Attentat de Nice: Qui a pu aider Mohamed Lahouaiej Bouhlel à fomenter son attaque?

TERRORISME Une semaine après l’attentat perpétré par Mohamed Lahouaiej Bouhlel sur la promenade des Anglais, l'enquête a révélé que son acte était sans nul doute prémédité et qu'il avait bénéficié de complicités...

Caroline Politi

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La Promenade des Anglais à Nice  après l'attaqu (AP Photo/Claude Paris)/CLP115/16201414748248/1607191419
La Promenade des Anglais à Nice après l'attaqu (AP Photo/Claude Paris)/CLP115/16201414748248/1607191419 — Claude Paris/ap/sipa

Une semaine après l’attentat perpétré sur la promenade des Anglais de Nice, le procureur de Paris, François Molins a insisté, jeudi, sur la détermination dont a fait preuve Mohamed Lahouaiej Bouhlel pour mettre son macabre projet à exécution.

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Les premières investigations montrent en effet que le terroriste de 31 ans a mûri son acte « plusieurs mois avant », a indiqué le magistrat. Dans son téléphone plusieurs photos des festivités du 14 juillet de l’an dernier ont été découvertes. Les clichés, pris pendant le feu d’artifice et un concert, sont principalement axés sur la foule. Une coupure de presse, prise en photo, d’un article de Nice Matin datant du 1er janvier 2016 intitulé « Il fonce volontairement sur une terrasse d’un restaurant » révèle également du caractère réfléchi de l’attaque.

« Implication dans le passage à l’acte »

« Il a pu bénéficier de soutiens et de complicités dans la préparation etla commission de son acte criminel », a estimé le magistrat. Le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire notamment pour « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes », « assassinats et tentative d’assassinat », « acquisition, détention et cession d’armes ». Il a également demandé le placement en détention provisoire des cinq personnes transférées à Levallois-Perret, dans les locaux de la Sous-direction antiterroriste (Sdat). Elles ont été déférées ce jeudi matin, peu après six heures, devant le juge d’instruction et pourraient être mises en examen dans la soirée. Il s’agit de Ramzi A., franco-tunisien né le 28 novembre 1994 à Nice, de Chokri C., Tunisien né le 11 juillet 1979, d’Artan H., Albanais né le 30 janvier 1978, de Mohamed Oualid G., franco-tunisien né le 19 février 1976 et d’Enkeledja Z., née le 3 mars 1974, de nationalité française et albanaise.

Les complices présumés sont soupçonnés d’avoir fourni un soutien logistique au terroriste. « Leur implication apparaît dans la préparation du passage à l’acte » précise François Molins. Aucun d’entre eux n’est connu des services de renseignements ou signalé comme radicalisé. Seul Ramzi A., 22 ans, a un casier judiciaire, pour des faits de droit commun. Entre avril 2013 et mai 2015, ce Franco-Tunisien a été condamné à six reprises pour vol, vol aggravé ou encore violences. Aucun d’entre eux n’était en revanche connu des services de renseignements ou signalé comme radicalisé.

Qui a fourni l’arme ?

Dans un SMS envoyé 18 minutes avant l’attaque, à 22h27, Mohamed Lahouaiej Bouhlel félicitait Ramzi A. pour le « pistolet » fourni la veille et en réclamait d’autres. Cette arme a notamment été utilisée par le terroriste pour tirer sur les policiers qui tentaient de mettre fin à sa course meurtrière. Les deux hommes ont échangé trois messages au cours de la soirée, dont la teneur n’a pas été révélée par le procureur de la République.

Lors de son audition, Ramzi A. aurait désigné le fournisseur du pistolet comme étant, en réalité, un Albanais de 38 ans, Artan H., en garde à vue depuis dimanche avec sa compagne franco-albanaise. Une information non confirmée par le procureur. En revanche, tous trois auraient été en contact au sujet de la kalachnikov, découverte dans une cave à Nice mercredi après-midi lors d’une perquisition liée à l’enquête. « Mais pour l’instant, on ne connaît pas son destinataire et on ne sait pas à quoi elle était destinée », a précisé François Molins.

Liens fréquents

L’étude de la téléphonie et des données informatiques a également permis de mettre à jour les contacts réguliers entre le terroriste et les personnes interpellées. Mohamed Oualid G. et le tueur de Nice se sont envoyés 1278 messages en un an. « Je ne suis pas Charlie. Grâce à Dieu, ils ont emmené les soldats d’Allah pour finir le travail », écrivait ainsi ce Franco-Tunisien, âgé de 40 ans, et décrit comme un proche du terroriste, après l’attentat de janvier 2015. Il s’est présenté de lui-même au commissariat samedi matin.

L’exploitation de la vidéosurveillance a permis de révéler qu’il est monté à plusieurs reprises dans l’habitacle du camion frigorifique entre le 11 et le 13 juillet. Il a également filmé la promenade des Anglais le soir du drame, alors même que les secours étaient encore à pied d’œuvre.

Des empruntes de Choukri C., Tunisien âgé de 37 ans, ont été également relevées sur le 19 tonnes. Un message Facebook datant du 4 avril 2016 intrigue tout particulièrement les enquêteurs. Choukri C. écrit au tueur : « Charge le camion, mets dedans 2000 tonnes de fer, nique (sic) coupe lui les freins et moi je regarde ». L’homme était également contact très régulier avec Mohamed Oualid G. (150 messages en un an).

Six magistrats instructeurs ont été désignés pour faire toute la lumière sur cette affaire. Ils devront notamment se pencher « sur le lien non établi pour l’instant » entre cette attaque et « les acteurs de Daech », a indiqué François Molins.