Attentat dans une église près de Rouen: Le récit poignant et surréaliste des sœurs lors de la prise d'otages

TEMOIGNAGES Les trois religieuses, Danielle, Hélène et Huguette, racontent les discussions qu’elles ont eues avec les deux jeunes terroristes…

H. B.
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Les habitants de Saint-Étienne-du-Rouvray ont déposé des fleurs et des bougies devant l'église où le père Jacques Hamel a trouvé la mort.
Les habitants de Saint-Étienne-du-Rouvray ont déposé des fleurs et des bougies devant l'église où le père Jacques Hamel a trouvé la mort. — Francois Mori/AP/SIPA

C’est un témoignage très fort, et un peu surréaliste. Près de trois jours après le sauvage assassinat du père Jacques Hamel à l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, les trois sœurs prises en otages, qui ont assisté à toute la scène, ont raconté à l’hebdomadaire chrétien La Vie les conversations, parfois très surprenantes, qu’elles ont eu avec les terroristes.

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Il est près de 9h40, ce mardi matin, quand les deux terroristes pénètrent dans l’église. Ils se dirigent vers l’autel où se trouvent le père Hamel, un couple de paroissiens et les trois sœurs, Danielle, Hélène et Huguette. « Ils avaient le style des terroristes qu’on voit à la télé. L’un portait un calot noir sur la tête et la barbe bien fournie. J’ai tout de suite compris », raconte sœur Hélène à La Vie. Très rapidement, les terroristes s’en prennent au prêtre, puis à l’un des paroissiens.

« Un sourire doux, celui de quelqu’un d’heureux »

Après leur terrible crime, les deux terroristes changent de comportement et commencent à dialoguer avec les sœurs. « J’ai eu le droit à un sourire du second. Pas un sourire de triomphe mais un sourire doux, celui de quelqu’un d’heureux », raconte sœur Huguette. Les religieuses ont même eu droit à quelques petites attentions des terroristes. Sœur Hélène et Jeanine, toutes deux octogénaires, demandent à s’asseoir, ce qu’accepte un des tueurs. « Je lui ai aussi demandé ma canne. Il me l’a donnée. »

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« Tant qu’il y aura des bombes sur la Syrie, nous continuerons les attentats »

S’ensuit alors une conversation autour de l’islam. L’un des terroristes demande à sœur Hélène si elle connaît le Coran. « Oui, je le respecte comme je respecte la Bible, j’ai déjà lu plusieurs sourates », répond-elle au jeune homme, ajoutant : « Et ce qui m’a frappé en particulier, ce sont les passages sur la paix. » L’un d’eux lui répond alors : «  La paix, c’est ça qu’on veut. Quand vous passerez à la télévision, vous direz à vos gouvernants que tant qu’il y aura des bombes sur la Syrie, nous continuerons les attentats. Et il y en aura tous les jours. Quand vous arrêterez, nous arrêterons. » Un message que sœur Hélène transmettra  au président François Hollande, après sa libération.

Un débat théologique sur Jésus

L’un des terroristes se met ensuite à parler théologie avec sœur Huguette. La conversation porte sur Jésus. « Jésus ne peut pas être homme et Dieu. C’est vous qui avez tort », déclare d’un ton péremptoire le jeune homme de 19 ans. « Peut-être, mais tant pis », lui répond la religieuse. « Je ne voulais pas mettre de l’huile sur le feu et ne pas renier ce que je pensais », raconte sœur Huguette à La Vie.

La prise d’otages se terminera par la mort des deux terroristes, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean.