Attentat de Nice: Comment prouver qu'on était sur la Promenade des Anglais? Le casse-tête des victimes

REPORTAGE Créée il y a deux mois pour faciliter les démarches des victimes du 13 novembre vivant sur la Côte d’Azur, l’antenne niçoise de l’AFVT accompagne les victimes de l’attaque du 14 juillet...

Hélène Sergent

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Des passant se recueillent sur la promenade des Anglais, à Nice, lundi 18 juillet.
Des passant se recueillent sur la promenade des Anglais, à Nice, lundi 18 juillet. — Claude Paris/AP/SIPA

Dans les locaux de l’antenne niçoise de l’association française des victimes de terrorisme (AFVT), ouverte en mai dernier, l’incrédulité est encore palpable : « Après le 13 novembre, on a réalisé que beaucoup de victimes venaient de province et n’avait pas d’interlocuteurs à proximité de chez eux. C’est pour ça qu’on a décidé d’ouvrir cette antenne… Ce n’était pas du tout dans l’optique qu’un attentat se produise ici », déplore Valentine Juttner, l’une des avocates qui épaule l’association. Depuis l’attaque au camion, jeudi 14 juillet, qui a tué 84 personnes et blessé 303 autres sur la promenade des Anglais à Nice, les bénévoles tentent, dans l’urgence, de s’organiser.

Écouter et être entendus 

Ce lundi, un psychologue antibois, une assistante sociale départementale de l’ONAC (Office national des anciens combattants et victimes de guerre) et trois avocats se relaient pour accueillir les premières victimes qui arrivent au fur et à mesure dans le cabinet d’avocats du centre-ville. Depuis deux mois, une pièce et une ligne téléphonique sont à disposition de l’AFVT. Deux bénévoles, elles-mêmes victimes de terrorisme, devraient venir renforcer les effectifs dans les prochains jours. « La première étape, l’urgence, c’est l’écoute. Plus elle intervient tôt, plus la résilience est rapide », explique Françoise Assus-Juttner, avocate niçoise et coordinatrice de l’antenne.

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Pour entamer ce processus, les membres de l’association peuvent s’appuyer sur des fiches « premier contact » pour enregistrer les informations essentielles à la constitution d’un dossier. « L’aspect juridique intervient beaucoup plus tard dans le processus », précise Antoine Casubolo Ferro, avocat pour l’AFVT depuis cinq ans. « L’une des priorités, c’est aussi d’inciter les victimes à déposer plainte et à demander de se faire entendre par les inspecteurs de police pour pouvoir figurer ensuite sur la Liste unique des victimes (LUV) établie par le parquet de Paris », poursuit le pénaliste. C’est cette inscription sur la LUV qui permettra aux victimes, dans un second temps,de toucher une indemnisation du Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI).

Une frontière ténue

Plusieurs bénévoles, présents à l’antenne niçoise, accompagnent encore certaines victimes des attentats du 13 novembre. Tous pointent une différence de taille qui risque, pour les victimes de l’attaque du 14 juillet, de poser question : « Au Bataclan, c’était simple de prouver que vous y étiez, il suffisait de retrouver la trace du billet du concert, numérique ou papier, et aux terrasses des cafés et des restaurants, la trace d’une consommation », détaille Antoine Casubolo Ferro. Ici, comment prouver sa présence sur la promenade - un lieu public - lors d’un événement gratuit ?

La nuance entre le statut de témoin et celui de victime risque, comme pour les riverains du Bataclan, du Stade de France ou des terrasses, de se poser dans les mois à venir. « J’ai reçu un appel d’une personne traumatisée qui était, lors de l’attaque, sur son balcon et qui a vu la scène », illustre Françoise Assus-Juttner. Il est toutefois peu probable qu’elle soit reconnue victime : « Ce qu’on peut imaginer, c’est qu’on pose aux personnes qui se trouvaient sur la promenade cette question : "Est-ce que le camion aurait pu vous heurter ?" ».

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À ces complexités s’ajoutent toutes les « typologies » de victimes : celles heurtées, blessées, les victimes physiques, les proches des victimes, qui étaient là mais qui ne sont pas blessés (victimes « directes »), les personnes qui n’étaient pas là mais qui comptent un proche parmi les victimes (« victimes par ricochet »)… Puis restent tous les témoins : « Cet attentat va peut-être amener à repenser le statut de témoin et notamment la dimension de prise en charge », conclut Valentine Juttner. Après le 13 novembre, 1.200 nouveaux dossiers ont été ouverts auprès du Fonds de garantie (FGTI), un chiffre encore provisoire, les victimes ayant 10 ans, pour se signaler.

AFVT, 36 rue Tonduiti-de-l’Escarène, 06000 Nice, 04 22 46 04 64, nice@afvt.org