Attentats de Paris: Y a-t-il eu des actes de torture lors de la prise d'otage du Bataclan?

VRAI / FAUX Des rumeurs, reprises par certains médias, affirment que les victimes de l’attentat du Bataclan auraient été torturées pendant la prise d’otage…

Marthe Ronteix

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Illustration du mémorial en hommage aux victimes de l'attentat devant le Bataclan, le 26 novembre 2015.
Illustration du mémorial en hommage aux victimes de l'attentat devant le Bataclan, le 26 novembre 2015. — Alain ROBERT / SIPA

Des corps « décapités », « égorgés », « éviscérés », a raconté l’un des témoins de l’attentat du Bataclan. Interrogé dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire relative aux moyens mis en œuvre par l’Etat pour lutter contre le terrorisme rendue publique mardi dernier, ce brigadier-chef a laissé entendre que les terroristes avaient commis des actes de barbarie pendant la prise d’otages de la salle de concert. Une rumeur qui s’est depuis largement propagée dans la presse, du journal britannique The Sun au magazine français d’extrême droite Valeurs Actuelles. Mais ces éléments ne permettraient pas de conclure clairement à des actes de torture. Explications.

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Que disent ces rumeurs ?

Elles reprennent en réalité deux témoignages. Le premier est celui de M. T. P., un brigadier-chef, qui était sur place le soir du 13 novembre et a témoigné devant la commission d’enquête parlementaire. Il raconte que « des corps n’ont pas été présentés aux familles parce qu’il y a eu des gens décapités, des gens égorgés, des gens qui ont été éviscérés. Il y a des femmes qui ont pris des coups de couteau au niveau des appareils génitaux. »

Le deuxième témoignage est rapporté par le président de la commission qui cite une lettre anonyme envoyée par le père d’une des victimes. L’homme affirme que l’institut médico-légal où il s’est rendu pour voir son fils lui aurait confié « qu’on lui avait coupé les testicules, qu’on les lui avait mis dans la bouche, et qu’il avait été éventré. » C’est à partir de ces deux éléments que la rumeur s’est construite.

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D’où viennent-elles ?

D’après Le Monde, les premiers sites Internet à avoir fait circuler ces informations seraient français et tous les deux liés à la mouvance d’extrême droite. Les articles évoquant ces deux témoignages les présentent comme des informations que le gouvernement aurait cachées aux Français. Les deux sites qui seraient à l’origine de ces allégations sont Panamza, un site qui relaie des théories conspirationnistes, et Breizh Atao, tenu par le blogueur breton Boris Le Lay condamné en 2015 pour antisémitisme. De nombreux sites de la même sphère ont diffusé cette interprétation.

Pourquoi ces rumeurs ne sont-elles pas crédibles ?

Parce que le policier qui évoque ces actes de torture s’appuie sur le témoignage de l’un de ses collègues qu’il lui aurait décrit les blessures. « […] j’ai vu sortir un enquêteur en pleurs qui est allé vomir, a-t-il raconté lors de son audition. Il nous a dit ce qu’il avait vu. Je ne connaissais pas ce collègue, mais il avait été tellement choqué que c’est sorti naturellement. » Et il reconnaît ne pas en avoir été directement témoin. « […] Je suis entré au niveau du rez-de-chaussée où il n’y avait rien de tel, seulement des personnes touchées par des balles. »

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Autre motif de prudence : le témoignage écrit du père de la victime n’est confirmé par aucune expertise de la part de l’institut médico-légal ni par la présence sur place d’armes blanches ayant pu servir à de tels actes. Interrogé par la commission, le procureur de la République de Paris, François Mollins, dément d’ailleurs formellement cette possibilité. « C’est une rumeur, a-t-il déclaré. Les médecins légistes ont été formels : il n’y a pas eu d’acte de barbarie, pas d’utilisation, notamment, d’armes blanches. Selon un témoignage, les testicules d’une personne auraient été coupés, mais aucune constatation n’a permis de le corroborer. » De même qu’aucun témoignage de personnes se trouvant elles aussi au Bataclan cette nuit-là.