Attentat dans une église près de Rouen: La famille d'Adel Kermiche était en plein désarroi

TERRORISME La famille d'un des deux terroristes de Saint-Etienne-du-Rouvray n'a rien pu faire contre la radicalisation d'Adel...

Florence Floux et Fabrice Pouliquen

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Des policiers déployés le 27 juillet 2016 à Saint-Etienne-du-Rouvray
Des policiers déployés le 27 juillet 2016 à Saint-Etienne-du-Rouvray — CHARLY TRIBALLEAU AFP

« On ne sait pas quoi faire. On ne sait pas vers qui se tourner pour nous aider. » Cette phrase, c’est la mère d’Adel Kermiche qui l’a prononcée lors d’une interview au quotidien La Tribune de Genève, en mai 2015. A cette époque, son fils mineur a déjà tenté par deux fois de rallier les rangs de Daesh en Syrie. Plus d’un an avant d’assassiner un prêtre pendant l’office matinal de l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) avec un complice, mardi et de se faire abattre par les hommes de la BRI de Rouen.

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Avant de passer à l’acte en ce 26 juillet 2016, cela faisait donc quelque temps qu’Adel Kermiche rendait la vie impossible à sa famille. Tout a commencé après l’attentat de Charlie Hebdo, en janvier 2015. L’adolescent change alors de comportement, commence à tenir des propos radicaux, parle de plus en plus de religion, relate le journal suisse. « Il a été ensorcelé, comme dans une secte », y confie la mère d’Adel.

« Il s’est laissé embobiner »

Aux abords du quartier Maurice-Thorez, non loin de la rue Nikolas Tesla où vivait Adel Kermiche, à Saint-Etienne du Rouvray, ce n’est pas tant d’Adel dont on parle mais de ses grands frères et sœurs. « Je connaissais un peu Adel, mais surtout avant qu’il se radicalise », raconte Pierre*, au pied d’un immeuble où il tient son petit trafic de cannabis, sans se cacher. « On fumait ensemble. A l’époque, il ne cassait pas la tête », poursuit-il. Manière de dire qu’il était normal. « Il s’est laissé embobiner. »

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Pierre parle davantage de Sofiane, Adam, Anissa et Sabrina, les frères et sœurs d’Adel. « Des gens super cool, glisse-t-il. Je me souviens d’Anissa qui nous coupait les cheveux petits et qui avait été animatrice dans le centre aéré où j’étais. » La famille se retrouve un peu perdue par rapport au changement de comportement de ce fils. Au mois de mars 2015, il s’enfuit du domicile familial, direction la Syrie via l’Allemagne où il est arrêté. Alors âgé de 17 ans, il est renvoyé en France où son casier vierge lui permet de bénéficier d’un contrôle judiciaire.

« J’aimerais bien savoir qui a chamboulé notre gamin ! »

Mais moins de deux mois plus tard, il retente sa chance en passant cette fois-ci par la Suisse. Arrêté par les Turcs, il est renvoyé vers la Suisse puis vers la France où il est placé en détention provisoire. Adel Kermiche vient d’avoir 18 ans. Après une incarcération de plusieurs mois, le juge d’instruction décide de le placer à nouveau sous contrôle judiciaire et bracelet électronique. Une décision qui inquiète ses parents, qui craignent alors qu’il ne réessaie de gagner la Syrie.

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A l’époque, la mère d’Adel Kermiche poussait un ouf de soulagement dans le quotidien helvétique : « Heureusement, on a réussi à le rattraper à temps, par deux fois. S’il avait pu passer en Syrie, je pouvais faire une croix sur mon fils. J’aimerais bien savoir qui a chamboulé notre gamin ! »

« C’est terrible ce qui leur arrive »

Dans le parc juste à côté du domicile des Kermiche, où elle promène son chien, Carine, 25 ans, qui connaît bien la fratrie, ne comprend pas. « Ils sont adorables, le coeur sur la main. C’est terrible ce qui leur arrive. C’est une famille tranquille. »

L’imam Mohammed Karabila, qui officie à la mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray, affirme avoir eu connaissance des tentatives de départs répétées d’Adel Kermiche via l’association PAS 276, qui vient en aide aux proches de personnes radicalisées. La famille Kermiche y avait-elle trouvé une écoute ?

* Le prénom a été modifié