des réactions de toutes parts dans la classe politique. Dans une nouvelle tribune de Manuel Valls dans Libération, le Premier ministre n’exclut pas « une forme de financement public ».

La loi de 1905 en débat

Manuel Valls, qui s’était dit vendredi dans le journal Le Monde « favorable » à une interdiction temporaire du financement étranger des mosquées, avait appelé dimanche dans le JDD à « reconstruire une capacité de financement française ». « Toucher à la loi de 1905 [ séparation des Eglises et de l’Etat] ouvrirait un débat très périlleux, mais nous devons passer en revue toutes les solutions, sans nous interdire une forme de financement public (…) », déclare-t-il ce mardi dans Libération, une semaine après l’assassinat du père Hamel dans son église à Saint-Etienne-du-Rouvray.

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De source proche du Premier ministre, on précise qu’il s’agit d'« examiner les possibilités » de financement dans le seul cadre de la loi de 1905, qui interdit à l’Etat et aux collectivités locales de subventionner des activités cultuelles.

Halal et crowdfunding

« Manuel Valls a capitulé. Lorsqu’il appelle aujourd’hui à des financements publics, c’est extrêmement grave ! », s’est indigné Hervé Mariton (Les Républicains), candidat à la primaire de la droite, sur Europe 1.

« Nous avons hélas vécu des années de compromission où (…) des municipalités de gauche et de droite finançaient en réalité des lieux de culte. C’est au fond une sorte de reconnaissance d’une situation communautariste et l’abandon d’une exigence très forte d’intégration à la française », a-t-il ajouté.

« Le financement par les fidèles de manière traditionnelle ou de manière plus neuve par le halal ou par le crowdfunding est tout à fait possible et c’est plus conforme à la vision de notre pays », a-t-il plaidé.

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Le député juppéiste Benoist Apparu (LR) a, quant à lui, jugé sur LCI que le financement des mosquées sur des deniers publics était « une mauvaise idée ».

« Vous ne pouvez pas financer des mosquées sans toucher à la loi de 1905 (…). Je suis très partagé sur cette question-là. J’entends qu’il puisse y avoir la nécessité de se dire qu’un financement public permettrait de régler un certain nombre de choses (…). En même temps, dans la situation financière dans laquelle est la France (…), ça me paraît une mauvaise idée », a-t-il dit.

Vers un financement public du culte ?

A gauche, Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, candidat de « la France insoumise » à la présidentielle, est lui aussi monté au créneau, sur RMC, contre la piste d’un financement public.

« Je ne suis pas d’accord avec l’angle qui est pris notamment par le Premier ministre Manuel Valls qui vise en quelque sorte à remettre en cause la loi du 9 décembre 1905, car quand on lit entre les lignes (…) ce que nous dit le Premier ministre, il s’agirait d’avancer vers un financement public du culte. Je ne suis pas d’accord. Ce sont les fidèles qui doivent financer le culte, quel que soit le culte. »