Attentats djihadistes en France et en Allemagne: Peut-on parler d'un «effet boule de neige»?

TERRORISME En l'espace d'une dizaine de jours, l'organisation terroriste Etat islamique a revendiqué quatre attentats en France et en Allemagne...

Laure Cometti

— 

Des hommages aux victimes de l'attentat de la Promenade des Anglais, à Nice, le 15 juillet 2016. Une attaque survenue huit mois après les attentats du 13 novembre de Paris et Saint-Denis.
Des hommages aux victimes de l'attentat de la Promenade des Anglais, à Nice, le 15 juillet 2016. Une attaque survenue huit mois après les attentats du 13 novembre de Paris et Saint-Denis. — Irina Kalashnikova/SIPA

L’Europe face à une menace terroriste accrue. En l’espace d’une dizaine de jours, l’organisation terroriste Etat islamique (EI) a revendiqué quatre attentats en France et en Allemagne. Le jour de la fête nationale française, un homme au volant d’un poids lourd a foncé sur la foule amassée sur la Promenade des Anglais, à Nice. Bilan :  84 morts et plus de 400 blessés. Quatre jours plus tard, le 18 juillet, un demandeur d’asile a blessé cinq personnes dans un train en Bavière (Allemagne), armé d’une hache et d’un couteau. Le 24 juillet, un réfugié syrien s’est fait exploser à Ansbach, à nouveau en Bavière, blessant 15 personnes. Mardi, deux jeunes hommes ont égorgé un prêtre lors d’une prise d’otages à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime). Dans l’Hexagone, le terrorisme djihadiste a fait plus de 230 victimes depuis janvier 2015, au point que certains experts évoquent un « effet boule de neige ».

Massification et banalisation des modes d’action terroristes

Après le double meurtre de Magnanville le 13 juin  et l’attentat de Nice le 14 juillet, l’attaque de l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray est la troisième revendiquée par Daesh en France depuis le début de l’année 2016.

« Cette série [d’attentats sur le sol européen] a été annoncée et planifiée. C’est une réponse à l’intensification des opérations de la coalition contre Daesh », estime Mathieu Guidère, professeur d’islamologie à l’Université Toulouse-Jean Jaurès. « Si elle révèle un affaiblissement de Daesh sur son foyer syro-irakien, cette multiplication d’attaques montre un renforcement de ses capacités opérationnelles à l’étranger. Grâce à un système d’allégeance et d’action simplifié depuis juin 2016, pour les deux ans de la proclamation du califat, Daesh peut désormais frapper n’importe quand et n’importe où ».

C’est la stratégie du « djihad de proximité » prônée par l’EI, qui appelle depuis 2014 à tuer les « mécréants » avec les moyens du bord, « de n’importe quelle manière », pour reprendre les mots d’Abou Mohamed al-Adnani. Cet homme considéré comme l’un des cerveaux des attentats du 13 novembre a appelé les partisans de l’EI à viser des civils aux Etats-Unis et en Europe dans un enregistrement audio diffusé en mai dernier.

En outre, « la rhétorique de la vengeance est employée tant par nos dirigeants, qui ripostent aux attentats par une intensification des frappes aériennes, que par Daesh, qui appelle à se venger des bombardements en Irak et en Syrie. Cette rhétorique se traduit au niveau des individus, qui mènent des actions avec des moyens de plus en plus banals », poursuit Mathieu Guidère.

Un terrorisme mimétique ?

L’enchaînement des attentats peut aussi s’expliquer par l’effet « catalyseur » des attaques terroristes chez certains invididus, un phénomène observé par Farhad Khosrokhavar, directeur d’études à l’EHESS, spécialiste de l’islam en prison. « Certains détenus ont des délires à la Merah, il y a un phénomène de terrorisme mimétique, en particulier chez des personnes instables ou faibles mentalement, qui, après un attentat, s’identifient à l’auteur et veulent lui emboîter le pas ».

« Plus il y a d’attentats, et plus cela alimente chez certains le désir d’imitation, pour mourir d’une manière qu’ils jugent héroïque », abonde François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l’IRIS, qui souligne sur ce point « l’efficacité de la propagande djihadiste », qui construit une héroïsation des auteurs d’attentat, et « l’effet de publicité médiatique, qui favorise les copycat ».

>> A lire aussi : Des médias français décident de ne plus publier les portraits des auteurs d'attentats

Autre facteur à prendre en compte dans cette série d’attentats, la riposte des services de renseignement. « Tout attentat déclenche une réaction des forces de l’ordre. Si certaines personnes sont en train de préparer un attentat, elles sont susceptibles d’accélérer leur passage à l’acte par crainte d’être neutralisées », poursuit Farhad Khosrokhavar. « Tout cela génère un effet boule de neige ».