Attentat de Nice: 5 questions sur le bras de fer entre Bernard Cazeneuve et Sandra Bertin

SECURITE Une policière municipale niçoise accuse le gouvernement d’avoir fait pression sur elle pour modifier son rapport sur l’attaque du 14 juillet. Le gouvernement dément et va porter plainte. Retour sur la polémique…

Caroline Politi

— 

Nice: une policière municipale dit avoir subi des pressions
Nice: une policière municipale dit avoir subi des pressions — Nicolas Carme, Emmanuel Defouloy AFPTV

Dix jours après l’attentat perpétré par Mohamed Lahouaiej Bouhlel sur la promenade des Anglais à Nice, la polémique sur les mesures de sécurité déployées le 14 juillet a pris un nouveau tournant ce week-end. Sandra Bertin, cheffe de la sécurité du centre de supervision urbain (CSU) – qui a donc accès à toutes les images de vidéosurveillance – accuse le gouvernement d’avoir exercé des « pressions » à son encontre pour qu’elle modifie son rapport le soir du drame. Le gouvernement dément et annonce porter plainte. Retour sur la polémique.

Quelles sont les accusations portées par Sandra Bertin ?

Dans une longue interview au Journal du Dimanche, la policière municipale assure avoir reçu, le 15 juillet, la visite d’un commissaire de police. Ce dernier l’aurait alors mise en relation téléphonique avec un membre du cabinet de Bernard Cazeneuve - dont elle garde l’identité secrète - pour la rédaction de son rapport. « J’ai alors eu affaire à une personne pressée qui m’a demandé un compte rendu signalant les points de présence de la police municipale, les barrières, et de bien préciser que l’on voyait aussi la police nationale sur deux points dans le dispositif de sécurité. Je lui ai répondu que je n’écrirais que ce que j’avais vu. Or la police nationale était peut-être là, mais elle ne m’est pas apparue sur les vidéos », explique-t-elle à l’hebdomadaire.

La jeune femme assure également avoir reçu pour consigne d’envoyer une « version modifiable » de son rapport. « Puis, quelques jours plus tard, la sous-direction antiterroriste m’a demandé d’effacer les bandes des six caméras que j’ai mentionnées dans mon rapport, celles qui ont filmé la tuerie ». La policière, qui a réitéré ses accusations dimanche soir, a refusé de donner l’identité de son interlocuteur, précisant seulement qu’il s’agissait d’une femme. Elle a également annoncé qu’elle allait faire un signalement au procureur pour « faux en écriture publique ».

Pourquoi la question est particulièrement sensible ?

La question du positionnement de la police nationale est particulièrement sensible, car au cœur d’une autre polémique, lancée par Libération, cette fois-ci. Contrairement à ce qu’a annoncé Bernard Cazeneuve dans un premier temps, les policiers nationaux n’étaient pas présents à l’endroit où le camion s’est engouffré sur la promenade des Anglais, mais 400 mètres plus loin, à l’entrée de la zone des festivités.

Depuis le début de l’enquête, Christian Estrosi, adjoint à la sécurité de la ville de Nice et président de la région Paca, reproche au gouvernement de multiples manquements et appelle à la démission de Bernard Cazeneuve.

Quelle est la réponse du gouvernement ?

Bernard Cazeneuve a immédiatement contre-attaqué en annonçant une plainte pour diffamation à l’encontre de Sandra Bertin. « Les accusations indignes de ce jour s’inscrivent dans la suite des polémiques virulentes que certains élus de Nice ont souhaité entretenir puis alimenter chaque jour depuis le terrible attentat du 14 juillet », écrit le locataire de la place Beauvau dans un communiqué. Il dément fermement l’envoi du moindre émissaire par ses services et exhorte Sandra Bertin à dévoiler l’identité « des personnes qu’elle met cause, les mails qu’elle évoque et leur contenu ».

Qui est ce mystérieux commanditaire ?

Sandra Bertin a indiqué vouloir garder l’identité de son interlocutrice pour la justice. Mais selon Europe 1, qui a pu consulter la copie du mail dans lequel elle a transmis son rapport, il est adressé à une fonctionnaire de police qui ne fait pas du tout partie du cabinet de Bernard Cazeneuve. La femme au bout du fil serait, en réalité, commissaire de police à l’état-major de la direction centrale de la sécurité publique. Son rôle : centraliser les informations afin de transmettre des notes internes à son directeur central et au directeur général de la police. Et si elle a demandé une version « modifiable », ce n’est pas pour falsifier le document, mais simplement pour pouvoir faire du copier-coller, indique la radio.

Dimanche après-midi, le directeur de la police nationale avait déjà volé au secours de Bernard Cazeneuve. Lors d’un exceptionnel point-presse, Jean-Marc Falcone a confirmé l’envoi, par la police nationale, d’un commissaire puis d’un commandant au CSU. Ce dernier n’avait aucun lien avec Beauvau. Il explique que cette démarche, « classique », visait simplement à « obtenir la chronologie des événements du 14 juillet au soir » et dément la moindre intervention du ministre de l’Intérieur ou de son cabinet.

Quant à la destruction des bandes de vidéosurveillance, la procédure est habituelle. Elle a été diligentée par le parquet de Paris afin d’éviter que des images circulent. Avant leur destruction, les vidéos ont bien évidemment été copiées et versées au dossier. François Molins a d’ailleurs confirmé après l’interview de Sandra Bertin avoir envoyé « deux brigadiers chefs » au centre de surveillance mais sous « sa seule autorité et pour les besoins de l’enquête ».

Que sait-on de Sandra Bertin ?

Sandra Bertin aurait-elle fait une erreur de jugement ou s’agit-il d’un coup politique ? La cheffe de la sécurité du centre de supervision urbain (CSU), âgée de 30 ans, ne cachait pas sur les réseaux sociaux sa grande proximité politique avec Christian Estrosi. Comme repéré par Le Parisien, la fonctionnaire qui utilisait le pseudonyme de Sandra Tardeil sur Facebook et Twitter, n’hésite pas à critiquer la “pseudo-politico socialo” du gouvernement. Ses comptes ont été fermés dans la nuit.

L’ancien maire de Nice a réfuté toute opération « téléguidée » de sa part. Il a affirmé avoir découvert l’interview de la jeune femme dans le JDD.