Attentat de Nice: De quoi Hollande parle-t-il quand il évoque la «garde nationale»?

SECURITE Contrairement à Bernard Cazeneuve, François Hollande a parlé de «garde nationale» et non de «réserve»...

M.R. avec AFP

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Le président Francois Hollande
en déplacement au Centre d'entrainement des forces de gendarmerie à Saint-Astier (Dordogne), le 20 juillet  2016.
Le président Francois Hollande en déplacement au Centre d'entrainement des forces de gendarmerie à Saint-Astier (Dordogne), le 20 juillet 2016. — LEWIS JOLY / SIPA

« Avec votre concours à tous, nous pouvons dire qu’en France se constitue une garde nationale. » Devant des réservistes de la gendarmerie en formation ce mercredi matin, à Saint-Astier (Dordogne), François Hollande a de nouveau appelé à la mobilisation des Français pour renforcer la sécurité du pays, menacé par le terrorisme. Comme avant lui le du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui avait invité tous les « Français patriotes qui le souhaitent » à rejoindre la « réserve opérationnelle », deux jours après l’attentat de Nice. Si la mobilisation n’est pas nouvelle, la formule a pourtant interpellé. Comment est-on passé de « réserve » à « garde » ? Explications.

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  • De quoi parle François Hollande ?

Il parle de la même chose que Bernard Cazeneuve. Dans son discours de Saint-Astier, il a expliqué que cette garde nationale correspondait à l’ensemble des réservistes. Les particuliers appartenant au premier niveau de la réserve de la gendarmerie et de la police seront donc sollicités. Ils représentent 15.000 réservistes opérationnels, qui seront disponibles « d’ici la fin du mois », contre 12.000 actuellement pour « assurer la sécurité des différents événements de l’été », a déclaré le chef de l’Etat.

Les retraités de la gendarmerie qui se sont retirés depuis moins de deux ans et qui représentent un « vivier supplémentaire de 10.000 » personnes seront aussi mis à contribution. François Hollande a également rappelé sa demande, formulée en janvier, que le nombre de réservistes de l’armée passe à 40.000 en 2019, contre 28.000 actuellement.

  • D’où vient ce terme de « garde » ?

S’il apparaît comme une nouvelle mesure, en réalité, ce n’est pas la première fois que la formation d’une garde nationale est évoquée. Cette idée est déjà apparue dans plusieurs discours politiques. Le Parti socialiste envisage de l’intégrer dans son programme pour 2017, François Bayrou (président du MoDem), Jean-Christophe Lagarde (président de l’UDI) ou Marine Le Pen (présidente du Front national) en ont déjà fait le vœu.

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Le Président l’avait lui-même évoqué devant le Congrès réuni à Versailles, trois jours après les attentats du 13 novembre. Plus récemment, un rapport parlementaire à ce sujet a été rendu public la veille des attentats de Nice. « L’émergence brutale sur le sol national, en 2015, d’une nouvelle forme de menace pour notre pays - le terrorisme djihadiste - a rapidement imposé comme indispensable la rénovation de la réserve », ont affirmé les rapporteurs du rapport Jean-Marie Bockel et Gisèle Jourda.

  • Un héritage de la Révolution

La Garde nationale trouve son origine en France dans la période révolutionnaire. Elle doit alors permettre de mobiliser des hommes pour protéger les frontières et accompagner les guerres de conquête. La version de la garde nationale qui prévaut alors vise à regrouper des milices et La Fayette en devient commandant le 15 juillet 1789. Toutes les villes en province se dotent d’unités similaires sur la base de ce qui est créé à Paris. La garde nationale est finalement dissoute en 1871. Peu avant sa disparition, elle comptait jusqu’à 600.000 hommes.

  • L’exemple américain

Aux Etats-Unis, la Garde nationale est un réseau de réservistes, dont l’origine remonte au 17e siècle. Elle a joué un rôle crucial à de nombreuses reprises dans les grandes villes américaines théâtre d’émeutes ou de catastrophes naturelles, ou à l’étranger, comme en Irak ou en Afghanistan. La Garde nationale américaine compte 460.000 hommes, la plupart des effectifs étant des réservistes, professeurs, agriculteurs, ingénieurs, élus… qui s’engagent à servir « un week-end par mois, deux semaines dans l’année ». Après les attentats de 2001, ils ont été rappelés en nombre pour des missions durant parfois jusqu’à un an. Leur rôle a évolué : ils sont devenus une force utilisable dans des guerres.