#Sexcapades: Basile: «Travesti, tu es une question sur pattes»

SERIE ETE Il se travestit pour mieux comprendre les femmes et briser les codes…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Pénélope, le personnage féminin de Basile.
Pénélope, le personnage féminin de Basile. — P.Godquin

Basile a des enfants, plein de boulots, des envies de spectacle et d’écriture, des activités sportives et une vie très bien remplie. On le rencontre en 2014, à l’occasion de la sortie de son livre Je me suis fait larguer (éd. Eyrolles). On passe une heure à parler de couple, de chagrin d’amour et de confiance en soi. Et puis un jour, il nous envoie un message sur Facebook : « Maintenant qu’on est friends, je peux te le dire : le Bertrand qui a répondu à l’article de Madmoizelle, c’est moi ». Il est temps, en 2016, de faire connaissance avec Pénélope, son versant féminin.

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Tu expliques que tu te travestis mais sans que cela soit lié à ta sexualité. Comment est-ce possible ?

C’est forcément lié à la sexualité dans la mesure où ça part d’une interrogation : qu’est-ce qui se passe dans le corps d’une femme ? Ce n’est pas une question que je me posais quand j’étais petit garçon, tant que je n’avais pas compris à quoi servaient les organes génitaux. Cette envie est venue avec la puberté et la conscience de la différence des sexes. Mais au-delà de cette interrogation, dans mes pratiques sexuelles au quotidien, je n’ai pas l’impression que ça joue. Sauf peut-être dans la « parade amoureuse » : ce que j’ai découvert me donne suffisamment matière à réflexion pour que je m’y prenne différemment pour séduire une femme.

S’habiller comme une femme, est-ce que ça suffit vraiment à s’imprégner de la psychologie féminine ?

L’exercice que je fais est différent de simplement m’habiller comme une nana. Le simple fait de ne plus être perçu comme un mec me fait comprendre pas mal de choses. Je ne suis alors plus le « mâle dominant » et je me retrouve dans des situations auxquelles je ne serais pas exposé en tant que mec. Le comportement des autres change.

Par exemple ?

J’ai compris la prédation que peuvent ressentir les femmes vis-à-vis des hommes, le danger potentiel que les hommes représentent. D’autre part, le fait que les gens ne sachent pas à quoi s’en tenir sur moi me procure un sentiment de contrôle assez important. Travesti, tu es une question sur pattes : la manière dont un mec te parle questionne sa sexualité, et face à une nana c’est ma sexualité à moi qui est questionnée.

Quel plaisir prends-tu à te travestir ?

J’y prends beaucoup de plaisir, c’est jouissif. Quand je papote avec les filles dans les toilettes ou qu’une nana me touche les nichons parce qu’elle les trouve magnifiques, j’ai l’impression d’être une petite souris et d’assister à des situations que je ne connais pas. Au-delà de ça, le travestissement, c’est se moquer des codes et faire fi de la question de l’identité. C’est un brouillage de cartes, un jeu avec les masques sociaux. Tu n’arrêtes pas d’être toi-même mais tu changes la manière dont les gens t’appréhendent et c’est assez génial. Tu choisis qui tu es, en dehors des déterminismes de genre ou de classe. Le fait de se travestir a un côté qui me fait penser au carnaval : c’est le moment où les contraintes imposées par la société s’effacent.

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