Qui est Sandra Bertin, la policière qui a fait sortir Bernard Cazeneuve de ses gonds ?

POLEMIQUE La cheffe du Centre de supervision urbain de Nice accuse le cabinet de Cazeneuve d’avoir exercé des pressions à son encontre pour qu’elle modifie son rapport...

C.Po.

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La policière Sandra Bertin lors d'une conférence de presse à Nice, le 24 juillet 2016
La policière Sandra Bertin lors d'une conférence de presse à Nice, le 24 juillet 2016 — VALERY HACHE / AFP

Elle hésite, bafouille parfois, mais maintient ses propos avec fermeté. Dimanche soir, lors d’une courte allocution devant les médias, Sandra Bertin, policière municipale niçoise de 30 ans, a réitéré ses accusations à l’encontre de Bernard Cazeneuve. Selon elle, un membre du cabinet du ministre de l’Intérieur a exercé de multiples « pressions », l’enjoignant à modifier son rapport sur l’attentat perpétré par Mohamed Lahouaiej Bouhlel, notamment concernant la position des policiers nationaux. Son interlocutrice, dont elle refuse de dévoiler l’identité, lui aurait également demandé une version « modifiable » de son rapport.

Sandra Bertin occupe, en effet, une place stratégique : depuis début juin, elle est cheffe du centre de supervision urbain (CSU), là où sont gérées les 1256 caméras de vidéosurveillance de la ville de Nice. Elle a donc pu visionner les images du drame le soir du 14 juillet. Et en tant que secrétaire générale de la section Niçoise du Syndicat autonome de la fonction publique territoriale, elle peut sortir de sa réserve. La jeune femme a été recrutée par la ville de Nice comme agent de surveillance de la voie publique en 2006. Elle devient gardien de police municipale la même année. En 2013, elle est nommée brigadier. Deux ans plus tard, elle obtient le concours de police municipale. 

Reste que ses accusations, vigoureusement dénoncées par Bernard Cazeneuve, semblent aujourd’hui de plus en plus bancales. Selon Europe 1, son interlocutrice n’aurait, en réalité, aucun lien avec le ministre de l’Intérieur. Il s’agirait de la commissaire de police à l’état-major de la direction centrale de la sécurité publique qui centralise les informations pour en faire des notes internes. D’où son besoin d’obtenir une version modifiable afin de faire des copier-coller.

Une proche d’Estrosi ?

Les motivations de la policière municipale, aujourd’hui visée par une plainte pour diffamation, sèment le trouble. Sur ses comptes Facebook et Twitter, repérés par Le Parisien et supprimés dans la nuit, la policière ne cache pas sa grande proximité politique avec Christian Estrosi. Sur les réseaux sociaux, Sandra Bertin qui utilise son nom de jeune fille, Tardeil, relaye par exemple une pétition de l’ancien maire de la ville, aujourd’hui adjoint à la sécurité, pour renforcer le pouvoir de la police municipale.

Dans plusieurs posts, elle se montre très critique vis-à-vis de la politique du gouvernement, notamment sur la question des migrants, n’hésitant pas à la qualifier de « pseudo-politico socialo ». Quant à la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, elle assure avoir trouvé son « bras droit », « Monsieur Bibi », un obscur médium dont elle relaye une publicité farfelue.

L’ancien maire de Nice – qui n’a cessé de pointer des failles du gouvernement dans le dispositif de sécurité mis en place le soir du 14 juillet - a réfuté toute opération "téléguidée" de sa part. Il a cependant apporté son soutien à la jeune femme après l’annonce de la plainte déposé par Bernard Cazeneuve : « Heureusement qu’elle dit la vérité », s’est-il félicité.