Financement des mosquées: A quoi pourrait servir la Fondation pour l’islam de France?

RELIGION Cette fondation, créée en 2005 mais restée inactive, pourrait être relancée pour assainir le financement des mosquées…

A.Ch.

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Le 29 juillet 2016, à la grande mosquée de Lyon.
Le 29 juillet 2016, à la grande mosquée de Lyon. — E. Frisullo / 20 Minutes

Une coquille vide. Voilà à quoi ressemble aujourd’hui la Fondation des œuvres pour l’islam de France (FOIF), créée en 2005 par Dominique de Villepin. Destinée à assurer le financement de l’islam, et notamment « la construction et la gestion des lieux de culte », cette fondation est présentée aujourd’hui par Manuel Valls et des personnalités musulmanes françaises comme une solution pour réformer l’islam de France.

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Qu’est-ce que c’est ?

A l’origine, la FOIF avait été créée pour permettre d’assainir le financement de l’islam de France. Alors que les différentes institutions existantes, notamment l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF) et la Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris (FNGMP) ont chacune leurs réseaux de financements, la FOIF devait permettre de centraliser l’argent. « Il appartient à l’État républicain de faire en sorte que les financements que les uns et les autres peuvent obtenir, de l’Algérie, de l’Arabie Saoudite, du Maroc, de tel ou tel autre pays du Golfe, puissent transiter par le canal de la Fondation pour les œuvres de l’islam de France, de façon que l’argent collecté soit mis en commun », estimait la secrétaire d’Etat Nora Berra en 2010, répondant en l’absence du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux à une question orale de Jean-Pierre Chevènement au Sénat. Cette fondation devait notamment être alimentée par des dons des entreprises et avait été dotée d’un million d’euros.

Pourquoi ça n’a pas marché ?

Manuel Valls ne mâche pas ses mots : la FOIF a été un « échec total ». C’est la constitution du Conseil d’administration qui a posé problème : « Les dysfonctionnements de la Fondation tiennent d’abord à la composition de son conseil d’administration, liée aux équilibres, par nature difficiles à trouver, au sein du Conseil français du culte musulman (CFCM) », expliquait Jean-Pierre Chevènement. Ces querelles de pouvoir ont permis au CFCM de rester le principal interlocuteur du gouvernement.

Pourquoi il faudrait le relancer ?

Dans une interview au Monde ce vendredi, Manuel Valls a estimé qu’il fallait « reconstruire une capacité de financement française » de l’islam. « Il y a urgence à aider l’islam de France à se débarrasser de ceux qui le minent de l’intérieur. Pour cela, il nous appartient de bâtir un véritable pacte avec l’islam de France, donnant à la Fondation une place centrale », a déclaré le Premier ministre. L’appel de plusieurs personnalités musulmanes, publié ce dimanche dans le JDD, va dans le même sens : « Une Fondation pour l’islam de France avait été créée il y a plus de dix ans. Elle n’a jamais fonctionné. Il est temps de la réactiver maintenant, de lui donner la capacité de collecter des ressources. Les Français de confession musulmane sont prêts à la relancer, à l’animer, à contribuer à son financement. »

L’objectif est de « changer de générations, avec un projet d’organisation clair », estiment les signataires de l’appel. Pour Manuel Valls, il s’agit surtout de lutter contre l’islamisme radical en assainissant les sources de financement des mosquées françaises. Depuis novembre 2015, après les attentats de Paris et Saint-Denis, une mission gouvernementale est chargée de préfigurer la renaissance de la FOIF. Ses missions pourraient être étendues au financement de la formation des imams ou à la « promotion de l’islam » sous l’angle « cultuel et culturel ». Pour le moment, la FOIF est encore au point mort.