Attentat de Nice: Qu’est-ce qui pousse M. Tout-le-monde à agir en héros?

PSYCHOLOGIE Alors que certains fuient ou restent tétanisés par ce qui se déroule sous leurs yeux, d’autres passent à l’action, parfois au péril de leur vie…

T.D.
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Le camion utilisé par un terroriste pour tuer 84 personnes sur la Promenade des Anglais, à Nice.
Le camion utilisé par un terroriste pour tuer 84 personnes sur la Promenade des Anglais, à Nice. — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Franck, Gwenaël et Alexandre. Ils ont tous les trois reçu, lundi, la médaille de la Ville de Nice pour avoir tenté d’arrêter le camion qui a fait 84 morts le 14 juillet. Qu’est-ce qui pousse une personne à agir en héros ?

Dans une interview à Nice-Matin, Franck, l’homme au scooter, relate avoir tiré « la force et le courage » d’intervenir du fait que son fils se trouvait à proximité des lieux du drame. « J’étais prêt à mourir », a-t-il précisé. « Le fait que son fils soit présent, c’est un facteur d’action, qui provoque quelque chose de tellement anxiogène qu’il va essayer d’arrêter le camion pour le sauver », explique Michèle Vitry, psychologue clinicienne, expert auprès de la cour d’appel de Paris.

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Pour cette dernière, il existe deux types de héros, ceux qui agissent par conviction : « Ils ont besoin d’être reconnus, ils sont idéalistes, leur objectif dans la vie est de changer le monde. » Et puis les héros par opportunité : « Ceux-là ne veulent pas être des héros. »

« Ne pas supporter l’insupportable »

Outre le fait de vouloir protéger sa famille si elle est menacée, le profil psychologique de ces personnes est souvent le même, selon Béatrice Chéreau, psychologue clinicienne, expert auprès de la cour d’appel de Paris : « Ce qui les motive c’est l’altruisme, ce sont des personnes qui se mettent au service des autres. Ils ont apparemment une vie normale, ordinaire, mais ils ont le sens de la responsabilité, de l’engagement. L’un de leurs traits de la personnalité est le courage. »

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Au point de ne pas penser au danger et d’agir au péril de leur vie. « Ceux qui agissent sont capables de s’oublier, résume Michèle Vitry. Ils peuvent être un peu impulsif, irréfléchis, mais à la base domine un sentiment d’insupportable face à quelque chose contre lequel ils veulent lutter. C’est une réaction humaine de ne pas supporter l’insupportable. »

Une autre raison peut également se trouver du côté de l’enfance. « Dans les mythes, les héros sont souvent des enfants abandonnés, poursuit la psychologue. Ils ont eu un destin hors du commun et s’en sont sortis avec beaucoup de force et d’énergie. »

« Il ne faut pas culpabiliser »

Mais face à des situations extrêmes, nous sommes tous différents. « Chacun réagit à sa façon. Il ne faut pas culpabiliser, rappelle Béatrice Chéreau. Certains sont dans la fuite, l’évitement, l’instinct de survie prend le dessus. D’autres sont paniqués, tétanisés et ne peuvent donc réagir. »

« Tout le monde ne peut pas faire un acte héroïque, déplore d’une certaine manière Michèle Vitry. Lors d’une agression dans un train ou dans un bus, tout le monde reste assis, alors qu’il suffit parfois que peu de gens se mobilisent. » Comme ce fut le cas pour les militaires américains qui ont neutralisé un tireur dans le Thalys. « L’expérience personnelle joue beaucoup, comme par exemple si l’on a déjà été exposé au danger, précise Béatrice Chéreau. Ces hommes étaient aguerris à ce genre de situations. » Tout le monde ne passe peut-être pas à l’acte, mais qui n’a jamais rêvé d’être un héros au moins une fois dans sa vie ?