Attentat de Nice: Les plus beaux textes d'hommage aux victimes et d'appel à l'unité nationale

APRES LE DRAME Plusieurs personnalités ont publié des textes poignants dans les jours qui ont suivi le drame de Nice...

Delphine Bancaud

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 Hommage aux victimes de l'attentat de la Promenade des Anglais.
Hommage aux victimes de l'attentat de la Promenade des Anglais. — LIONEL URMAN/SIPA

Ecrire pour que la peine soit un peu moins lourde à porter, afin de rendre hommage aux victimes ou en appelant encore et toujours à l’unité du pays. Après l’attentat de Nice, de nombreuses personnalités ont écrit des textes, souvent profonds et poignants.

Une des premières à réagir a été Christiane Taubira, qui a publié dès le 16 juillet sur Facebook un message intitulé « Vallée de larmes ». L’ancienne garde des Sceaux y rend hommage aux victimes, qu’elle imagine tour à tour comme : « une petite-fille vive, parfois rêveuse, qui ne reviendra pas à l’école », « une femme aux reins usés par le labeur, qui n’avait rien perdu de sa joyeuse humeur », « un père, un amant, un homme qui sifflotait entre les lèvres ou dans la gorge rêvant de brillants chemins de vie pour ses fils ». Tout en insistant sur leur diversité : « Ils ont des prénoms qui résonnent de toutes les contrées du monde, ramenant des senteurs, des sons, des clichés et des clichés, et engendrant un même chagrin, une même désolation qui rappellent que, par-delà terres et mers, les larmes sont sœurs ». Un texte qui se termine comme une ode à la vie : « Des enfants sont nés cette nuit-là. Je n’ai pas vérifié mais je sais. Car ainsi va la vie qui vainc. Ces bonheurs n’ont pas la vertu de verser une goutte de fraîcheur sur les cœurs en malheur. Mais ils signent la défaite des semeurs de mort, qui qu’ils soient ».

« L’urgence de la vie »

Un refrain repris par Antoine Leiris, qui a perdu sa femme au Bataclan et qui avait alors rédigé un texte qui avait fait le tour du monde « Vous n’aurez pas ma haine ». Deux jours après l’attentat de Nice, le journaliste a conservé la même ligne dans une tribune publiée par Le Monde. Intitulé « Le jour où nous n’allumerons plus de bougies, nous serons devenus comme eux », son texte démarre avec ces mots éloquents : « Je ne supporte plus l’odeur des bougies. Elle me donne envie de vomir ». Et pourtant l’homme explique en avoir déposé une sur le rebord de sa fenêtre après l’attentat de Nice. « Elle brûle encore aujourd’hui. Elle me rappelle l’odeur de la peur, de la haine, du renoncement. Elle me rappelle l’urgence de la vie », conclut-il.

Dans Le Point, le prix Nobel de Littérature, Jean-Marie Le Clézio, originaire de Nice, évoque aussi les victimes et ce qu’elles symbolisaient : "En tuant ces innocents l’assassin a détruit, a sabré et meurtri, ce qui nous attache : la vie, non pas la pavane de luxe et de vanité telle qu’un esprit confus peut l’imaginer, mais la vie ordinaire, avec ses menus plaisirs, ses fêtes patronales, ses historiettes amoureuses sur la plage de galets, ses jeux d’enfants aux cris stridents, ses baladeurs à rollers ou ses petits vieux somnolant sur leurs chaises longues, ses auto-stoppeuses ébouriffées ou ses photographes de couchers de soleil". Il évoque aussi la difficulté à refermer cette plaie collective : "La mémoire des innocents fauchés sur la Prom’cce soir du 14 juillet 2016 nous aidera peut-être, alors pour y croire nous devrons imaginer, comme les Japonais, leurs âmes flottant pour toujours dans le ciel au-dessus de la mer comme un vol de merveilleux papillons".

« La fraternité, si nous la respectons, nous sauvera »

Abordant la nécessité de préserver la fraternité en France et de prévenir les débordements racistes après l’attentat, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Gilles Clavreul, a lui aussi posté sur Facebook ce lundi un texte fort. « La fraternité, si nous la respectons, nous sauvera, nous citoyens français. Elle nous sauvera de la division qui est le but véritable des terroristes : provoquer la guerre civile, jeter les musulmans dans un camp et les « infidèles » dans l’autre », écrit-il. « Face à la montée de la haine, l’expression de la fraternité n’a rien à voir avec un idéal doucereux de «  vivre ensemble » vide de toute exigence. C’est au contraire un appel au courage et au sens du devoir pour chacun d’entre nous : imposer la décence et le respect, expliquer lorsqu’il y a lieu d’expliquer, chercher à convaincre lorsque des désaccords se manifestent ; mais aussi se montrer intraitable face à ceux qui se comportent en adversaires des valeurs démocratiques, qui dénient à une Nation libre comme la nôtre le droit de se défendre contre la barbarie, ou qui stigmatisent tel ou tel groupe », poursuit-il avant d’appeler les Français à l’unité.

 

Même son de cloche chez l’islamologue Rachid Benzine qui a publié ce mardi sur le site Huffington Post, une tribune au titre saisissant « Nice, voyage au bout de la nuit ». Il se désole d’être regardé avec méfiance par certains passants depuis l’attentat : « Les ténors de Daech le savent. Plus ils frappent, plus la situation se tend en France, plus les musulmans sont mis à l’index, plus ils s’en trouvent pour adhérer au fantasme du complot et rejoindre leurs rangs. Notre raidissement est leur carburant », prévient-il. Dénonçant les récupérations politiques qui attisent les haines, Rachid Benzine puise sa force auprès de ceux qui ont payé le plus lourd tribut des attentats : « Bravant les évidences, des familles de victimes, détruites par la peine, continuent de clamer que l’amour est plus puissant que la haine, que le rire de leur enfant perdu sera toujours plus fort que les appels au meurtre de Daech. Leur courage et leur sagesse sont mes leçons. »

De son côté, le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, souligne l’effet dévastateur d’une société qui se délite dansune contribution intitulée « La Nausée » et publiée sur le Huffington Post : « Le jour où la peur et le populisme l’auront emporté, l’espace du vivre ensemble, attribut essentiel à une société démocratique, ne sera plus, au mieux, qu’un espace métaphorique vidé de toute réalité et, au pire et comme dans un étrange retournement, l’espace dont la défense légitimera les pires exclusions ». Pour lui, il faut « Ouvrir plutôt que clôturer. Réassurer plutôt que fragiliser. Eduquer plutôt que rééduquer. » Des messages apaisants dans un climat anxiogène.