Attentat de Nice: 24h après l'attaque, deuil, angoisse et colère le long de la promenade

REPORTAGE Au lendemain de l’attaque qui a causé la mort de 84 personnes dont 10 enfants, Nice, ses habitants et ses touristes se sont réveillés groggy et abasourdis…

Helene Sergent

— 

La foule s'est réunie au bout de la promenade des Anglais pour rendre hommage aux 84 victimes de l'attaque du 14 juillet 2016.
La foule s'est réunie au bout de la promenade des Anglais pour rendre hommage aux 84 victimes de l'attaque du 14 juillet 2016. — VALERY HACHE / AFP

De notre envoyée spéciale,

Glissé entre un ours en peluche et un bouquet de roses rouges, le dessin d’un enfant dit la violence de l’attaque qui a touché Nice, jeudi 14 juillet. Tracé au stylo noir, on discerne un camion et un point rouge sur le capot du véhicule. Au lendemain de la course folle de  Mohamed Lahouaiej Bouhlel suspecté d’avoir tué 84 personnes, dont 10 enfants, sur la promenade des Anglais, les habitants et quelques touristes se sont spontanément réunis à quelques mètres du casino du Palais de la Méditerranée.

>> A lire aussi : Attentats de Nice: «Un papa nous a dit: «Je suis venu ici car on m'a dit que mon enfant était mort»»

Colère et dégoût

Quelques heures avant cet hommage, de nombreux Niçois se sont rendus sur la célèbre artère qui longe la plage. Parmi eux, Hervé, venu déposer, en fin d’après-midi, une bougie devant le centre universitaire Méditerranée (Cum) qui offre un soutien psychologique aux victimes : « Ça s’est passé à 2 kilomètres de chez moi. Quand il y a eu les attentats à Paris, on a tout suivi à la télévision, on était touché, mais on avait aussi l’impression de regarder un film. Là c’est devenu réel ». Installé à Nice depuis 45 ans, Hervé confie : « Ce qui me fait le plus peur, c’est la leçon donnée par ce type. Sans argent, avec une logistique très réduite et seul, il y a plus de 80 morts ».

>> A lire aussi : Attentat de Nice: «Dès que je croise un camion, j’ai l’impression qu’on va me tirer dessus»

Fermée à la circulation, « la Prom' » est plongée dans le silence. Le long des barrières métalliques disposées sur la chaussée, des touristes Anglais, Russes, Italiens ou Espagnols déambulent sans un mot pour rejoindre le vieux Nice à l’heure de l’apéro. Plus loin, au pied du luxueux hôtel Negresco, des éclats de voix viennent interrompre le mutisme ambiant : « Je ne veux pas des hommages, je veux de la sécurité, je veux que le gouvernement intervienne ! Et M.Estrosi qui paradait devant les caméras… Il ne fait rien ! », invective une femme face à un policier démuni.

« Un drôle de monde »

Une centaine de mètres plus loin, une famille de touristes polonais entoure un homme en larmes. Aux policiers qui patrouillent sur la promenade, ils tentent d’expliquer en anglais : « Il a perdu un ami hier mais il ne sait pas où le trouver. Vous savez où il doit aller ? » - «À l’hôpital Pasteur », répondent les fonctionnaires. Dans la rue de France, située juste derrière l’artère visée jeudi soir, et jusque dans le vieux Nice, le brouhaha et les tintements de vaisselles viennent se substituer au silence. « Ça reste calme pour un vendredi soir, habituellement les terrasses sont bondées, il y a parfois la queue pour venir dîner », relativise une serveuse, restée cloîtrée dans l’établissement où elle travaillait pendant l’attaque, avec des dizaines de personnes venues se réfugier.

Hervé, lui, tient à se rendre place Massena, au cœur du centre-ville, où un rassemblement devait peut-être s’organiser aux alentours de 21h : « Je veux y aller, c’est ma philosophie. Je ne veux pas vivre dans la peur. On vit dans un drôle de monde, il faut l’accepter. Mais parfois c’est dur, et comme hier, il y a des jours on se le prend en pleine gueule ».