#Sexcapades: Nées hommes, elles sont femmes, pour la nuit ou pour la vie

SERIE ETE Pendant la saison chaude, « 20 Minutes » part à la rencontre de sexualités hors normes…

Audrey Chauvet

— 

Mélany se prépare pour une soirée
Mélany se prépare pour une soirée — Drôles de Dames

Le coup d’envoi a été donné. Ce vendredi soir, l’Euro de foot commence et, dans les rues de Paris, perruques et maquillage sont de mise. Mais lorsqu’on franchit le seuil du Château des Lys, club libertin du 18e arrondissement, le bleu-blanc-rouge des supporters laisse la place au cuir et au latex. « Bienvenue ! » : Ophély, chaussée de talons hauts, doit bien atteindre le mètre quatre-vingt-dix et son costume de chanteuse de swing en habit militaire lui donne un aspect intemporel, en dehors des genres et des âges balisés.

>> A lire aussi : #Sexcapades: Basile: «Travesti, tu es une question sur pattes»

« On disait à ma mère "Quelle jolie petite fille vous avez !" »

Ophély organise les soirées « Drôles de dames » avec Mélany, qui me fait visiter les lieux. De sa voix fluette, elle me dit que sur sa carte d’identité est indiqué le prénom « Laurent », mais Mélany est devenue une femme, progressivement. « Petit garçon, tu ne sais pas trop pourquoi mais tu as envie d’essayer des vêtements de filles et tu t’y sens bien, sans pouvoir l’expliquer », me confie-t-elle, alors que les habitués des soirées « T-girls » (un terme qui regroupe travestis, transgenres et transsexuels) arrivent dans ce club propre comme un sou neuf. « Quand j’étais enfant, je jouais avec des copains parce qu’il le fallait bien, mais j’étais souvent seule et j’avais tout le temps les cheveux longs. On disait à ma mère "Quelle jolie petite fille vous avez !". »

Mélany n’a pas subi d’opération pour changer de sexe. Elle a pris un traitement hormonal léger pour troquer sa pilosité contre un peu de poitrine. Sa gestuelle et son phrasé sont eux absolument féminins. Pas caricaturalement mais naturellement féminins. « Je ne me sens pas obligée d’en faire des tonnes », explique Mélany, qui avoue trainer parfois en tenue décontractée, comme toutes ses copines qui sont des « femmes bio ». Mais avant d’en arriver là, le parcours a été long et difficile : après une adolescence « pas claire », Mélany reste un garçon jusqu’à l’âge de 25 ans. « Je sortais avec des filles, mais ça ne marchait pas. La dernière m’a dit qu’il y avait quelque chose qui clochait chez moi », se souvient-elle. Une fois libre financièrement et professionnellement, Mélany a eu plus de facilité à s’assumer. A 25 ans, elle fait appel à une amie maquilleuse et ose sa première sortie en « talons et pantalon sous un grand manteau pour ne pas attirer l’attention » : « C’était la première fois que j’entendais le bruit des talons hauts sous mes pas, j’étais impressionnée et fière de moi en même temps. Je me suis sentie libre, comme si quelque chose qui était coincé à l’intérieur de moi sortait subitement, comme un feu d’artifice. »

Mauvais regards et noms d’oiseaux

S’autoriser à réaliser ses envies, cela a pris beaucoup de temps à Elisa, 57 ans. « Dans une vie antérieure », elle a été en couple et a eu des enfants. Il y a deux ans, son couple se brise et elle se dit que c’est « le moment de faire éclore ça » : « J’ai toujours eu une admiration pour les femmes et une sensibilité très féminine. Mais quand j’ai montré cette part de moi à mon amie, elle ne l’a pas supporté et je me suis fait traiter de tous les noms. » Seule aujourd’hui, elle peut enfin « s’acheter des fringues et du maquillage », sortir dans des clubs, faire la bringue jusqu’au bout de la nuit avec ses copines lesbiennes qui l’ont accueillie « à bras ouverts ». Ses proches ne savent rien de sa vie en tant que femme : « Mon frère a vu que je m’épilais mais il n’a pas posé de questions. Mes ongles longs, je dis que c’est pour la guitare ! », sourit Elisa, qui précise qu’elle est toujours sexuellement attirée, « sans aucun doute », par les femmes.

« On a souvent l’image du mec qui se déguise pour avoir des relations avec d’autres mecs, mais ce n’est pas toujours vrai, confirme Mélany. Certains se travestissent sans penser au sexe, juste pour sortir, aller au resto ou dans des clubs. » Mélany est en couple avec une femme, même si elle est aussi attirée sexuellement par les hommes. Avec sa compagne, elles n’ont pas de rapports sexuels, « c’est de l’affection » : « Elle le vit très bien, dit Mélany. La seule chose qui la gêne, c’est le regard des autres sur moi. Elle a peur de casser la gueule aux gens s’ils me regardent mal ! » Mélany ne s’est jamais fait agresser, mais elle dit éviter certains quartiers : « Je me gare près de là où je dois aller, je ne flâne pas, je suis prudente ». Les mauvais regards, ils viennent surtout des femmes, dit-elle. « Des vieilles », en particulier. Les hommes, eux, sont plutôt indifférents. « On me dit monsieur ou madame selon ma tenue vestimentaire », sourit-elle.

Recherche d’identité

Le club se remplit et l’ambiance est bon enfant : les danseurs s’éclatent, les rires fusent, les coquins se retranchent au premier étage. Des couples et des personnes seules discutent. Beaucoup se connaissent, se sont déjà vus dans des soirées. Marie et Sabrina arrivent main dans la main. Elles se sont rencontrées dans une soirée fétichiste latex. Pendant 99 % du temps, Marie est un homme. Pas ce soir : « J’ai commencé à me travestir à l’adolescence, j’aime le contact avec les matières et l’esthétique des tenues. Quand on est un mec, en dehors des chemises-pantalons, il n’y a rien ! », explique-t-elle. Sabrina, une « femme bio », comprend cette démarche. Ça ne lui fait rien que son amoureux sorte habillé en femme : « Ce n’est que deux ou trois fois par an », tempère-t-elle. « Au quotidien, je suis un mec et elle une meuf », ajoute Marie, qui aime bien « le côté ambigu » que cela apporte à sa sexualité mais ne se sent pas « femme ».

Mélany non plus, alors qu’elle vit depuis quelques années dans la peau d’une femme. « Je me sens femme mais je ne suis pas née femme. J’ai grandi comme un garçon. Je ne serai jamais une femme, et pas non plus un mec. Je suis quelque chose entre les deux. Je suis trans. »

------L’AVIS DU PSY-----

« C’est bien plus une question d’identité que de sexualité »

Dr Laurent Karila, psychiatre addictologue spécialisé dans la prise en charge des addictions au sexe, auteur de Votre plaisir vous appartient (éd. Flammarion)

« On retrouve chez de nombreuses personnes, travesties ou transgenres, le côté fétichiste des fringues de fille. On est attiré naturellement par certaines matières, odeurs, couleurs. Le port d’un vêtement comme des bas, des collants, des chaussures, des talons hauts, peut être particulièrement excitant, surtout s’il est a priori interdit à notre sexe. Le costume fait toujours bouger l’imaginaire : au théâtre ou dans les fantasmes du pompier ou de l’infirmière. C’est un gros aphrodisiaque.

Que ce soit pour le travestissement ou la transsexualité, chacun définit son identité comme il en a envie. C’est véritablement bien plus une question d’identité que de sexualité, la preuve toutes les attirances sont possibles. »

Prochain épisode des #Sexcapades le 12 août: Le shibari, quand les corps s'accordent

>> A lire aussi : #Sexcapades: «20Minutes» va à la rencontre des sexualités hors norme

>> A lire aussi : #Sexcapades: S’échanger pour mieux s’aimer, le libertinage redonne des couleurs à leur libido

>> A lire aussi : #Sexcapades: Cagoulés, enchaînés, ligotés, une soirée avec les adeptes du fétichisme et du BDSM

>> A lire aussi : #Sexcapades: Aloysse: «Dominer, c’est simplement MON plaisir»