VIDEO. Mort d'Adama Traoré: Ce qu’il s’est passé lors de l’interpellation

JUSTICE Le déroulement des faits a été détaillé par les gendarmes dans leur procès-verbal...

Olivier Philippe-Viela

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Manifestation en réaction à la mort d'Adama Traoré, in Paris, le 30 juillet 2016.
Manifestation en réaction à la mort d'Adama Traoré, in Paris, le 30 juillet 2016. — AFP

Que s’est-il passé le 19 juillet entre 17 h 15, lorsqu’Adama Traoré, 24 ans, tente de se soustraire à un contrôle de gendarmerie, et 19 h 05, quand le jeune homme, interpellé, meurt dans la cour de la brigade de Persan, dans le Val-d’Oise ? Un procès-verbal des gendarmes, deux autopsies et trois lieux clés permettent désormais d’y voir plus clair.

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Les deux fuites

Le jour de ses 24 ans, Adama Traoré accompagne son frère Bagui dans le centre de Beaumont-sur-Oise. Bagui est recherché dans le cadre d’une affaire d’extorsion, et repéré par trois gendarmes en civil. Adama, qui n’a a priori rien à se reprocher, prend la fuite alors que son frère se laisse interpeller, « calme », selon le procès-verbal consulté par Libération. Yassine Bourzou, l’un des avocats de la famille, explique à Mediapart que le jeune homme n’avait pas ses papiers d’identité sur lui, d’où sa fuite.

L’un des gendarmes le rattrape rapidement et le maîtrise. « Sans le frapper, sans utiliser mon arme ou un moyen de force intermédiaire », a expliqué celui-ci lors de son audition, rapportée par Le Parisien. Mais Adama Traoré s’échappe de nouveau à la suite de l’intervention d’un inconnu que doit repousser le gendarme, laissé seul par ses collègues.

L’interpellation

Une autre équipe du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (Psig) est prévenue par un témoin que le jeune homme s’est réfugié dans un domicile privé. Ils sont trois à intervenir, et le trouvent « enroulé dans un drap », dans le salon. Selon la déclaration de l’un des gendarmes, citée par Le Parisien, ils usent alors de « la force strictement nécessaire pour le maîtriser, mais il a pris le poids de nos corps à tous les trois » à ce moment-là. Pour l’immobiliser, deux d’entre eux lui bloquent les bras, le dernier fait une clé de jambes. Adama Traoré dit alors avoir « du mal à respirer ». Il est entravé par une paire de menottes et conduit au véhicule de gendarmerie. L’un des fonctionnaires indique ne constater « aucun trouble physique apparent sur l’individu ».

Malaise dans le fourgon

Les premiers signes de malaise apparaissent sur le trajet vers la brigade de gendarmerie de Persan : la tête d’Adama Traoré est inclinée de manière inquiétante vers l’avant. Le moment est court, « trois à quatre minutes ». Pourtant, à sa sortie du fourgon, le jeune homme est inconscient et il s’est uriné et vomi dessus. Selon les gendarmes, il respire encore. « Ne sachant pas s’il simulait ou pas », les agents le placent en position latérale de sécurité dans la cour, encore menotté, en plein soleil (l’autopsie a relevé une hyperthermie, sa température corporelle est montée à 39 °C).

Les pompiers sont appelés à 17 h 46, arrivent peu avant 18 h et tentent de le réanimer. Ils constatent alors que le jeune homme ne respire plus. Le Samu intervient et essaye un massage cardiaque pendant une heure, en vain. A 19 h 05, le décès d’Adama Traoré est prononcé.