Attentats de Nice: «Un papa nous a dit: "Je suis venu ici car on m'a dit que mon enfant était mort"»

INTERVIEW La porte-parole de l'hôpital Lenval pour enfants fait le point sur la situation. De nombreux enfants font partie des victimes du tueur au camion...

Propos recueillis par Amandine Rancoule

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Stéphanie Simpson, la porte-parole de l'hôpital Lenval pour enfants de Nice devant l'établissement.
Stéphanie Simpson, la porte-parole de l'hôpital Lenval pour enfants de Nice devant l'établissement. — Amandine Rancoule / 20 Minutes

De notre envoyée spéciale

Porte-parole de l’hôpital Lenval pour enfants à Nice, Stéphanie Simpson dresse un premier bilan, moins de 24 heures après l’attaque meurtrière qui a fait au moins 84 morts jeudi soir.

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Combien d’enfants avez-vous reçu depuis jeudi soir ?

Au déclenchement du Plan Blanc, nous avons reçu 30 enfants. Deux, âgés de 4 et 12 ans, sont décédés peu après. Aux urgences, nous avons aussi reçu 9 adultes que nous avons transférés vers les hôpitaux pour adultes. Deux sont décédés pendant leur transfert. Nous sommes un hôpital pour enfants et nous avons gardé uniquement les enfants.

Dans quel état de santé sont-ils ?

Il y en a 5 dans un état critique, 2 sont en urgence vitale. On recherche la famille d’un enfant qui est en réanimation et dont on ne connaît ni l’identité ni la nationalité. Les autres victimes sont françaises, sauf un enfant qui était suisse. C’est l’un des deux qui sont décédés.

Une cellule psychologique est-elle mise en place ?

Dès hier soir [jeudi], nous avons rappelé 60 soignants en renfort et nous avons mis en place une cellule psychologique pour les familles, les parents, les fratries. On a eu un papa qui est arrivé et nous a dit : « Bonjour, je suis venu ici car on m’a dit que mon enfant est mort. » Comme ça, sur le ton de la conversation. Il était en état de choc.

Pour nous aussi, c’est dur psychologiquement de voir les familles éclatées, démantelées : les oncles, les grands-parents qui cherchent des enfants de leurs familles. Beaucoup ne savaient si leurs enfants étaient là ou non. Et puis, la plupart des soignants sont aussi touchés directement par ce qui s’est passé.

Personnellement, j’étais sur la promenade des Anglais hier soir avec mes enfants. J’ai eu de la chance car nous sommes partis quinze minutes avant l’attaque. A l’hôpital, il y avait une famille d’étrangers que nous avons recueillie chez nous. Tout était bouclé, elle ne pouvait pas rentrer à son hôtel.

L’hôpital était-il prêt pour un tel événement ?

Nous avons fait plusieurs simulations d’attentats avant l’Euro car on s’attendait à une attaque, Nice étant dans les villes à risques. Mais depuis hier, c’est irréel, l’ambiance est étrangement calme, tous les services ont leurs fiches et savent quoi faire.

On ne s’attendait pourtant pas à un événement d’une telle ampleur. C’est une première dans la vie de cet hôpital. Pourtant, nous sommes les troisièmes urgences pédiatriques de France et chaque année, nous accueillons 100 000 enfants sur les 15 sites de la Fondation Lenval.