Le président de la région Provence Alpes Cote d'Azur, Christian Estrosi, répond aux questions de la presse ce samedi 16 juillet.
Le président de la région Provence Alpes Cote d'Azur, Christian Estrosi, répond aux questions de la presse ce samedi 16 juillet. — AFP

INTERVIEW

Attentat de Nice: «Le contexte était plus propice à une remise en question du gouvernement»

Contrairement à janvier ou novembre 2015, l’union nationale aura rapidement volé en éclats après la tuerie de Nice. Le politologue Jean-Daniel Levy explique pourquoi…

« Des carences gravissimes de l’Etat dans sa mission première : la protection de nos compatriotes. » La salve est signée Marine Le Pen, présidente du Front National, lors d’une conférence de presse ce samedi, au siège du parti d’extrême droite à Nanterre. C’est la dernière critique en date adressée à François Hollande et à son gouvernement après l’attentat de Nice perpétré jeudi soir sur la promenade des Anglais. Celles-ci se sont multipliées dans les rangs de l’opposition quelques heures seulement après le carnage. Les Républicains Alain Juppé, Georges Fenech, Henri Guaino ou Christian Estrosi en tête.

Jean-Daniel Levy, directeur du département « Politique & Opinion » d’Harris Interactive, revient pour 20 Minutes sur cette onde de choc politique.

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Comment expliquer que l’union nationale n’ait duré pas plus d’une minute cette fois-ci ?

On franchit peu à peu des étapes. En janvier 2015, les attaques contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher avaient été des moments de stupeur et de sidération. En novembre, lors de l’attentat du Bataclan, on s’attendait cette fois-ci à une attaque terroriste, mais il y avait encore assez peu d’interrogations sur la responsabilité de l’Etat. La tuerie de Nice s’inscrit dans un autre contexte. Quelques jours auparavant, plusieurs membres d’une commission d’une commission d’enquête parlementaire sur les attentats de 2015 avaient pris la parole pour signaler des points que le gouvernement devait améliorer dans la sécurité du pays. Cet attentat arrive à un moment où émerge le sentiment que la sécurité est moins bien tenue.

L’imminence aussi de la présidentielle 2017 a-t-elle joué aussi ? L’opposition a-t-elle vu dans cet attentat l’opportunité d’un coup politique ?

Nous sommes en effet dans un moment de précampagne présidentielle. Dans ce contexte, l’union nationale ne pouvait pas complètement perdurer. Il est à noter d’ailleurs qu’Alain Juppé [candidat déclaré à la primaire à droite] est dans les premiers à avoir émis des critiques. On ne s’attendait pas forcément à ce que ce soit lui.

Les cotes de popularité de François Hollande et de Manuel Valls étaient en hausse après les attentats de novembre 2015… En sera-t-il de même après celui de Nice ?

Déjà en novembre, les cotes de confiance des deux hommes politiques avaient monté moins nettement qu’après janvier 2015. Et en janvier 2015 d’ailleurs, ce n’est pas tant l’attentat qui avait fait grimper les cotes de popularité, mais toute la mobilisation derrière. Notamment celle du 11 janvier. Après ce nouvel attentat, il est difficile d’anticiper les évolutions de l’opinion. Cela dépendra notamment de ce que révélera l’enquête. S’agira-t-il d’un attentat islamiste ou la tuerie d’un déséquilibré ? Mettra-t-elle au jour des défaillances fortes de la part de l’Etat en matière de sécurité ?

La lutte contre le terrorisme sera-t-elle à coup sûr la thématique dominante de la présidentielle de 2017, comme le chômage ou la lutte contre la délinquance ont pu l’être par le passé ?

Mardi dernier, avant l’attaque de Nice, Harris Interactive a publié un sondage pour LCP sur ce qu’attendent les Français de l’allocution de François Hollande lors du 14 juillet. La thématique de la sécurité venait avant le chômage et la croissance économique. En janvier dernier, le chômage était devant. La lutte contre le terrorisme sera donc très probablement une thématique importante de la prochaine présidentielle. Mais on ne peut pas exclure qu’il y aura un grand débat sur l’Europe en parallèle. Nous sommes encore assez loin de cette présidentielle. Et sur l’antiterrorisme, est-ce qu’il y aura à des approches radicalement différentes de la part des candidats ? Aujourd’hui, ce n’est pas tout à fait le cas. On est davantage dans la nuance que dans des appréciations radicalement différentes.