Attentat de Nice: Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un terroriste d’un nouveau type?

TERRORISME Tout laisse à penser que l’auteur de la tuerie de Nice, décrit comme peu religieux, se soit radicalisé très récemment…

Fabrice Pouliquen

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Un drapeau français entouré de bouquets de fleurs et autres hommages aux victimes de la tuerie de Nice perpétrée jeudi 14 juillet sur la promenade des Anglais.
Un drapeau français entouré de bouquets de fleurs et autres hommages aux victimes de la tuerie de Nice perpétrée jeudi 14 juillet sur la promenade des Anglais. — AFP

La revendication ce samedi matin par l’Etat Islamique de la tuerie de Nice ne change rien. Le profil du Tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel intrigue toujours autant les enquêteurs. « L’EI ne fait jamais de revendications opportunistes », assure David Thomson, journaliste spécialiste du terrorisme. Mais pour Bernard Cazeneuve, tout porte à croire que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, qui n’était pas connu des services de renseignement, « se soit radicalisé très rapidement. En tous les cas, ce sont les premiers éléments qui apparaissent à travers les témoignages de son entourage. »

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« Un individu sensible au message de Daesh »

Il est en effet décrit comme peu religieux, ne faisant ni la prière, ni le ramadan. Me Corentin Delobel, qui a défendu Mohamed Lahouaiej-Bouhlel en mars dernier dans une affaire de violence en marge d’un conflit routier, abonde dans ce sens. « Il n’y avait aucun élément chez lui qui laissait supposer qu’il était rattaché à un radicalisme spécifique. Il n’avait ni le look d’un barbu très religieux, ni le profil d’un tueur de masse. »

Voilà en quoi Mohammed Lahouaiej-Bouhlel pourrait correspondre à un type de terroriste nouveau. « Un individu sensible au message de Daesh [qui] s’engage dans des actions extrêmement violentes sans nécessairement avoir participé aux combats, sans nécessairement avoir été entraînés », pour reprendre la définition qu’en donne Bernard Cazeneuve.

« L’Etat islamique ratisse large »

Wassim Nasr, journaliste à France 24 spécialiste des réseaux djihadistes, n’est pas si étonné. « D’anciens délinquants et/ou de mauvais pratiquants figurent régulièrement parmi ceux qui rejoignent les rangs de l’EI, constate le journaliste. Tous ne sont pas des convertis de longue date. » « Souvenez-vous Salah Abdeslam [le seul terroriste survivant des attaques de novembre 2015 à Paris], confirme David Thomson. Il était connu dans son quartier de Molenbeek pour fumer du haschich deux semaines avant les attentats. »

Il n’y aurait donc pas de profil de terroriste. C’est la conséquence de ce que Wassim Nasr qualifie de djihadisme de masse. « L’Etat islamique ratisse large et n’est pas regardant ni sur le degré de foi de l’individu, ni sur la communauté qu’il attaque, explique le journaliste. Seul compte le fait qu’il soit prêt à se sacrifier au nom de la cause. L’Etat Islamique appelle régulièrement à faire des attaques. En mai dernier, Abu Mohammad al-Adnani [porte-parole de l’Etat islamique] demandait même de ne plus viser des cibles militaires ou régaliennes, mais des civils. »

Un terme « soldat » qui laisse supposer des liens avec l’EI

Mohamed Lahouaiej-Bouhlel aurait donc répondu à cet appel. Sans en faire part à personne ? La terminologie utilisée par Desh dans son communiqué de revendication indiquerait le contraire. « L’EI qualifie Mohamed Lahouaiej-Bouhlel de soldat, rappelle David Thomson. Pour la tuerie de San Bernardino (Californie), le couple de terroristes avait agi sans forcément avoir de liens avec l’Etat islamique, et avait été alors qualifié par celle-ci de simple "sympathisant". »

Wissam Nasr va aussi dans ce sens. « Le terme "soldat" suppose l’existence d’un lien entre Mohamed Lahouaiej-Bouhlel et l’organisation terroriste, aussi distendu soit-il. Il y a forcément eu un contact avec un membre de l’Etat islamique pour que celui-ci dise à sa hiérarchie qu’elle pouvait revendiquer l’attaque. »

Mohammed Lahouaiej-Bouhlel « était en relation avec des personnes elles-mêmes en contact avec des islamistes radicaux », a d’ores et déjà affirmé une source proche du dossier à l’AFP.