Beaumont-sur-Oise: Adama Traoré a-t-il vraiment été victime d'un malaise cardiaque pendant son arrestation?

VAL-D’OISE Après le décès d’un jeune lors de son interpellation mardi, des violences se sont de nouveau produites cette nuit… 

T.D.

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Un gendarme (Illustration).
Un gendarme (Illustration). — LOIC VENANCE / AFP

Colère, tristesse, incompréhension. Dans le Val-d’Oise, la nuit a de nouveau été marquée par des violences. A l’origine, la mort d’un jeune de 24 ans mardi après-midi après son interpellation par les gendarmes. Malaise cardiaque ou bavure ? Que s’est-il passé ? 20 Minutes fait le point sur ce que l’on sait pour le moment.

Deuxième nuit de violences

Dans la nuit de mercredi à jeudi, entre 22h30 et 4h30, des violences ont éclaté sur les communes voisines de Beaumont-sur-Oise, Persan et Bruyères-sur-Oise. Quelque 200 personnes ont été impliquées et 180 membres des forces de l’ordre ont été mobilisés. Neuf personnes ont été interpellées et placées en garde-à-vue pour des faits « d’attroupements armés, incendies volontaires et jets d’objets incendiaires sur les forces de l’ordre », a indiqué le directeur de cabinet du préfet du Val-d’Oise, Jean-Simon Mérandat.

Par ailleurs, 15 véhicules ont été incendiés et 35 feux sur la voie publique ont été recensés, ainsi que deux tentatives d’incendie, contre la mairie et une école maternelle de Beaumont-sur-Oise, a-t-il précisé.

Des échauffourées impliquant une centaine de personnes avaient déjà éclaté la veille, faisant cinq blessés légers chez les gendarmes. Les forces de l’ordre avaient également essuyé des « tirs d’armes à plomb », selon une source proche des autorités. Neuf véhicules, dont deux de la police municipale, avaient été incendiés, et quatre bâtiments publics dégradés, d’après la porte-parole de la gendarmerie nationale Karine Lejeune. Une personne avait aussi été interpellée, selon un représentant de la préfecture.

La raison de cette colère

A l’origine de ces incidents, la mort d’un jeune homme de 24 ans mardi. Interpellé dans l’après-midi par les gendarmes, Adama Traoré aurait fait un malaise cardiaque, selon les gendarmes. Une thèse rejetée par sa mère. « Adama n’est pas cardiaque, non, je suis désolé, a-t-elle déclaré à i-Télé. Le médecin légiste m’a dit : "Madame Traoré, vous ne pouvez pas voir votre fils parce qu’il saigne du nez, il saigne de la bouche." J’ai dit : "Mais si mon fils, il a eu une crise cardiaque, il n’a pas à saigner du nez et de la bouche". »

Selon le procureur de la République de Pontoise, Yves Jannier, Adama Traoré « a fait un malaise pendant le trajet dans le véhicule » vers la gendarmerie. « Immédiatement alertés », les pompiers sont intervenus pour lui porter secours, mais ils n’ont pas pu le ranimer. Le jeune homme se serait interposé lors de l’interpellation de son frère, suspect recherché dans une affaire d’extorsion de fonds, avant d’être lui-même arrêté.

Une enquête en cours

Baguy, l’un des frères d’Adama Traoré, a expliqué à La Gazette du Val-d’Oise que c’est lui qui était recherché : « Ils l’ont embarqué ensuite à la gendarmerie de Persan. Là-bas, je l’ai retrouvé entouré de cinq ou six gendarmes. Il était au sol, les mains menottées dans le dos. Il ne respirait plus, il était sans vie. Il avait du sang sur le visage. J’ai vu un gendarme qui faisait partie de ceux qui nous ont interpellés. Il avait un t-shirt blanc et je l’ai vu revenir après avec un t-shirt plein de sang, celui de mon frère. Ma compagne était là, elle l’a vu aussi. Adama n’a pas eu de crise cardiaque, ils l’ont tabassé. »

Mercredi, les jeunes du quartier Boyenval à Beaumont-sur-Oise, l’un de ceux où ont eu lieu les échauffourées, parlaient de « bavure ». « Il était en pleine santé, c’était un grand sportif, un costaud », assure ainsi Sofiane, 30 ans, entouré d’autres jeunes des communes avoisinantes, certains les larmes aux yeux. « Adama est mort le jour de son anniversaire », lâche Sofiane. « On sait que ça va être camouflé, lance Ornel, 24 ans. On aimerait bien que les gradés viennent nous voir. Si ça ne brûle pas y’aura rien, c’est le sentiment qu’on a. »

« Je comprends la peine des proches, a réagi Jean-Yves Latournerie, préfet du Val-d’Oise. Ils ont droit à la vérité, il faut laisser le temps à la justice de l’établir. »

Le Parisien relate de son côté que Maître Frédéric Zajac a rencontré la famille mercredi matin en vue de se constituer partie civile. Et l’avocat de déclarer au quotidien : « J’attends les éléments objectifs. Mais un jeune de 24 ans qui décède dans une voiture, il y a des questions qui se posent. Il faut qu’on nous explique. »

Une enquête conjointe de la section de recherches et de l’inspection générale de la gendarmerie est en cours. Les résultats des analyses médico-légales devraient être connus ce jeudi en fin de journée.

Une marche blanche est par ailleurs prévue mercredi 27 juillet entre Persan et Beaumont-sur-Oise. Une collecte d’argent a également été mise en place afin d’aider la famille du défunt pour les obsèques.