Daesh peut-il frapper les JO de Rio?

TERRORISME Les Jeux olympiques ouvrent le 5 août dans un Brésil instable et un contexte international menaçant…

Audrey Chauvet

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Un avion de l'armée brésilienne en démonstration au-dessus de Rio de Janeiro, le 14 juillet 2016.
Un avion de l'armée brésilienne en démonstration au-dessus de Rio de Janeiro, le 14 juillet 2016. — Felipe Dana/AP/SIPA

Loin des yeux, loin des armes ? Les Jeux olympiques qui s’ouvriront à Rio de Janeiro le 5 août prochain seront placés sous haute surveillance : la menace terroriste pèse sur cet événement international, et le Brésil prend le risque d’attaque de Daesh très au sérieux. Ce lundi, un haut dirigeant du renseignement brésilien devait se rendre à Paris pour rencontrer les services anti-terroristes français après qu’un projet d’attentat contre la délégation française a été révélé la semaine dernière.

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« Il suffit d’une personne contaminée via Internet »

Bien avant l’attentat de Nice, les médias brésiliens rapportaient les menaces qui avaient été proférées à la fin de l’année 2015 contre le Brésil par le Français Maxime Hauchard, recrue de Daesh. L’homme avait posté sur son compte Twitter un message : « Brésil, vous êtes notre prochaine cible ». Les autorités brésiliennes s’attendaient à devoir faire face à de telles menaces : un « Centre de coordination et de prévention contre le terrorisme », rassemblant 1.500 hommes, a été ouvert en août 2015 dans la perspective de sécuriser les JO.

Car même si le Brésil, qui ne fait pas partie de la coalition internationale luttant contre Daesh en Syrie et en Irak, n’est pas une cible évidente, un événement aussi médiatisé et rassemblant des personnalités du monde entier reste une cible de choix pour les terroristes. « Les JO représentent une opportunité unique pour faire parler de Daesh, estime Antoine Basbous, spécialiste du monde arabe, de l’islam et du terrorisme islamiste. Même s’il y a très peu de recrues sud-américaines chez Daesh et qu’ils n’ont ni les moyens ni le réseau nécessaire pour y envoyer des gens, on voit maintenant que des terroristes agissent sans instructions. Il suffit d’une ou plusieurs personnes au Brésil qui seraient contaminées via Internet et qui agiraient par mimétisme pour qu’un attentat ait lieu. »

Expulsions, traques et comptes sur « Telegram »

La chasse aux sorcières semble avoir commencé au Brésil : Adlène Hicheur, professeur franco-algérien condamné à Paris en 2012 pour terrorisme, a été expulsé ce vendredi du Brésil où il enseignait à l’Université de Rio depuis 2013. Un ex-détenu Syrien de Guantanamo transféré en Uruguay a disparu fin juin et est activement recherché au Brésil. Un groupe nommé « Ansar Al-Khilafah Brasil » sur la messagerie sécurisée « Telegram » fait monter la pression : il aurait prêté allégeance à Daesh, rapporte ce lundi Site Intelligence. Ce groupe ne serait en réalité qu’une seule personne assurant la communication de Daesh, dont rien n’assure qu’elle soit physiquement au Brésil, mais l’inquiétude gagne les organisateurs.

« Le Brésil est un pays où on peut facilement trouver des armes, où il y a une grande communauté libano-syrienne, et où la situation politique et sociale est très troublée en ce moment », note Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) spécialiste de l’Amérique latine. Avec la destitution de Dilma Rousseff et la présidence d’intérim jugée illégitime par un grand nombre de Brésiliens, le pays est plongé dans un chaos politique qui s’ajoute à une crise économique. Grèves et salaires non versés aux fonctionnaires inquiètent bien plus l’opinion brésilienne que l’organisation des JO. « Dans le contexte actuel, les autorités locales y compris les services de police, ne sont pas vraiment mobilisées. Les relations sont détestables entre les forces de sécurité et les populations les plus pauvres. Cela peut donc inquiéter quant à la sécurisation des Jeux olympiques », estime Jean-Jacques Kourliandsky.

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Une vitrine mondiale

Le ministre de l’Intérieur brésilien a néanmoins annoncé un renforcement drastique de la sécurité des JO au lendemain de l’attentat de Nice, qui se trouve être par hasard jumelée avec Rio de Janeiro. Les délégations américaine et française seront en particulier encadrées par les services de sécurité. Mais malgré les 47.000 policiers et 38.000 militaires mobilisés, Daesh pourrait être tenté de s’offrir une vitrine mondiale en frappant parmi les quelque 10.500 athlètes, officiels et journalistes ou les 500.000 touristes du monde entier attendus pour les JO. « Toutes les télés du monde regarderont vers Rio. Au lieu qu’elles soient braquées sur les athlètes, il suffit de peu de choses pour qu’elles soient braquées sur Daesh. S’ils réussissent à commettre une attaque sur le continent sud-américain, ils pourront dire qu’ils ont des partisans prêts à agir partout dans le monde », estime Antoine Basbous.