Attentat de Nice: Les actes islamophobes vont-ils se multiplier en France?

APRES LE DRAME Sur la Promenade des Anglais, plusieurs musulmans se sont fait invectiver ces derniers jours…

Delphine Bancaud

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Le 16 juillet 2016, des musulmans viennent rendre hommage aux victimes. Credit:JEROME MARS/JDD/SIPA
Le 16 juillet 2016, des musulmans viennent rendre hommage aux victimes. Credit:JEROME MARS/JDD/SIPA — SIPA

Depuis l’attentat de Nice, la communauté musulmane craint les amalgames et une montée de l’islamophobie en France. Si pour l’heure aucune donnée officielle ne permet de mesurer l’ampleur des agressions à caractère islamophobe et/ou raciste, des incidents commencent cependant à être relayés par les médias.

Dans la nuit de mardi à mercredi, une mosquée de Bron, près de Lyon, a été profanée. Une inscription menaçante « dehors ou la mort » a été tracée sur le mur de l’enceinte. Et dans la nuit de mercredi, d’autres inscriptions signées « La milice catholique » ont été découvertes sur des murs de Lyon : « bicot, islam, dehors ou la mort », « anti-bicot, anti-islam », « la milice pour tuer », pouvait-on lire.

Plusieurs cas d’agressions verbales à Nice

Ces derniers jours, plusieurs vidéos sont également apparues sur les réseaux sociaux, montrant de vives altercations à caractère raciste et islamophobe à Nice. Dans l’une d’entre elles, un homme lance : « Retournez d’où vous venez » à une femme qui lui rétorque : « Je suis née en France monsieur ». Avant l’intervention de la police pour disperser la foule.

Toujours à Nice, dans une autre vidéo, un homme déclare : « oui, je suis islamophobe. » « J’ai dit que l’islam est incompatible avec l’Occident. Le Coran est incompatible avec le mode de vie occidental, et je le maintiens », poursuit-il.

D’autres incidents de ce type ont eu lieu sur la Promenade des Anglais depuis la nuit du drame, témoigne aussi Feiza Ben Mohamed, porte-parole de la Fédération des musulmans du Sud : « Je m’y rends tous les jours depuis le 1er juillet, et à chaque fois j’ai été témoin d’éclats de voix. Des femmes se font traiter de "sales voileuses", de "sales arabes", on leur dit "cassez-vous", "vous êtes complices des terroristes" », raconte-t-elle. Des agressions verbales qui touchent principalement des femmes et sont « généralement commises par des hommes d’âge mûr, parfois accompagnées de leurs femmes qui prennent le relais », poursuit-elle.

La fille d’une victime prise à partie sur les lieux du drame

Et les familles des victimes ne sont pas épargnées. Hanane, fille deFatima Charrihi, une des victimes de l’attentat, a été agressée verbalement, alors qu’elle déposait des fleurs sur la Promenade des Anglais. « On ne veut plus de vous ici », lui a déclaré un passant.

A la fédération des musulmans du Sud, une demi-douzaine de personnes ont aussi appelé le standard, pour raconter ce qu’elles ont vécu ces derniers jours : « plusieurs femmes m’ont raconté que tous les voyageurs s’étaient levés lorsqu’elles s’étaient assises dans le tramway », indique témoigne aussi Feiza Ben Mohamed.

Moins de manifestations hostiles qu’après les attentats de 2015

Outre ces tensions dans la cité de la baie des anges, quelques autres cas d’actes racistes et/ou islamophobes commencent à remonter. « Pour l’instant, nous avons été saisis par une dizaine de personnes qui ont été prises à partie dans différentes régions de France. On leur demande de » rentrer chez elles «, on leur dit qu’elles sont responsables de ce qui est arrivé », témoigne Marwan Muhammad, directeur du Collectif contre l’Islamophobie en France.

Pour faire face à un éventuel surplus d’appels, la permanence téléphonique du collectif a d’ailleurs été renforcée. « Mais je ne pense pas que les agressions seront aussi nombreuses qu’après les attentats de janviers 2015 où nous avions recensé 200 incidents dans le mois qui suivait, et ceux de novembre 2015, où nous en avions répertorié une centaine le mois d’après », estime-t-il. Même son de cloche chez le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Gilles Clavreul : « Après les attentats de janvier 2015, nous avions recensé 178 actes anti musulmans en trois semaines, alors qu’il y en avait eu 133 sur toute l’année 2014. Concernant Nice, il est trop tôt pour nous prononcer. Mais nous restons vigilants à l’égard des propos haineux et faisons tout pour contenir ces phénomènes », affirme-t-il.

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Le combat est aussi livré sur Internet : « Depuis le 14 juillet, j’ai signalé au procureur de la République huit contenus appelant à la haine anti musulman publiés sur les réseaux sociaux ou sur des sites institutionnels. Car il n’y aura pas d’immunité », affirme-t-il. Au CCIF, comme à la Fédération des musulmans du Sud, on tente aussi de persuader les personnes agressées de porter plainte : « On insiste sur le fait que cette démarche est utile, car les auteurs de ces actes finissent par être condamnés », souligne Marwan Muhammad.