Attentat de Nice: Partout, la solidarité s'organise

REPORTAGE Les habitants de la région Provence Alpes-Côte d'Azur se serrent les coudes, après l'attentat qui a tué 84 personnes...

Florence Floux

— 

Des peluches en hommages aux victimes de l'attentat de Nice le 14 juillet 2016
Des peluches en hommages aux victimes de l'attentat de Nice le 14 juillet 2016 — : Laurent Cipriani/AP/SIPA

De notre envoyée spéciale à Nice,

Une semaine après l’attentat qui a endeuillé Nice, les élans de solidarité et de générosité pour venir en aide aux victimes ne tarissent pas. On ne compte plus les initiatives d’habitants de toute la région pour « donner un coup de main » à ceux qui ont perdu un proche ou qui luttent encore à l’heure actuelle pour se rétablir.

>> A lire aussi : Les Niçois se recueillent une semaine après le drame

Suzanne Barcelo, propriétaire d’une auberge de jeunesse et d’un restaurant à Nice, était « pour une fois » sortie prendre un peu l’air en ce soir du 14 juillet. Malade, elle reste le plus souvent chez elle, trop fatiguée pour mettre le nez dehors. Sa promenade s’est transformée en cauchemar. « J’ai beaucoup réfléchi le soir même en rentrant chez moi. On demandait de donner son sang, mais je ne peux pas le faire. Alors, le lendemain, je me suis dit que j’allais accueillir gracieusement les gens qui ont besoin d’être près d’un proche hospitalisé par exemple, et qui n’ont nulle part où loger dans la région. »

Suzanne, niçoise depuis « seulement » 1966, d’une famille pied-noir espagnole et corse, a été terriblement choquée par ce qui s’est passé. « J’ai la nausée quand je pense à cette soirée du 14 juillet. Il fallait faire quelque chose. » Elle espère que son initiative sera partagée par d’autres gérants d’hôtels. < Numéro : 06.45.05.31.86 >

Se partager le gâteau

Les praticiens ont également été nombreux à proposer leur aide gratuitement. Catherine Clerget est l’une d’entre eux. Médecin spécialiste de la gestion du stress et hypnothérapeute, elle a cherché elle aussi à se rendre utile dès le lendemain de l’attentat. « Je suis spécialiste des traumatismes, je ne me suis même pas posé la question, c’était évident que je devais proposer mon aide. » Un site recense tous les praticiens qui souhaitent apporter leur aide gratuitement aux victimes. Les ostéopathes ont également lancé une opération de solidarité pour apaiser les blessés.

>> A lire aussi : La culpabilité des survivants de l'attentat

Chez Lola’s cupcakes aussi, on a voulu donner un coup de pouce. « Dès le vendredi, on s’est tous réunis pour se demander comment on pouvait aider : on n’est pas médecins, pas psychologues… Alors nous allons verser de l’argent à l’une des collectes de dons en faveur des victimes. Nous reverserons 1 euro pour chaque cupcake classique acheté. L’opération se terminera samedi soir », explique Valérie. Pour cette Niçoise de naissance, « il était évident qu’il fallait faire quelque chose, faire bloc. En tant que parents d’enfants du même âge que certains qui sont morts, on se projette forcément. Ma fille a failli aller au feu d’artifice. Sa grand-mère ne l’y a finalement pas emmenée parce qu’elle était trop fatiguée ». < Boutiques au centre commercial Nice Etoile et à l’aéroport Nice Côte d’Azur >

«Il fallait faire quelque chose »

Siva, qui a ouvert son restaurant, le Gandhi, en 1990 à Saint-Tropez, dans le Var voisin, a également réagi. Dimanche, il reversera l’ensemble de sa recette aux victimes de l’attentat. « Dans ma tête, c’est comme si j’avais été là le 14 juillet. Je me suis dit qu’il ne fallait pas abandonner les gens. Ce n’est pas grand-chose, mais si ça peut aider… » < Réservations au 04.94.97.71.71 >

>> A lire aussi : Le quartier de la Madeleine pleure ses morts

Siva est un habitué de ce genre d’initiatives : pour le tsunami qui avait dévasté l’Asie du Sud-Est, puis pour le séisme au Népal et depuis deux ans pour les Restos du cœur, il reverse certaines de ses recettes. « Les gens ont toujours été gentils avec nous, il faut le leur rendre », confie simplement cet homme de 53 ans, arrivé de son Inde natale à Saint-Tropez en 1985.

Une aide financière pour les victimes et leurs proches

Plusieurs cagnottes ont été lancées pour les victimes. Les dons au Centre communal d’action sociale (CCAS) de la ville de Nice peuvent être effectués par virement bancaire, chèque à l’ordre du Trésor Public ou en ligne par ici. Le quotidien Nice-Matin a également lancé une cagnotte aux profits des familles, sous le nom de Solidarité-Nice. Le journal était déjà à l’origine d’une initiative similaire pour les inondations qu’a connues la région en 2015, « parce que c’est aussi le rôle d’un média de s’engager pour la population de son territoire, de créer l’impulsion et d’être utile ». Un groupe Facebook du même nom recense toutes les initiatives solidaires, chacun peut y proposer son aide.

La Fondation de France a elle aussi lancé une campagne de dons : Give for France, à laquelle l’acteur américain Leonardo DiCaprio va d’ailleurs participer. Une cagnotte particulière a été créée par des proches du petit Killian, 4 ans, et de sa mère, Olfa, tous deux tués sur la Promenade des Anglais : « Nous ne pourrons pas ramener ces deux personnes très chères à son coeur, mais nous pouvons essayer de les accompagner dignement en faisant un petit geste pour le papa. »

Et depuis peu, une collecte a également été lancée pour offrir un nouveau véhicule au « héros au scooter » qui a tenté d’arrêter  Mohamed Lahouaiej Boulhel dans son carnage sur la Promenade des Anglais. Deux Normands ont été tellement touchés par son histoire qu’ils ont décidé de créer une cagnotte Leetchi.