Attentat de Nice: Comment était sécurisée la promenade des Anglais le soir de l'attentat?

SECURITE Une semaine après l’attentat perpétré par Mohamed Louhaiej Bouhlel qui a fait 84 morts et des centaines de blessés, la polémique sur la sécurisation de la zone enfle….

Caroline Politi avec Florence Floux

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Les enquêteurs sur la promenade des Anglais, au lendemain de l'attentat de Nice, le 15 juillet 2016.
Les enquêteurs sur la promenade des Anglais, au lendemain de l'attentat de Nice, le 15 juillet 2016. — SIPA

« Comment ce véhicule a pu pénétrer sur la promenade des Anglais, alors que nous sommes en plein état d’urgence et en plan Vigipirate avancé ? » Cette interrogation de Christian Estrosi, au lendemain de l'attaque perpétrée par Mohamed Louhaiej Bouhlel sur la promenade des Anglais, cristallise le flou qui entoure le dispositif de sécurité le soir du feu d’artifice. Depuis une semaine, les pouvoirs locaux et l’exécutif se renvoient dos à dos la responsabilité d’éventuelles failles. Et ce, alors même que la préfecture des Alpes-Maritimes a annoncé ce jeudi en conférence de presse que quatre réunions avaient eu lieu en amont des festivités du 14 juillet avec la municipalité pour organiser la sécurisation de l’événement.

La répartition des agents sur la promenade au cœur des débats

« Je déplore profondément que des polémiques aient aussitôt éclaté et se prolongent encore aujourd’hui. Elles sont injustes et blessantes pour la police nationale », a déclaré le préfet, Adolphe Colrat. Au cœur des débats : la répartition des agents de la police municipale et nationale le long de la promenade des Anglais.

La question est loin d’être anodine : les policiers nationaux sont tous munis d’une arme à feu, contrairement à leurs homologues municipaux (même si leur armement s’accélère depuis la vague d’attentats). A Nice, les policiers municipaux, qui n’ont pas eu le temps de faire usage de leur arme, sont équipés d’après Libération d’un revolver « de type 38 spécial, un six coups de calibre 7,65 millimètres », une arme inefficace pour stopper un camion de 19 tonnes, selon un policier municipal interrogé par le quotidien. Il aura fallu attendre les tirs des policiers nationaux, équipés de Sig-Sauer 9 millimètres « quelques dizaines de secondes plus tard… pour que la course du camion commence à être entravée ».

Plan de la zone de l'attentat
Plan de la zone de l'attentat - Préfecture des Alpes-Maritines

1er point de sécurité : la rue Gambetta

Selon Libération, qui s’appuie sur « une source policière qui a pu visionner les images de la vidéosurveillance » mais aussi sur des photos prises quelques instants avant l’attaque, « un seul véhicule de police, celui des agents municipaux, se trouvait au milieu de la chaussée, côté mer », à l’endroit où l’artère devenait piétonne, au niveau de la rue Gambetta. Les images montrent les deux agents à l’extérieur de la voiture, derrière les barrières de sécurité. Aucune trace donc de la police nationale à ce moment-là. « Et pour cause, ceux-ci ont été relevés aux alentours de 20h30 par leurs collègues municipaux. Il n’y a donc aucune voiture de police nationale susceptible de barrer la chaussée », poursuit le quotidien.

Ce point a été confirmé ce jeudi par le ministère de l’Intérieur et la préfecture, précisant seulement que la relève avait eu lieu à 21 heures. Mais ces informations contredisent ce qu’avait annoncé le 16 juillet la préfecture : elle détaillait que « la mission périmétrique était confiée pour les points les plus sensibles à des équipages de la police nationale, renforcés d’équipages de la police municipale. C’était le cas notamment du point d’entrée du camion, avec une interdiction d’accès matérialisée par le positionnement de véhicules bloquant l’accès à la chaussée. Le camion a forcé le passage en montant sur le trottoir ».

Pour se justifier, la préfecture a expliqué ce jeudi, faire la différence entre ce point de déviation de la circulation et la zone effectivement piétonne où avaient notamment lieu les concerts, 400 mètres plus bas. « Le périmètre de sécurité a été placé rue Meyerbeer car c’était le début de la zone de festivités », a indiqué le préfet Adolphe Colrat.

2eme point de sécurité : la rue Meyerbeer

Effectivement 400 mètres plus bas, à l’entrée de la zone piétonne, six fonctionnaires de la police nationale sont présents pour assurer les contrôles de sécurité de la « Prom Party ».

Trois d’entre eux prennent en chasse le camion et deux ouvrent le feu, stoppant ainsi la course meurtrière de Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Leurs deux voitures étaient quant à elles stationnées le long de la chaussée, dans le sens longitudinal, afin de ne pas gêner la circulation des piétons, a précisé le ministère de l’Intérieur. Elles ne pouvaient donc pas barrer la route du camion frigorifique.

Le 16 juillet, pourtant, à la sortie du conseil de défense, Bernard Cazeneuve, avait affirmé que « des véhicules de police rendaient impossible le franchissement de la promenade des Anglais ». Dans son communiqué publié ce jeudi, il reconnaît donc implicitement qu’aucun des véhicules présents sur place n’était disposé de manière à stopper la course du camion.

Une enquête de l’IGPN

Le ministre de l’Intérieur a annoncé ce jeudi avoir saisi l’Inspection générale de la police nationale afin d’avoir une « évaluation technique du dispositif de sécurité et d’ordre public » en place le soir du drame. Il a évoqué une « démarche de transparence et de vérité » qui « permettra d’établir la réalité de ce dispositif, alors que des polémiques inutiles se poursuivent ».

Reste cependant à savoir si une autre répartition, notamment en plaçant des policiers nationaux au niveau du point de déviation aurait pu empêcher un tel drame. Le préfet a en effet précisé que le terroriste avait commencé à renverser des gens 1.200 mètres avant le premier point de contrôle (sur une course de 1.700 mètres).

François Hollande a indiqué ce jeudi depuis Dublin que les conclusions de l’enquête administrative seraient connues « la semaine prochaine » : « nous aurons là la preuve qu’il y a toujours eu dans ces préparations le sérieux nécessaire », a assuré le chef de l’Etat, ajoutant qu’il « n’y a pas de place que pour la vérité et la transparence ».